Cinéma/TV

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Pour une révolution sensuelle

Le 22ème film de Robert Guédiguian est sorti le 5 janvier 2022 sur les écrans français. Ce n’est pas la première fois qu’il quitte Marseille mais la première qu’il tourne en Afrique, sans toutefois se dégager de sa nostalgie pour les moments où il était encore possible de vivre ses amours tout en contribuant au changement de la société. On trouve des cinéastes photographes mais il est rare qu’un film vienne de la photographie. C’est à l’exposition Mali-twist de la Fondation Cartier à Paris à l’automne 2017 que Robert Guédiguian a flashé sur les photos de Malick Sidibé. Il est…

Sortir du déni

Diffusé sur Arte le 1er février 2022 et du 25 janvier au 31 mai sur arte.tv (dvd sur Arte boutique), cette coproduction HBO-Arte retrace le colonialisme européen et ses conséquences jusqu’à aujourd’hui. Cette impressionnante et puissante mini-série de 4×57′, film-essai où Raoul Peck prend lui-même la parole, multiplie les angles pour constater l’état de la catastrophe et inviter à sortir du déni historique. Elle fera date. La catastrophe, elle est là : le mépris et la haine dans le cœur de tant d’entre nous, la peur et la violence au sein de notre corps social, les inégalités qui se creusent…

"Ce que nous choisissons pour le public n'est pas neutre"

Avec un peu de recul un mois après le festival, Alex Moussa Sawadogo dresse un bilan sincère de l’édition 2021 du Fespaco. Olivier Barlet : Nous sommes à Dakar où tu participes au jury du festival Dakar court. Est-ce que l’expérience de délégué général du Fespaco a changé ton regard ? Alex Moussa Sawadogo : Oui, mon regard a bien sûr changé, sur l’organisation, la programmation, les relations avec les partenaires, les cérémonies d’ouverture et de clôture forcément très différentes d’un gros festival comme le Fespaco. Il y a toujours des idées à prendre ou adapter : on apprend beaucoup des jeunes festivals. Le…

Entretien d’Olivier Barlet avec Alimata Salambéré, présidente de la première édition (1969)

On lit beaucoup de choses sur la naissance du FESPACO. Il fallait donc revenir à la source, auprès de sa première présidente. Ce fut l’occasion de découvrir le rôle essentiel joué par le film d’ouverture. En 1969, Alimata Salambéré, cheffe de programmes à la télévision nationale, avait 27 ans. C’est pourtant elle qui va être choisie pour être présidente du comité d’organisation du premier « Festival de cinéma africain de Ouagadougou » en 1969, qui s’étalait sur une quinzaine de jours (1er au 15 février) et deviendra le « Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou » (FESPACO) à sa troisième édition en 1972. La…

Un cycle de cinéma panafricain ouvert sur le monde

Du 12 janvier au 27 février 2022, le Forum des images à Paris accueille 66 séances : une par année de films produits entre 1956 et 2021, issus de tout le continent africain, parmi lesquelles 12 séances de films afro-diasporiques et de nombreux courts métrages. Attention chef-d’œuvre ! C’est Muna moto (L’Enfant de l’autre) du Camerounais Jean-Pierre Dikongué Pipa qui ouvrira la danse lors de la soirée d’inauguration du 12 janvier. Le choix de ce film de 1975 récemment restauré n’est pas neutre. D’abord, il est magnifique, tant par son utilisation des espaces et des visages que par sa force humaine : une…

Construire sur les restes

En sortie dans les salles françaises le 5 janvier 2022, le premier long métrage de Merawi Gerima est un choc, tant formel que politique. Il a été distribué aux Etats-Unis par Array, la société de distribution d’Ava DuVernay, et y est désormais disponible sur Netflix. « Pourquoi es-tu revenu, Jay ? Tu croyais nous sauver avec un film ? » Eckington, ce quartier de Washington DC où il retourne pour écrire un scénario sur son enfance, s’embourgeoise avec de plus en plus de Blancs achetant et rénovant les maisons comme si rien ne les précédait. Jay (Obinna Nwachukwu) ne sait comment réagir…

A la fois passionnante et variée, la sélection de 14 films de la quatrième édition du festival Dakar court (5-11 décembre 2021) a fait l’objet d’un atelier sur la critique de cinéma animé par Baba Diop et Olivier Barlet avec une trentaine de journalistes en amont du festival, également destiné à alimenter les trois numéros de son bulletin. On trouvera donc ci-dessous, après la mise en perspective des films de la soirée d’ouverture du festival, des visions critiques personnelles mais enrichies par les vifs échanges qui ont suivi la vision de chaque film lors de cet atelier. Un autre article…

