De la poésie en toute chose…

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Lundi 31 Avril, 19h.
Un soir de remaniement ministériel.
La Maison de l’Amérique Latine grouille de monde.
Christiane Taubira, encore ministre de la République et Edwy Plenel, toujours journaliste sont (très) attendus.
Ils sont invités par l’Institut du Tout-Monde à échanger autour de leurs livres respectifs Paroles de Liberté et Dire Non.
Tout un programme.
Politique, au sens grec du mot.
Poétique aussi.
Poétique surtout.
Tant la poésie ruisselle à chaque phrase, chaque image, chaque idée offertes en partage au public.
Une poésie rieuse, combattante, résistante.
Une poésie insurrectionnelle, rebelle et belle, une poésie du cœur et de la raison qui célèbre le monde, et l’homme au centre du monde.
Mettre de la poésie en toute chose, c’est à cette douce invitation que semblent nous convier Christiane Taubira et Edwy Plenel, dont les langues déliées délivrent un même message, cristallin :
La quête fondamentale, doit être celle de la beauté.
Donc de la justice.
Car il ne saurait y avoir de beauté sans justice.
Ni égalité.
Entre tous.
La beauté, donc la justice en toute chose.
Dans la politique, dans le journalisme. Dans la vie.
« Utopie », diront certains.
Mais d’autres leur répondront que « l’utopie est le chemin qui nous manque ».
Glissant est là, comme Hessel, comme Morin, Fanon, Char et Césaire aussi, les mots de ces professeurs d’espérance et dignité résonnent dans l’échange entre Edwy Plenel et Christiane Taubira, qui se livrent, se racontent comme au coin d’un feu d’humanités entrelacées, convoquant un sursaut, individuel et collectif.
Sursaut de démocratie, et de prise de conscience.
Prise de conscience de la nécessité « d’agir dans nos lieux et penser avec le monde », refuser de rester les « bras croisés en l’attitude stérile de spectateurs » d’une catastrophe annoncée, pensée, élaborée chaque jour par des « assassins d’aube » qui nous plongeront dans les ténèbres si on les laisse faire.
Prise de conscience encore, du pouvoir des mots quand ils sont couronnés par des actes fondateurs de lien, instigateurs de beauté.
Et de bonté.
De la mémoire du fils surgit la figure du père, Edwy parle d’Alain Plenel qui a dit NON au colonialisme, violemment injuste, violemment raciste, inhumain. Inconnu en métropole, il est célébré en Martinique.
Edgar Morin intervient, soulignant qu’on ne peut pas, on ne doit pas, se contenter de dire non et dénoncer, il faut aussi énoncer la beauté, et l’espérance.
Dire oui.
A la poésie.
En toute chose.

Je frissonne. Et mon esprit s’envole.
Hölderlin est là. Mahmoud Darwich aussi.
Depuis toujours, dans toutes les langues du monde, les poètes chantent les possibles, dessinant les contours du jour, qui viendra toujours après la nuit.
Depuis toujours, les poètes souffrent et s’offrent.
En paroles.
De liberté…
Au racisme qu’elle a subi dans sa chair, Taubira oppose son verbe haut, son verbe beau, son verbe fort, son verbe juste.
Et je ne peux m’empêcher en l’écoutant, en la regardant, de penser à cette phrase de Césaire, certes sortie de son contexte, mais qui va tellement bien à la dame, « La justice écoute aux portes de la beauté ».
Merci à Christiane Taubira et Edwy Plenel de nous avoir remis en question : les enjeux de la politique, comme ceux du journalisme, ou de la poésie, ne peuvent pas, ne doivent pas, être ces (in)disciplines elles-mêmes, mais le monde et les peuples du monde.
Merci de nous avoir appelés au désordre, en nous rappelant à l’ordre.
De nous-mêmes

///Article N° : 12156

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© Lau Réal
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