Diversité ethnique à la télévision française : l’exemple de Fatou la Malienne (Daniel Vigne, 2001)

Print Friendly, PDF & Email

Selon Félicité Wouassi, actrice africaine d’origine camerounaise, révélée au grand public par le film Black Micmac de Thomas Gilou (1986) :  » Ce n’est pas facile pour les acteurs blacks de travailler en France. […] C’est vrai que j’en ai assez des rôles de boniches, de putes et d’infirmières que l’on me proposait inlassablement. […] Etre Noir ne peut suffire à la définition d’un personnage.  » (1) S’il est bien vrai qu’en France, les acteurs noirs sont souvent cantonnés à des rôles subalternes (2), quand il s’agit des films sur l’immigration en provenance des pays africains, c’est sur eux que sont forcément braqués les projecteurs. Dans la mesure où ils restent relativement rares, de tels films créent nécessairement l’événement, comme cela a été le cas pour Fatou la Malienne (Daniel Vigne, 2001) qui, diffusé à une heure de grande écoute sur une chaîne hertzienne, a eu près de huit millions de téléspectateurs (soit plus que le jeu télévisé Combien ça coûte?, pourtant extrêmement populaire). Il nous a donc semblé intéressant de nous pencher sur ce téléfilm qui apporte, une fois n’est pas coutume, un éclairage original sur la réalité quotidienne d’une jeune Française d’origine malienne, tiraillée entre les traditions transmises par sa famille et la modernité à l’occidentale dans laquelle elle a toujours vécu.
Non que les films sur les questions soulevées par l’immigration soient totalement absents du grand ou du petit écran en France: en effet, depuis le début des années 1980, âge d’or du  » droit à la différence  » (3), idéologie défendue par les Socialistes nouvellement arrivés au pouvoir, de nombreux documentaires, films ou téléfilms, ont été diffusés sur les chaînes françaises, parmi eux La Haine (1995) de Mathieu Kassovitz, Bye Bye (1995) de Karim Dridi ou encore Mémoires d’immigrés (1997) de Yamina Benguigui, ou La faute à Voltaire (2001) d’Abdellatif Kechiche, et cette liste est loin d’être exhaustive. Dans la plupart de ces films, les femmes ont une place importante car, pivots de la cellule familiale, elles parviennent, souvent au prix de lourds sacrifices personnels, à sortir du rôle de l’épouse soumise et inculte, et ainsi à concilier dans la dignité, tradition et modernité. Depuis le tournant du siècle cependant, les réalisateurs cessent de les réduire à leurs activités de mères au foyer pour s’intéresser à leur quête d’épanouissement individuel, comme l’atteste un nombre croissant de films tels que Samia (2001) de Philippe Faucon – d’ailleurs vendu en coffret DVD avec Fatou la Malienne, ou encore La saison des hommes (2001) de Moufida Tlatli. Cette fois, les films mettent en scène la nouvelle génération de jeunes d’origine étrangère, nés en France de parents immigrés ou venus y vivre dès leur petite enfance, taraudés par la question de leurs origines et de leur double appartenance culturelle.
Fatou la Malienne s’inscrit dans cette lignée, et se hasarde même à aborder de front la question épineuse du mariage forcé. L’héroïne du téléfilm, Fatou Kebe (Fatou N’Diaye), 18 ans, s’épanouit dans une famille unie et affectueuse, qui lui apporte soutien et encouragements. Elle vient d’avoir le bac et l’avenir lui sourit : sa vie se partage entre les sorties en compagnie de ses deux meilleures amies, Gaëlle et Leïla, et son travail dans un salon de coiffure fréquenté par les habitantes d’origine africaine du quartier, pour qui elle élabore tresses, nattes, chignons et autres créations afro-antillaises, appréciées pour leur originalité. Soudain, son horizon s’obscurcit lorsque sa tante Ma Sali, jouant le rôle d’entremetteuse, convainc ses parents de pousser leur fille à se marier avec son riche cousin Bakari et d’accepter la dot qui, selon leurs traditions, scelle le mariage. Bakari, sûr de lui, débarque bientôt du Mali. C’est sans compter sur la détermination de Fatou qui refuse catégoriquement ce  » beau parti  » mais qui, prise au piège, se voit mariée de force, séquestrée et violée à répétition. Soutenue par Gaëlle, son amie bretonne, et par son frère Sidi, elle parvient à s’enfuir, finit par porter plainte contre ses ravisseurs et, résignée, recommence sa vie en Bretagne.