Eloge de la main tendue

Après Le Grand voyage et Les Hommes libres, Ismaël Ferroukhi réalise un conte touchant à voir en famille sans pourtant se départir de ses thèmes favoris : la confrontation sociale et la transmission. En sortie France le 22 décembre 2021. Un film idéal pour amener ses enfants au cinéma pour les fêtes ? Certes, mais pas seulement ! Car au fond, Mica s’adresse à tous, petits et grands, avec beaucoup de finesse et d’humanité. Aux plus jeunes, il offre sous la forme d’un conte une figure d’identification suffisamment complexe pour être marquante à travers un jeune de milieu modeste obligé…

Les traces de l'entente

En sortie le 1er décembre 2022 dans les salles françaises, le nouveau film de Simone Bitton nous prend par la main à la découverte d’une relation perdue entre Juifs et Arabes, sur les traces de son enfance. Mais que des musulmans maintiennent en gardant les mausolées juifs. Un road movie à travers le Maroc, avec carte et camionnette. Une plongée dans les souvenirs d’enfance, avec cette dose de nostalgie que la fuite du temps apporte… Simone Bitton, dont on connaît de film en film l’intérêt pour les relations entre Juifs et Arabes, et le respect pour la cause palestinienne, revient…

Tandis que le festival Massimadi à Montréal et à Bruxelles se concentre sur les homosexualités en Afrique et dans les diasporas africaines, le festival Chéries-Chéris de Paris accueille des films du monde entier. La 27ème édition (20 au 30 novembre 2021) propose deux films tournés en Afrique. En dehors des célèbres Woubi Chéri (Philip Brooks, Laurent Bocahut, situé en Côte d’Ivoire, 1988), Être soi-même (Be Yourself, Laurent Maurice Lafontant, tourné au Zimbabwe, 2011), Dakan (Mohamed Camara, Guinée, 1999) et Rafiki (Wanuri Kahiu, Kenya, 2018) ou récemment de Kapana (Philippe Talavera, situé en Namibie, 2020), Ife de Uyaiedu Ikpe-Etim (Nigeria, 2020)…

Faites du bruit !

Diffusé sur France 3 Paris Ile de France à 23h10 le lundi 29 novembre puis en replay 30 jours sur France.tv, le documentaire de Karine Morales donne du baume au cœur : il met en lumière des femmes invisibilisées et montre que leur lutte est possible. Il y avait déjà eu le poétique Bird People de Pascale Ferrand (2014), sur des individus qui décrochent, et notamment une femme de chambre dans un entre-deux où elle se fait oiseau. Au dernier festival de Cannes, la Quinzaine des réalisateurs avait projeté le puissant Ouistreham d’Emmanuel Carrère (en sortie France le 12 janvier…

Partir, non, et même revenir !

Et si on revenait au pays ? Les films foisonnent sur les difficultés du départ, les duretés de la route, les galères à surmonter une fois arrivés dans l’Eldorado européen, mais peu s’intéressent à ceux qui ont pris le chemin du retour. Film en sortie France le 10 novembre 2021. C’est sur des documents sur les dangers des traversées que début le film de la Camerounaise Mary-Noël Niba, chargée des relations publiques à l’Ambassade du Cameroun à Paris : naufrages, morts sur les plages, sauvetages dramatiques en pleine mer. Son film est clairement un plaidoyer pour le retour. Il…

La 32ème édition des Journées cinématographiques de Carthage comportait 12 films en compétition longs métrages. On en trouvera ci-dessous le compte-rendu. Nous reviendrons par ailleurs sur les documentaires et les courts métrages, également du Fespaco reporté par la pandémie, qui avait précédé d’une semaine les JCC. Dans son éditorial du catalogue, Kamel Ben Ouanès, directeur artistique du festival, a rappelé que la devise de la programmation reste celle des fondateurs des JCC : « la culture de l’élite pour tous – autrement dit un cinéma de qualité où l’engagement moral et politique du cinéaste doit être servi par une réelle recherche formelle…

