Cinéma/TV

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Un visage à inventer

Un billet de 200 dinars (Houbla), présenté aux Etats généraux du film documentaire de Lussas 2025, prolonge et déplace les obsessions de Lamine Ammar-Khodja : comment regarder l’Algérie sans se mentir, comment trouver une forme à la fois politique et poétique quand les slogans se sont éteints et que le pays cherche encore son image. Un femme peintre (Nawel Louerrad) cherche à dessiner le visage d’un homme au chapeau noir qu’elle a croisé au Jardin d’essai d’Alger en s’inspirant des animaux d’un parc, en réalisant sur verre un monotype d’homme à tête d’oiseau, en intériorisant des gestes de t’ai-chi… Son…

Ce 2ème séminaire aux Etats généraux du film documentaire de Lussas 2025 (faisant suite au séminaire 1 : Histoires d’émancipation) était introduit par Christophe Postic, directeur artistique du festival, qui a signalé que le master de Lussas prévoyait la réalisation d’un film collectif et que le séminaire « Les bonnes manières » de 2016 abordait déjà la question de la participation au film des personnes filmées. Coordonné par Anne Charvin et Bartlomiej Woźnica, ce séminaire 2026 a réuni Nora Kaci, Djamila Daddi-Addoun, Olivier Derousseau, Elisa Le Briand, Anne Toussaint, Kamel Regaya, Emmanuel Roy, Vincent Sorrel, Yoana Urruzola et pour point d’orgue la philosophe…

Lors de la 37ème édition des États généraux du documentaire de Lussas (17-23 août 2025), en plus d’une programmation Palestine d’une brûlante actualité (cf. Lussas 2025 : urgence Palestine), deux séminaires se répondaient : remarquablement pensé et animé par le critique Romain Lefebvre, « Histoires d’émancipation » trouvait son complément dans un deuxième séminaire : « Que fabrique-t-on ensemble ? » (cf. Séminaires Lussas 2025 / 2). Tous deux posaient des questions essentielles de démocratie. « Que feraient nos pères si un jour nous nous levons et nous nous présentons devant eux pour réclamer des comptes ? » Erich Maria Remarque,…

Brouteurs, pères absents et paradis artificiels

Après Fauve (2018), court métrage multiprimé et nommé aux Oscars, le Québecois Jérémy Comte a réalisé Paradise, en première à Berlin et en sortie le 19 août dans les salles françaises. Tourné entre le Ghana et le Québec, il reste centré sur des jeunes aux prises avec des situations morales intenses, mais cette fois dans le cadre d’un rapport nord-sud où s’entrecroisent gangs de rue, arnaques affectives et quête d’un « paradis » aussi intime que politique.  Au Ghana, Kojo, adolescent marqué par la disparition de son père en mer, se rapproche des gangs sans parvenir à combler le vide…

Cartographie des exclusions

Premier long métrage de la Kenyane Vincho Nchogu, One Woman One Bra a été présenté en première mondiale à la Mostra de Venise 2025 et a obtenu le prix du meilleur premier film au BFI London Film Festival. Il aborde avec une remarquable habileté comment une femme massaï peut-être dépossédée de sa terre, de son corps et de son image par l’entrelacement du patriarcat local, du droit foncier et des dispositifs humanitaires censés la “sauver”. Et comment elle réagit ! Il y a des films qui dénoncent. Et il y a ceux qui montrent patiemment comment on vous efface, centimètre par…

Afrofuturisme mélancolique et mélo sous IA

En sortie le 26 août 2026 dans les salles françaises après sa sélection à Venise et Toronto, Memory of Princess Mumbi, de l’helvético-kenyan Damien Hauser, arrive comme un ovni  avec une esthétique afrofuturiste décomplexée : un faux documentaire sur les conséquences de la guerre qui se transforme en film sur le cinéma lui‑même, tout en explorant combien une personne aimée peut continuer de nous hanter. Cela se voudrait sérieux au départ, sauf que nous sommes en pleine science-fiction : dans une Afrique futuriste marquée par la guerre, Kuve veut cerner la dépression que laisse la violence. Mais l’actrice sélectionnée pour poser…

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La mémoire en carton-pâte d’un pays sous contrôle