Si ce sujet tabou est déjà évoqué dans Leïla née en France (1993) de Michel Courtois ou encore, plus récemment, dans Inch’Allah Dimanche (2001) de Yamina Benguigui, il est à noter que, dans ces deux films, le mariage forcé avait eu lieu en Algérie et non, comme pour Fatou, en plein cœur de Paris. (4) En effet, la jeune fille vit chez ses parents à Barbès, dans le nord de la capitale, haut lieu de l’immigration s’il en est, et depuis toujours laboratoire expérimental de l’intégration des nouveaux arrivants dans la société française. En effet, ce quartier du XVIIIe arrondissement, situé entre le boulevard Barbès et la rue de la Goutte d’Or, à l’origine terre agricole, devint un lieu d’habitation à partir du milieu du dix-neuvième siècle. Composé de petits logements et d’hôtels meublés, ce sont d’abord les ouvriers provinciaux venus chercher du travail à Paris qui s’y installent. Arrivent ensuite les vagues successives d’immigration étrangère: au début des années cinquante, une importante population maghrébine s’ajoute aux Belges, Italiens, Polonais, Espagnols qui l’avaient précédée. Dans les années quatre-vingt, c’est au tour des immigrés originaires de l’Afrique de l’Ouest, mais aussi des Portugais, des Yougoslaves, des Chinois, de donner à ce quartier, dans lequel le film de Daniel Vigne nous fait entrer de plain-pied, sa touche multiculturelle. Les images accompagnant le générique, et les premiers plans du film, juxtaposent vues du Sacré-Cœur et du métro aérien avec, en contrebas, les toits des immeubles de l’arrondissement, comme pour mieux en délimiter les frontières dans l’esprit du téléspectateur. Progressivement, elles l’amènent de la périphérie du quartier au cœur de ses rues animées, bordées de magasins aux étals bien achalandés de produits exotiques devant lesquels se presse une foule bigarrée. C’est dans ce microcosme de la France que nous rencontrons Fatou : à un carrefour de sa vie, elle se trouve interpellée par la question de ses origines et finit par prendre conscience, par la force des choses, des diverses facettes qui composent son identité. La problématique du film se trouve ainsi posée, à savoir comment vivre harmonieusement quand on porte en soi des traditions culturelles différentes, voire antagonistes, ou, en d’autres mots, comment concilier, au vingt-et-unième siècle, tradition et modernité ?
Pourtant, Fatou la Malienne n’a pas fait l’unanimité. En effet, le Haut conseil des Maliens de France a protesté auprès de France 2 en demandant la déprogrammation du téléfilm. Selon son porte-parole, le film de Daniel Vigne  » ne pourra qu’alimenter un discours xénophobe. […] Nous craignons une image négative pour la communauté malienne et nous considérons cette diffusion comme inamicale à l’égard du Mali.  » (5) Il est vrai que le film n’est pas sans reproduire certains clichés : les personnages correspondent aux attentes du téléspectateur moyen (Fatou est coiffeuse Afro, son prétendant produit des disques de musique africaine, la mère de Fatou est femme de ménage dans une famille parisienne bourgeoise, le père vend des produits exotiques, la tante, qui s’exprime avec un accent africain très prononcé, ne s’habille qu’en boubou etc.) (6) De surcroît, la séquence du mariage forcé et les scènes de viol qui s’ensuivent, pourraient facilement être interprétées comme un atavisme culturel. Interrogée sur  » l’image réductrice et parfois inquiétante des minorités  » véhiculée par la télévision, la productrice de fictions Michèle Prodroznick contrecarre toutefois cet argument :  » On ne fait pas dans l’angélisme. Pour changer les clichés, il faut promouvoir des images nouvelles, pas escamoter la réalité.  » (7)
