Covid-19 : l’Afrique confinée et solidaire

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Depuis quelques jours, la moitié de la planète est confinée pour ralentir la progression de la pandémie de coronavirus. Selon le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union africaine, déjà 3 924 cas confirmés de coronavirus rapportés dans 46 pays africains, parmi lesquels 116 décès en Egypte et 1 en Afrique du Sud. Comment l’Afrique et sa diaspora réagissent-elle face à l’état d’urgence sanitaire mondial et la mise en place progressive du confinement ?

Partir ou rester ?

« A pied, en vélo, des centaines de Malgaches fuient la capitale Antananarivo depuis plusieurs jours pour se réfugier à la campagne. Sur la route nationale 7, un barrage a été mis en place et la température des Malgaches est contrôlée, indiquent les autorités sanitaires. Mêmes scènes de fuite au Kenya où le couvre-feu a été imposé la nuit. Les Kényans prennent d’assaut les minibus collectifs, pour s’éloigner des grandes villes », rapporte-t-on chez RFI ce samedi 28 mars. De Madagascar au Kenya, la même urgence de quitter la ville pour trouver refuge en zone rurale et fuir les clusters urbains les plus contaminés.

En Côte d’Ivoire, le Grand Abidjan est isolé du reste du pays depuis le dimanche 29 mars. Alors, partir ou rester ? Certains ont réussi à payer le billet d’autocar qui les conduira à Bouaké, auprès de leur famille. Mais ils ne quittent pas la ville sans angoisse : en l’absence de ressources, comment feront-ils vivre leurs familles ? Ainsi, d’autres ont choisi de rester à Abidjan, et de continuer à travailler afin d’envoyer un peu d’argent à leurs proches.

L’Afrique du Sud est quant à elle totalement confinée depuis le lundi 23 mars et l’armée s’est déployée dans certains quartiers de Johannesburg. Pour le journal Le Monde, cette mesure est un « pari risqué », en Afrique du Sud comme au Zimbabwe voisin, qui a décidé de mettre en place un confinement total sur le modèle sud-africain, à partir du lundi 30 mars. Pour le journaliste Jean-Philippe Rémy, le dispositif sera difficile à mettre en place, en raison de l’effondrement de l’économie au Zimbabwe, qui pourrait donc faire face « au risque d’affamer et de désespérer une partie importante de la population. »

Des artistes et des psychologues : prévention et care

Une de nos collaboratrices d’Africultures nous a invité à écouter le groupe Xpress du label de production musicale dakarois Kaata Ka Nam House, « les choses ne seront plus pareilles » en manjaku, dont les vidéos de prévention, en woloff et en manjaku, commencent à circuler sur les groupes WhatsApp et sur la page Facebook du label.

 

René Gomis, créateur du label, nous a écrit : « Le label milite pour l’équité culturelle au Sénégal en particulier, du moment qu’il existe des langues et des cultures comme la nôtre qui sont en danger, et qui ne bénéficient pas du tout d’un soutien structurel de la part de l’Etat. En tant que privé, nous avons pris en main notre propre destiné en faisant la promotion de notre langue par la production musicale et l’événementiel (Festival). Concernant la pandémie COVID19, nous sensibilisons à deux niveaux: 1. Par des messages citoyens et d’influence afin d’amener les réticents à croire à l’existence de la maladie et à respecter les instructions des autorités de la santé et des institutions. 2. Les artistes font de petites vidéos avec des messages de prévention. Je suis en train de finaliser une vidéo amateur que nous allons incessamment publier. » À suivre, et à partager sur les réseaux sociaux.
Sur l’ensemble du continent africain, les artistes se mobilisent contre le covid-19 et diffusent des messages de sensibilisation, en musique. La journaliste Falila Gbadamassi du site de France Info a proposé une compilation datée du 13 mars, que l’on a choisi de reprendre ici.

Falila Gbadamassi nous fait d’abord découvrir le rap en mandarin du ghanéen Percy Akuetteh, étudiant en médecine au Ghana. Le morceau raconte l’apparition du coronavirus et sensibilise aux moyens de s’en protéger.

Ensuite, il y a la vidéo institutionnelle produite par l’État de Lagos au Nigéria. La musique est aussi un outil politique de sensibilisation. Ici, on informe sur le lavage des mains, « le temps nécessaire pour chanter deux fois Happy Birthday », précise la journaliste. « On y voit un médecin, au milieu de patients, énumérer en yoruba, l’une des langues les plus parlées du pays, les symptômes et montrer les bons gestes à adopter pour limiter la propagation du virus. »

Du coté de l’Afrique du Sud, Falila Gbadamassi a recensé la chanson chorégraphiée en Zulu du célèbre groupe Ndlovu Youth Choir, qui a exprimé sur Twitter sa volonté de se mobiliser contre « les mythes dangereux et malentendus à propos du coronavirus ».