En sortie le 1er juillet 2026 dans les salles françaises, auréolé du Tanit d’or des JCC de Tunis 2025, Notre Histoire épouse les soubresauts de l’histoire égyptienne à travers l’histoire d’une famille. Un film aussi modeste dans ses moyens qu’ambitieux dans son projet. Abu Bakr Shawky confirme son goût pour les récits ancrés dans le quotidien, mais il adopte une forme plus éclatée, quasi anthologique, où l’intime se frotte constamment au politique. Une réussite. Notre histoire surprend d’emblée par son dispositif : décors de carton-pâte, intérieur familial exigu, théâtralité revendiquée. Ce qui pourrait passer pour une fragilité de production devient…

En compétition officielle au Fespaco 2025 où il a reçu le prix de la meilleure photographie pour Alana Mejía González, Hanami est un des rares longs métrages provenant du Cap-Vert et a clairement marqué le festival comme il l’avait fait aux Journées cinématographiques de Carthage où il a reçu le prix Tahar Cheriaa de la première oeuvre. Il a obtenu le prix de la meilleure cinéaste émergente au festival de Locarno ainsi qu’une mention spéciale pour le meilleur premier long métrage. Denise Fernandes a répondu lors d’un « débat-forum » aux questions d’Annick Kandolo, d’Olivier Barlet et du public présent. Lire la…

L’île prendra soin de toi

En sortie le 8 juillet 2026 dans les salles françaises après une longue tournée en festivals où il a engrangé les récompenses, Hanami est d’une grande beauté dans sa manière de faire danser, avec une douceur mystérieuse, les cycles de la vie, des éléments et de la mémoire. Une expérience à ne pas rater. Lire son débat-forum au Fespaco 2025. Sur l’île de Fogo, au Cap‑Vert, un bébé passe de bras en bras sur une plage battue par le vent. Des femmes âgées se le transmettent avec une évidence tranquille et prononcent une phrase qui ressemble à une bénédiction :…

Rassemblées dans le zoom sur le festival de Cannes 2026, les tables-rondes ont abordé des sujets très divers mais sont chaque année un outil pour déceler les enjeux à l’œuvre au niveau professionnel pour les cinémas d’Afrique. On en trouvera ci-dessous un compte-rendu global forcément parcellaire et partiel pour s’y orienter. Les sept tables-rondes documentées esquissent la volonté de passer d’une effervescence de projets à de véritables chaînes – fonds, labs, formations, salles, plateformes, dispositifs jeunesse – capables de produire, montrer et faire vivre les films sur la durée. Ce mouvement se joue dans un rapport de forces encore instable.…

Sur la plage du CNC au festival de Cannes le 17 mai 2026, se tenait en anglais une double table-ronde sur la jeunesse dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) : d’une part la question du développement des jeunes publics et d’autre part le soutien aux talents émergents. Elles ont été introduites par Gaëtan Bruel, président du CNC, et Fatma Alremaihi, directrice du Doha Film Institute. En ouverture, Gaëtan Bruel, président du CNC, confie le choc éprouvé devant Le Gâteau du Président de Hassan Hadi, film irakien qui a « fait une énorme impression » au festival et symbolise,…

Lors de la présentation de la collection Cinémathèque Afrique sur TV5MONDE+ (tv5mondeplus.com), Éléonore Caroit, ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, Kim Younes, présidente directrice générale de TV5MONDE, et Eva Nguyen Binh, présidente de l’Institut français, ont salué la mise en accès libre de cette sélection patrimoniale consacrée au cinéma africain. Ensemble, elles ont souligné l’importance de mieux faire circuler ces films restaurés et de donner une plus grande visibilité aux cinématographies africaines auprès du public francophone. Invitée à s’exprimer, Henriette Duparc, veuve du…

Le documentaire est souvent le parent pauvre au festival de Cannes. Nous rendons donc compte de cette table ronde en dépit du fait que les intervenants ne sont pas liés au continent africain mais dans la conscience que les problématiques peuvent être semblables. Sur la plage de la Semaine de la Critique, l’Institut français proposait, le 16 mai 2026, une table ronde consacrée aux relations complexes entre cinéma et réalité dans des contextes de crise. Conçue en partenariat avec Cinéma du réel, la rencontre, modérée par Catherine Bizern, réunissait des cinéastes et une productrice venus d’Iran, du Bangladesh, de Turquie…

Le 17 mai 2026, une table ronde intitulée Méditerranée plurielle : récits et esthétiques renouvelés réunissait à Cannes des cinéastes en sélection et des professionnel·les emblématiques de la région autour de la journaliste franco-libanaise Micha Khalil, de Monte Carlo Doualiya. Pensée en résonance avec la Saison Méditerranée 2026 de l’Institut français, inaugurée deux jours plus tôt à Marseille, la rencontre interrogeait la manière dont les cinémas arabes et méditerranéens renouvellent leurs récits, leurs formes et leurs imaginaires, entre contraintes de production, pression des marchés internationaux et désir d’inventer d’autres images. Modérée par Micha Khalil, la discussion réunissait la réalisatrice franco‑marocaine Laïla…