Fatou la Malienne a ainsi le mérite de vouloir représenter la société française dans sa diversité ethnique, ce qui est encore rare de nos jours et fortement décrié par de nombreux observateurs tels que Zaïr Kédadouche, membre du Haut Conseil à l’intégration, qui constate :  » nos écrans pâles donnent une image fausse de la réalité de la société française.  » (8) Cette  » invisibilité  » à l’écran de certains citoyens français est d’ailleurs le cheval de bataille de nombreux groupes de pression qui, depuis la fin des années quatre-vingt-dix, militent en faveur de l’intégration des minorités ethniques. Parmi elles citons le Club Africagora, composé d’entrepreneurs, de cadres et d’élus locaux originaires d’Afrique, de la Caraïbe et du Pacifique, qui a vu le jour en 1999 et qui œuvre pour l’insertion professionnelle, économique et politique et la promotion sociale des citoyens originaires d’Afrique et des DOM-TOM. Dans le domaine des médias, le Club Averroès rassemble aussi élus, chefs d’entreprise et nombreuses personnalités issus de l’immigration et exerce, dès 1997, des pressions sur les directeurs de chaînes pour augmenter le nombre de présentateurs et journalistes  » de couleur  » à l’écran. S’ajoutent à cela les revendications du Collectif Égalité, association qui regroupe plus de 6000 artistes et intellectuels, créée sur l’initiative de la romancière Calixthe Beyala en 1998, qui pousse à une plus grande représentativité des minorités ethniques dans les médias français. C’est sous leur impulsion que la première étude quantitative de 1999 a été effectuée par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Cette enquête a révélé l’absence de  » minorités visibles « , selon l’expression officielle, sur les écrans de télévision française et a engendré des modifications aux cahiers des charges de France Télévisions afin de rétablir l’équilibre pour mieux refléter les divers aspects de la France multiculturelle. Fatou la Malienne, nominé aux Emmy Awards, FIPA d’Or 2001 de la meilleure fiction et 7 d’Or du meilleur film de télévision, est la preuve de la réussite de ces initiatives et du changement de mentalité, à la fois au niveau des cadres dirigeants de l’audiovisuel en France et du grand public, déjà un tant soit peu habitué aux acteurs noirs, il est vrai, en raison des multidiffusions de séries américaines comme le Cosby Show, Le prince de Bel-Air, ou encore Starsky et Hutch ou plus récemment Homicide. C’est aussi dans des feuilletons policiers tels que Navarro, Julie Lescaut, que l’on retrouve la majorité des acteurs noirs. Jusqu’à très récemment  » les scénaristes éprouv[aient][le]besoin agaçant de pointer du doigt la différence du personnage noir  » qui, au hasard d’une réplique, soulignait, avec l’accent  » de là-bas « , qu’il venait  » des îles.  » (9) Aujourd’hui, les prémices d’une évolution se font sentir dont Mohamed Abdi, secrétaire général du mouvement Ni Putes Ni Soumises et Amirouche Laïdi, animateur du Club Averroès, sont les premiers à se féliciter (10): dans P.J. (France 2), le personnage de l’inspecteur joué par Pascal Légitimus, est  » nettement moins stéréotypé et plus en phase avec la réalité.  » (11) De même dans Léa Parker (M6) diffusé en access prime time, le rôle principal (chef d’équipe dans une division spécialisée de la police) est confié à l’actrice franco-rwandaise Sonia Rolland, qui affirme :  » Je veux, sans vouloir être le symbole d’une communauté, assumer ma couleur de peau.  » (12) Cette tendance ne pourra que s’amplifier dans la mesure où  les chaînes publiques viennent de présenter  » un plan ‘d’action positive'[…]. [Par exemple,] pour la fiction, une trentaine de thèmes ont été retenus où ‘des gens issus de l’immigration ont un rôle positif’.  »  (13)
Par ailleurs, Fatou la Malienne, même s’il suit les contraintes de construction et de narration d’un téléfilm :  » Des héros positifs auxquels s’identifier, un enjeu clair, des obstacles, une action qui démarre dans les cinq premières minutes et un dénouement qui exclut les fins ouvertes « , (14) nous paraît novateur en ce sens qu’il déplace la problématique de l’immigration hors de la diaspora maghrébine. En effet, même si les Maghrébins (avec les Asiatiques) semblent être les plus sujets à la discrimination télévisuelle (15), c’est essentiellement à travers eux que sont abordées, dans les films français, les questions liées à l’intégration. (16) Fatou, elle, est née dans une famille originaire d’Afrique de l’Ouest, plus précisément du Mali. Or, depuis certains développements récents dans l’histoire de l’immigration en France, les Maliens, dans l’imaginaire français, sont liés à diverses polémiques. Qui ne se souvient des débats qu’ont