Toujours en Afrique du Sud, Falila Gbadamassi a partagé le tweet daté du 9 mars de sa consoeur journaliste Nomsa Maseko, une vidéo où l’on voit un chœur d’hommes promettre en chanson que le coronavirus ne passera pas par là.

Du coté du Maroc, la sensibilisation se fait sous la forme d’une prière. Les femmes du groupe Laawniyat « demandent au Covid-19 de rebrousser chemin (vers la) Chine car le Maroc ne (lui) appartient pas ! », rapporte la journaliste Falila Gbadamassi .

Au Togo, c’est le titre de 2013 du groupe Toofan « Se laver les mains au savon » qui est remise au goût du jour dans le cadre de la mobilisation contre le covid-19.À l’origine, la chanson est une commande de l’OMS.

Enfin, du côté de l’Amérique, la chanteuse américain Gloria Gaynor a posté sur TikTok une vidéo où elle reprend son célèbre titre « I will survive », en se lavant les mains, avec le message « It only takes 20 seconds to SURVIVE ».

Côté care et côté diaspora, on a eu envie de parler de l’initiative du jeune collectif français Psy NoirEs, composé de psychologues cliniciennes et de psychothérapeutes afrodescendantes. Le collectif « propose une permanence solidaire gratuite d’écoute pour les personnes les plus isolées et précarisées, dans des situations d’angoisses réactivées par le contexte actuel. » La démarche du collectif se distingue à la fois par une approche safe : « Ce collectif s’engage à respecter toute identité de genre, de race et de sexualité des personnes nous contactant, dans une perspective intersectionnelle. » Par ailleurs, les permanences sont proposées dans plusieurs langues : Français, Anglais, Pular, Bambara, Wolof ou encore Créole – Martinique/Guadeloupe. Une initiative que nous saluons : le care est aussi une arme redoutable contre le covid-19.

Des rendez-vous culturels « à la maison »

Afin d’aider les confiné.e.s à traverser cette période catastrophique, des artistes d’Afrique et de la diaspora proposent des rendez-vous culturels « à la maison », histoire de ritualiser un quotidien largement dérouté. Voici une sélection des initiatives « afros » qu’Africultures a recensées.

• Musique live & contes
En Guadeloupe, depuis le confinement, on fait vibrer le gwoka tous les soirs à heure fixe. Pour les plus petits, le conteur Kamel Zouaoui propose des contes pour enfants en live sur sur sa page Facebook. Pour les plus grands, des DJ sets sont à suivre avec Anaïs B sur Instagram, ou encore Chabela (Abidjan) et Ari de B (Décoloniser le dancefloor) dans le cadre de la programmation du festival « Cherich the day ». Et puis des lives sont aussi à découvrir sur Instagram, Facebook et Youtube, avec les concerts de Muthoni Drummer Queen le dimanche 29 mars à 20 heures, et d’Edgar Sekloka le lundi 30 mars à 17 heures. Et puis les lives accoustiques d’Ayo et de Nawel Benkraim.

• Le monde arabe s’invite chez vous
Pendant la période du confinement, l’Institut du Monde Arabe lance #LImaALaMaison, une programmation culturelle sur son site et les réseaux sociaux. Au rendez-vous : spectacles, conférences, playlists, DJ Sets, activités pour les enfants… L’Institut des Cultures d’Islam donne quant à lui accès à sa nouvelle exposition « Croyances, faire et défaire l’invisible », en partenariat avec le collectif Afrique in Visu.

• Des films 100% blackness
Des internautes passionnés et des plateformes spécialisées proposent en accès libre des films 100% blackness, indépendants comme mainstream. Le site web algérien Wesh Derna ? met à disposition des internautes une sélection de films algériens à découvrir en ligne. Deux projections à noter aussi. L’équipe du média ONORIENT diffuse sur Youtube son documentaire « Rhila. Que veut dire être Arabe ? ».

• Des ateliers d’écriture
L’auteur de Et je veux le monde et rédacteur en chef de la revue D’ailleurs et d’Ici, Marc Cheb Sun, propose un atelier d’écriture en confinement, sur le compte Instagram de son éditeur, J.-C.Lattès.

Célia Sadai

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