Au Marché du film du Festival de Cannes 2026, le pavillon Afronova a accueilli le 18 mai une table ronde consacrée à un enjeu central pour les cinémas africains et diasporiques : la construction de leurs publics. Modérée par Alain Modot (Difa/GIFA), la rencontre réunissait Nancy Aka (réseau Majestic), Céline Delfour (AFCAE) et Franciane Abassan (productrice et sales agent), croisant les regards de la distribution, de l’exploitation, de la programmation et des ventes internationales. Dans un contexte marqué par une diversité linguistique et culturelle exceptionnelle, mais aussi par des déséquilibres persistants dans la circulation des œuvres, les intervenants ont interrogé…

Cette table-ronde le 18 mai 2026 au Pavillon Afronova du marché du film au festival de Cannes 2026, animée par Maklor Babutulua, a réuni Hedi Zardi (les Ateliers de l’Atlas), Emilie Pianta Essadi (la Fabrique cinéma de l’Institut français), Houda El Amri (Canal+), Eugénie Michel-Villette (Les Films du Bilboquet) et Enrico Chiesa (OIF). Les échanges ont porté sur les laboratoires (labs), la circulation des films africains, les coproductions Sud‑Sud, l’éco‑responsabilité et la formation des producteurs, dessinant une vision très concrète des nouveaux écosystèmes de coproduction en Afrique. Labs, développement et culture cinéphile D’emblée, Houda El Amri insiste sur l’importance de…

De la philosophie à l’Afrique, du documentaire à la fiction

Boris Lojkine, surtout connu aujourd’hui pour avoir réalisé L’Histoire de Souleymane, était le parrain de La Fabrique Cinéma 2026 au Festival de Cannes. Il répondait aux questions de la critique de cinéma Perrine Quennesson le 16 mai 2026, sous le chapiteau de la Semaine de la critique, dans le cadre des activités de l’Institut français. 1. De la philosophie au cinéma : sortir des bibliothèques Perrine Quennesson ouvre la rencontre en rappelant que Lojkine a d’abord été enseignant en philosophie. « Moi, je venais de la philosophie, donc j’ai fini une thèse de philosophie au siècle dernier », dit-il en…

Les arbres font de la résistance

Prix de la Compétition Burning Lights au festival Visions du réel (avril 2026), le nouveau documentaire d’Hassen Ferhani ne déroge pas à son style. Au contraire, il le développe magnifiquement, parce que ce film est un hommage à son père Ameziane Ferhani et qu’il lui doit beaucoup. Cela commence par un long panoramique sur Alger depuis la mer, inondée de soleil et dominée par les cris perçants des mouettes qui donnent leur nom à la ville (El-Djézaïr, « Les îles », et, plus loin dans le temps, Ikosium, « l’île aux mouettes »). L’image est connue, carte postale. Sauf qu’ici,…

Nous avions rendu compte de la leçon de musique d’Amine Bouhafa aux Journées cinématographiques de Carthage de 2018. Il est intéressant de la comparer avec celle qu’il a donné, huit ans après, au festival de Cannes 2026 qui s’est tenue le lundi 18 mai en salle Buñuel au Palais des festivals, présentée par Stéphane Lerouge. Amine Bouhafa, 39 ans, s’est présenté moins comme un simple artisan de la bande originale que comme un véritable lecteur sensoriel des films qu’il accompagne. Tunisien, lauréat du César de la meilleure musique pour Timbuktu d’Abderrahmane Sissako en 2015, il revendique un parcours nourri à…

Esthétique de la débrouille

Tourné à Sèmè, ville frontalière entre le Bénin et le Nigeria, Border Life, produit, écrit, dirigé et tourné par Idrissou Mora-Kpai, témoigne de la vitalité de tous ceux qui tentent de déjouer la division induite par la frontière pour trouver les moyens de survivre. Ses choix esthétiques radicaux la rendent palpable. Le cinéma d’Idrissou Mora-Kpai ne se résout pas à la simple observation. Border Life ne se contente pas de documenter un espace frontalier : il en construit une expérience sensorielle, où le regard, le rythme et la durée deviennent des outils d’intelligibilité. La frontière entre le Bénin et le…

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