suscités la polygamie et l’excision des filles (17) ou encore de l’épisode fortement médiatisé de l’occupation de l’église Saint-Bernard par les sans-papiers maliens en août 1996, et de l’expulsion manu militari de 101 d’entre eux ? Ou plus récemment de  » la pression du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, pour inciter [les Maliens], moyennant une aide financière […] à revenir ‘positivement’à Bamako  » (18) ? D’ailleurs, Fatou la Malienne s’ouvre sur l’interpellation d’un sans-papier par les gendarmes à Barbès. Dans la foulée, Sidi, le frère de Fatou, se fait également contrôler alors qu’il passe par là en compagnie de sa sœur. En tendant sa carte d’identité française au représentant de l’ordre, les jeunes gens s’exclament :  » On est nés ici […]. On descend direct d’Astérix ! C’est l’histoire !  »
Dès cette entrée en matière quelque peu caricaturale, le réalisateur met à mal le stéréotype le plus courant qui associe la couleur de la peau avec l’origine géographique, ce qui ferait de la France un pays uniquement peuplé d’individus à peau blanche. Le film cherche donc à briser l’image déshumanisante qui fait de tous les Maliens, aux yeux de certains, des  » clandestins  » en puissance, considérés comme un fardeau pour l’économie de l’Hexagone. Comme le dit avec ironie Gaston Kelman, auteur du pamphlet à succès  Je suis noir et je n’aime pas le manioc :  » […] l’autre, le dernier venu, le plus visible, n’est pas supposé enrichir la France. Il est même supposé l’appauvrir socialement, avec le retard que les enfants d’immigrés causent dans les écoles, économiquement avec les allocations diverses qu’ils pillent et le chômage auquel il est exposé du fait de son niveau zéro de formation […]  » (19) Dans Fatou la Malienne, Daniel Vigne contourne ces idées reçues et d’une caméra humaniste, crée des personnages touchants qui parviennent à transformer le regard habituellement porté sur eux. Ainsi le spectateur est-il invité à dépasser les apparences réductrices, et à aborder le questionnement identitaire indépendamment de toute stigmatisation.
On est donc loin, dans ce téléfilm, du  » petit écran [qui], comme la société, semble refuser l’idée d’une France multiculturelle, comme si l’égalité et la différence restaient deux notions totalement incompatibles.  » (20) Le parti pris du réalisateur se reflète d’ailleurs dans la caractérisation du personnage principal du film, Fatou, qui fait preuve d’une grande vitalité en  » remixant  » (21) toutes les composantes de son expérience. Tout comme Fatou N’Diaye, l’actrice qui joue le rôle de Fatou dans le téléfilm qui nous intéresse, affirme :  » Je suis 100% parisienne et 100% africaine. Ce n’est pas un sentiment juste un fait  » (22), Fatou, le personnage du film, n’est pas de nationalité malienne puisqu’elle est née en France et qu’elle y a vécu depuis sa naissance. Son lien avec la culture malienne n’est pas non plus absolu puisqu’elle n’est jamais allée au Mali et que sa famille à Paris a abandonné certaines de ses traditions ancestrales : notons par exemple que le père de Fatou et son frère s’opposent fermement à la polygamie. Bien que Française, Fatou ne rejette pas son héritage culturel malien: elle est  » coiffeuse-créatrice  » et elle puise son inspiration dans les coiffures traditionnelles africaines. Fatou est  » Française, certifiée double origine  » (23). Comme tant d’autres jeunes aux origines étrangères, elle fait avec les deux cultures, elle s’adapte. (24) Benoît Dutret, psychiatre d’adolescents dans une Consultation transculturelle, remarque d’ailleurs que ces jeunes,  » maîtrisent mieux les codes des différentes cultures. [Mais que,] lors du passage à l’âge adulte, ils sont souvent interpellés plus violemment par la question de leurs origines. […] C’est à eux de choisir ce qu’ils vont faire de cette multicarte culturelle  » (25), sachant que ce champ de possibles est hérissé de dangers. En effet, renchérit le sociologue Jean-Claude Kaufmann, dans nos sociétés post-modernes, « l’écueil majeur est de ne plus savoir qui l’on est « , alors qu’autrefois  » il n’y avait qu’à suivre la route, le chemin était tracé. C’était une société du destin. Aujourd’hui l’avenir est ouvert.  » (26) Dans Fatou la Malienne, Daniel Vigne illustre parfaitement cette conception de l’identité : il tourne résolument le dos au concept réducteur, si ce n’est fallacieux, de l’identité comme résultat d’une appartenance communautaire irréductible, qui serait un héritage figé et monolithique, pour illustrer  » l’invention de soi  » comme processus identitaire. (27) Gaston Kelman est tout aussi emphatique lorsqu’il martèle :  » je veux être Français et Bourguignon noir, sans que l’on me renvoie éternellement à l’Afrique. Je veux être le seul qui décide de ce que je garde de mes racines et de ce que je transmettrai à mes enfants […]. Je veux que ma fille née en France soit noire et francilienne, un point c’est tout. Je veux que l’on cesse d’acculer mon fils vers une blackitude suicidaire et qu’on le laisse être un petit français comme les autres.  » (28) Ou encore, pour reprendre l’expression particulièrement pertinente d’Édouard Glissant,  » il est inacceptable de sacrifier à ‘l’intolérance sacrée de la racine’  » (29)
Le personnage de Fatou incarne bien cette conception kaléidoscopique de l’identité. Elle se construit en piochant les composantes qui lui conviennent dans les deux traditions culturelles dont elle est issue : bien que née dans une famille africaine, elle ne  » connaît rien à la musique black « , elle préfère Céline Dion. Son  » fiancé  » a beau l’inonder des disques de musique africaine dont il est producteur à succès, elle a du mal à s’y intéresser. Par contre, pour ce qui est du mariage, elle souscrit à la coutume malienne d’y arriver vierge, mais elle rejette catégoriquement le mariage arrangé, et affirme haut et fort qu’elle ne se mariera que par amour. Elle est donc intégrée à la société française, elle se sent française au même titre que  » Gaëlle la Bretonne  » et  » Leïla la Beurette « .
Le film repose d’ailleurs en partie sur la relation d’amitié entre les trois jeunes filles, bien de leur époque dans leurs activités et préoccupations : petits boulots, déjeuners au troquet du coin, échanges d’  » informations  » sur les derniers maquillages mode sans oublier les confidences sur les garçons ! Toutefois, derrière cette unité de façade, se cache un vécu personnel différent pour chacune des amies qui vivent diversement leur intégration en France. A priori, c’est l’expérience de Leïla qui se rapprocherait le plus de celle de Fatou. Comme elle, elle a grandi à Paris dans une famille issue de l’immigration. Elle est encore très sensible aux coutumes ancestrales qui régissent selon elle, la vie quotidienne des immigrés appartenant à la génération de ses parents. Quand Gaëlle s’insurge contre la séquestration de Fatou par sa famille, Leïla lui conseille de ne pas se mêler de cette histoire car :  » C’est des trucs à eux. Ils ne vivent pas comme nous, c’est un autre monde. […] C’est un problème de double culture. Fatou et moi on a deux cultures. Nos parents ont encore le poids des coutumes d’où ils viennent, de là-bas. Et on ne peut pas changer ça. Tout ce que tu vas t’attirer là-dedans, c’est un paquet de problèmes. Il y a des choses que tu ne peux pas changer.  » Ce fatalisme tenace est révélateur de la construction identitaire de Leïla. Par certains côtés, elle s’est émancipée de son milieu culturel d’origine : elle travaille dans un supermarché, elle s’habille à l’Européenne, elle fréquente les cafés, elle partage de bons moments avec ses amis – filles et garçons – à la piscine, elle s’exprime comme eux en français populaire, pour ne pas dire argotique. Et pourtant, cette apparente liberté est strictement limitée. Son comportement, ses réflexions, révèlent combien elle reste marquée par son milieu familial. Pas question pour elle d’avoir un petit-ami car dit-elle :  » Mes parents me tueraient s’ils me voyaient avec un mec.  » Si elle refuse de prêter main forte à Gaëlle quand celle-ci cherche à sauver Fatou, c’est parce que son jugement est déterminé par son appartenance culturelle et non par leurs liens amicaux. Au travers du personnage de Leïla, le réalisateur de Fatou la Malienne, démontre combien un attachement à des paramètres culturels irréductibles, freine l’épanouissement personnel.