João Ribeiro, cinéaste mozambicain, adapte « Avó dezanove e o segredo do soviético » de l’écrivain angolais Ondjaki, publié en français aux éditions Métailié. Le film fut présenté en ligne dans le cadre du festival des films d’Afrique en pays d’Apt et une discussion avec le réalisateur a été organisée à partir du plateau de télévision improvisé par le festival pour l’occasion. On en trouvera ici un résumé à partir de la vidéo visible ci-dessous, lequel est précédé de quelques mots sur le film.   Voici donc une famille dans un quartier pauvre mais soudé où un mausolée à la gloire d’Agostinho…

Nous partageons tous la même terre

En sortie le 10 novembre 2021 dans les salles françaises, le film d’Aïssa Maïga, sélectionné au festival de Cannes 2021 (programmation « films pour le climat »), traite du manque d’eau pour les populations sahéliennes. Il le fait avec une impressionnante finesse. Il est symptomatique que la célèbre actrice Aïssa Maïga, passée à la réalisation avec un court métrage documentaire (Laissez-les grandir) dans le cadre du Collectif des cinéastes pour les sans-papiers et du documentaire Regard noir avec Isabelle Simeoni sur la place des Noirs au cinéma, autrice du livre autobiographique retentissant Noire n’est pas mon métier, revienne au cinéma avec Marcher…

Ce que disent les balafres

Multi-sélectionné et primé dans les festivals, le nouveau documentaire de la Nigérienne Aïcha Macky fait partie de ces films qui marquent, tant par son poids humain que par la réalité qu’il révèle. Les premiers films documentaires sont souvent personnels ou familiaux, une façon de faire ses armes à partir de ce qu’on connaît le mieux. C’est ce qu’a fait Aïcha Macky avec L’Arbre sans fruits (2016) sur son infertilité, un film courageux et d’une magnifique maturité. (cf. critique n°13686) Elle élargit son champ ici au contact d’un milieu fermé, exclu, angoissant, que sont les « palais » de Kara-Kara, ces bandes de…

Quelles tendances thématiques et esthétiques peut-on dégager d’une sélection aussi variée que la compétition longs métrages de fiction du Fespaco 2021, et de quelques films issus de la sélection Perspectives ? Ce 27ème Fespaco fut en tout cas au niveau de la qualité de sa sélection un succès unanimement célébré, engageant, une fois que les récurrents problèmes d’organisation seront réglés, un véritable « retour vers le futur » propre à restaurer enfin sa place centrale pour les cinémas d’Afrique. Remarquons d’abord qu’en dehors de Mahamat-Saleh Haroun ou Boubakar Diallo, il s’agit de premiers ou deuxièmes longs métrages, donc de cinéastes jeunes, et souvent…

Survivants plutôt que victimes

Sélectionné à la Mostra de Venise où Khansa Batma a obtenu le Lion de la meilleure actrice dans la catégorie Orrizonti, Burning Casablanca sort sur les écrans français le 3 novembre 2021. Rencontre explosive entre une rock star déchue et une fille de la rue à la voix d’or, passion vite rattrapée par leurs démons passés, ce film baigné de musique décape ce qui restait encore de clichés sur le Maroc urbain. Zanka Contact, c’est la baston de rue dans l’argot marocain. Tourné en 35 mm et sélectionné à Venise, le film d’Ismaël El Iraki, diplômé de la Fémis, se…

L’utopie est encore de ce monde

En sortie le 27 octobre 2021 dans les salles françaises, le nouveau film d’Olivier Zuchuat témoigne avec une impressionnante cohérence esthétique d’une initiative où le courage des femmes et la détermination de tous inversent l’inexorable désertification, tandis que les djihadistes font peser de nouvelles menaces. C’est l’histoire d’une utopie. Alors que les cinémas d’Afrique s’emploient à gérer l’incertitude et développer la responsabilité pour dégager des perspectives d’avenir et la force du courage, ce film va encore plus loin : la réalisation concrète d’un projet pharaonique mais nécessaire à la survie. Kamsé, un village de la zone sahélienne, au nord du Burkina-Faso,…

Une page d'Histoire des cinémas d'Afrique

Le livre de Claude Forest est un magnifique hommage à cette grande dame qui apporta un soutien essentiel aux cinémas d’Afrique. Voici une femme remarquable qui a marqué tous ceux avec qui elle a travaillé et accompagné les cinémas d’Afrique durant des décennies. Il est rare de rendre ainsi hommage par un livre d’envergure à une technicienne du cinéma ! Mais ceux qui ont connu Andrée Davanture ne penseront pas cela exagéré : son apport est considérable pour ces cinématographies. Comme à son habitude, Claude Forest, qui ne l’a jamais rencontrée, a procédé à un méticuleux travail de fourmi pour…

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