Quant à Gaëlle, le fait qu’elle soit d’origine bretonne n’est pas anodin, puisqu’elle aussi est issue d’une  » minorité  » (30) aux rapports historiques conflictuels avec l’État-nation français. En effet, si la Bretagne est aujourd’hui parfaitement intégrée à la France aussi bien au plan politique que social, l’absorption de sa population s’est faite au prix du renoncement de l’individu à ses particularismes culturels, à la fois sous la contrainte de mesures coercitives de l’État ou résultant d’une conjoncture économique défavorable. Rappelons qu’au début du XXe siècle, époque où la Bretagne faisait déjà politiquement partie de la France, des milliers d’ouvriers bretons ont émigré en région parisienne pour échapper  » aux vies minuscules, aux avenirs miséreux, à la pauvreté insoutenable.  » (31) Ils sont 5 500 Bretons installés à Paris en 1896 et 10 000 environ en 1930, qui, aux côtés du prolétariat parisien, travaillent dans divers secteurs de l’industrie (chimie, métallurgie, verrerie, etc.) Nostalgiques de leur Bretagne natale, mal vus et maltraités en raison de leur ignorance de la langue française – on disait qu’ils baragouinaient (32) – ils se regroupent dans certaines rues où ils tentent de recréer l’ambiance de leurs villages d’origine. Patrick Braouezec, maire de Saint-Denis en banlieue parisienne où se sont installés de nombreux Bretons, compare d’ailleurs leur expérience d’alors à celui du  » malheureux Sénégalais, qui débarque [aujourd’hui] du métro sur le quai de la gare.  » (33) Le recul permet aujourd’hui de constater que c’est en participant à leur nouvelle vie sociale sous toutes ses formes, qu’ils se sont progressivement affiliés à la République en refoulant leur bretonnité, en particulier au niveau de la langue. A présent, les conflits liés à leur intégration étant apaisés, ils peuvent à nouveau affirmer leur singularité culturelle comme composante de leur construction identitaire au sein de la nation française. Il suffit pour s’en convaincre de mesurer l’engouement suscité, ces dernières années, par les diverses manifestations célébrant les cultures celtes, telles que Le Festival Interceltique de Lorient. Le succès de ces événements, outre la forte médiatisation dont ils sont l’objet, est dû à leur capacité à toucher un large public au-delà des frontières celtes. C’est ainsi qu’à partir de repères identitaires pourtant ancrés dans des cultures attestées, des voies de communication s’ouvrent sur l’Autre pour lui faire partager des émotions universelles – phénomène bien éloigné du repli communautariste.
Dans le film, le personnage de Gaëlle illustre ce mode d’intégration. Elle est en quelque sorte, une  » immigré[e]de l’intérieur.  » (34) Par certains aspects, elle représente l’archétype de la jeune parisienne contemporaine. Véritable Gavroche, elle est pleine d’assurance, débrouillarde, gouailleuse. Elle s’affiche sans tabous : elle aime, dit-elle,  » picoler  » et  » s’envoyer en l’air.  » Elle est aussi une amie chaleureuse sur laquelle on peut compter et qui fait preuve d’une indépendance d’esprit à toute épreuve. Elle n’hésite pas à remettre en question les coutumes familiales de Leïla et de Fatou lorsqu’elles lui semblent entrer en conflit avec leur liberté individuelle ou leurs droits humains. Lorsque Leïla refuse de l’aider à soustraire Fatou des griffes de sa tante en invoquant le poids des traditions dans les cultures africaines, Gaëlle s’insurge :  » Elle est comme toi et moi Fatou ! […] On est en France ici. […] Le délire que vous vous faites ! Vous êtes graves avec vos coutumes !  » Telle la Marianne de Delacroix qui, sur les barricades, défend vaillamment les couleurs de la nation, Gaëlle, sort de ses gonds lorsqu’elle apprend les sévices subis par Fatou au nom du message d’universalité de la République. En effet, quand Fatou hésite à porter plainte contre sa famille en alléguant :  » J’ai trahi tout le monde. Je ne peux pas les dénoncer. C’est trop grave. Tu ne peux pas comprendre que j’ai trahi ma mère « , Gaëlle rétorque indignée:  » Personne n’a le droit de violer en France. Pas plus les Beurs que les Blacks, que les riches ou les pauvres !  » Pour elle, il ne s’agit pas d’un conflit entre la culture dominante française et les particularismes supposés de la culture malienne, mais d’une  » crise de famille  » comme il en arrive dans toutes les foyers un jour ou l’autre. Gaëlle n’est pas seulement le symbole du Titi Parisien, elle s’est aussi construite à partir de ses racines bretonnes dans lesquelles elle puise force et énergie en période de difficulté. Pensant que Fatou a besoin de changer d’air, elle lui lance  » Tu connais la Bretagne ? »  » Je ne connais même pas l’Afrique !  » lui répond Fatou, ce qui n’empêche pas son amie de l’emmener se ressourcer dans sa région natale. Elles finissent toutes deux par s’y installer pour de bon.
Cet artifice du scénario, qui met en parallèle la Bretagne et l’Afrique n’est donc pas fortuit : il permet à Daniel Vigne d’illustrer parfaitement le rôle essentiel que jouent les origines, quelles qu’elles soient, dans le processus identitaire de tout individu, tout en refusant le repli sur soi. Le film permet de comprendre qu’il existe en France,  » une charge de concorde et de fraternité qui ne demande qu’à éclore, [qu’]une société comme la nôtre ne saurait construire son avenir dans le face à face permanent, mais bel et bien dans le côte à côte qui nous permet d’envisager et de regarder l’horizon en commun. » (35) En ce sens le film véhicule bien un message porteur d’espérance. Ainsi, le film se termine sur une note positive pour Fatou.  » Je vais recommencer à rêver  » dit-elle en regardant la mer dans la dernière séquence du film. Une voix-off nous annonce qu’un an plus tard, elle est à Londres pour parfaire sa formation de coiffeuse-styliste, avant de revenir en France pour se reconstruire. Daniel Vigne racontera ce cheminement dans un deuxième film intitulé Fatou l’espoir, diffusé sur France 2 en avril 2002.
A l’heure où la question de l’immigration divise les milieux politiques et intellectuels en France et dans le reste de l’Europe, Fatou la Malienne arrive à point nommé. La crise du modèle républicain français issu des Lumières est avérée, comme le révèlent par exemple les controverses récentes sur le port du voile au sein des établissements publics. Historiquement, face au défi que pose l’intégration des minorités, la société française a choisi l’universalisme abstrait où les différences sont gommées ou, tout au moins, confinées à la sphère privée, avec pour conséquence inévitable le refus du pluralisme culturel. Un autre modèle d’intégration possible serait le communautarisme  » à l’anglaise  » qui  » reconnaît l’existence de groupes humains aux intérêts spécifiques dont les représentants négocient avec les pouvoirs publics pour obtenir des droits particuliers.  » (36) Il semble que, à la suite des ratés de l’intégration, de plus en plus de personnalités issues des minorités ethniques soient tentées de s’engager sur cette voie. Par exemple Claudy Siar, l’animateur vedette de radio France Internationale (RFI), vient de lancer l’Union de la Communauté noire de France  » pour ne plus être les paillassons de la société française.  » (37) De même, certains acteurs pensent qu’  » il faut inévitablement poser la question des quotas […] qui ont permis [aux États-Unis]l’émergence d’acteurs tels que Denzel Washington, Whoopi Goldberg.  » (38) Toutefois, ce chemin n’est pas non plus sans embûches. En effet, le danger est grand de voir apparaître des conflits d’intérêts plus ou moins violents, comme le résume la sociologue Élisabeth Badinter :  » Chaque fois que l’on fait passer nos différences avant nos ressemblances, on met le doigt dans un processus d’affrontement.  » (39) Même en Grande-Bretagne où ce modèle a été mis en pratique depuis les années soixante, des voix s’élèvent qui le remettent en question avec véhémence. Trevor Phillips, Président de la Commission pour l’égalité raciale, réfute la validité du multiculturalisme comme mécanisme d’intégration, prônant au contraire la nécessité de développer des valeurs culturelles communes afin de bâtir des sociétés européennes en paix avec elles-mêmes. (40) Fort heureusement, il existe une troisième voie, dont le film ébauche le tracé : la reconnaissance des particularismes au service du projet républicain. S’y engager suppose que l’on assume ces différences sans toutefois perdre de vue les valeurs communes qui forgent le lien social et qui doivent avoir priorité sur toutes les autres. C’est aussi dans cet esprit qu’est née la nouvelle émission Rive black, rive gauche, sur Africa Nº1 en partenariat avec la Mairie de Paris, destinée en priorité à la communauté noire de la capitale, et au-delà à tout auditeur, quelle que soit la couleur de sa peau ou son origine ethnique. (41) Azouz Begag, conscient de la nécessité de  » visibiliser  » les populations d’origine immigrée en France, arrivait à une conclusion identique dans un article écrit à l’issue de l’élection de Jacques Chirac à la présidence de la République contre Jean-Marie Le Pen, le candidat du Front National, aux thèses foncièrement racistes. Pour l’écrivain sociologue, il est urgent de  » contrer […] les stéréotypes produits par les médias. […] Une occasion inattendue s’offre aujourd’hui de transformer [l’origine ethnique et la couleur de la peau] […] en ambassadrices des valeurs citoyennes et républicaines.  » (42) En dernier lieu, c’est ce message que l’on retient du téléfilm Fatou la Malienne, qui exalte la richesse des apports culturels de chacun, quelle que soit son origine, avec néanmoins une limite infranchissable : la nécessité absolue de respecter les droits de l’Homme.

1. Félicité Wouassi,  » Une Afro-européenne « , Africultures no 27 (avril 2000), p. 49
2. Même dans la publicité, la représentation des minorités reste faible. Voir Laurence Girard,  » Le pluriethnisme reste peu présent dans la publicité en France « , Le Monde (21 février 2004) :  » Cela illustre la difficulté qu’a la société française à se représenter dans sa diversité. D’un côté, il y a le refus d’adopter l’approche américaine du marketing ethnique, des quotas, pour répondre aux impératifs de discrimination positive, de l’autre on a le problème de la non-représentativité des minorités ethniques. On continue à reproduire quelque chose qui ne correspond plus à la réalité.  » Ce problème n’est pas spécifique à la France comme en témoigne la création de The Institute of Practioners in Advertising Ethinic Diversity Project en Grande-Bretagne, qui a révélé le faible pourcentage de la représentation des minorités ethniques dans le monde de la publicité (4% seulement et parmi ceux-ci 70% travaillent en fait dans les services techniques). Voir  » Modern UK eludes ad agencies « , The Guardian (6 avril 2004). Cependant, le paysage audiovisuel britannique semble être en avance sur son homologue français:  » L’objectif fixé pour la fin de 2003 dans l’ensemble de la [BBC] (27 000 employés) a été atteint: 10% des effectifs appartiennent aux groupes minoritaires, dont 6 % des « newsreaders » (présentateurs) et des chroniqueurs. La BBC vise 12,5 % fin 2007.  » (Jean-Pierre Langellier,  » Comment la TV britannique a pris de la couleur « , Le Monde, 18 mai 2004).
3. Au sujet du  » Droit à la différence « , François Mitterrand, le candidat de l’Union de la Gauche à l’élection présidentielle, déclare à Lorient le 14 mars 1981 : « C’est blesser un peuple au plus profond de lui-même que de l’atteindre dans sa langue et sa culture. Nous proclamons le droit à la différence. Il est indigne de la France qu’elle rejette ses richesses, qu’elle soit le dernier pays d’Europe à refuser à ses composantes les droits culturels élémentaires, reconnus dans les conventions internationales qu’elle a elle-même signées… au-delà des bonnes paroles, il faut des actes!… Le socialisme milite pour le libre épanouissement des peuples. I1 permettra aux Bretons l’exercice de cette liberté fondamentale qui est de vivre sa culture. » http://diwan-brest.chez.tiscali.fr/diwan/statut6.html, consulté le 20 avril 2004.
4. Ce problème est évoqué dans le livre de Leïla, Mariée de force  (Paris, Oh! éditions, 2004). Son témoignage poignant dénonce une pratique dont seraient victimes  » plus de 50 000 [jeunes femmes]d’origine maghrébine, turque ou malienne, nées en France et mariées contre leur gré dans le pays de leur ancêtre  » (voir Claire Chartier,  » L’homme dont elle ne voulait pas « , L’Express, 17 mai 2004)
5.  » Fatou la Malienne suscite la controverse « , www.afribone.com/actualite/cin-fatou.html, consulté le 14 juillet 2003
6. Cette volonté de satisfaire le plus grand nombre découle, on peut le supposer, de la logique marchande à laquelle sont soumis les téléfilms. Comme le rappelle judicieusement Jean-Claude Guillebaud dans sa chronique radio-télévision intituléee  » Le formatage de l’imaginaire « :  » Un diffuseur n’est pas là pour penser mais pour calculer […]. Ce qui l’occupe, ce n’est pas l’intelligibilité du monde ou la légitimité de l’art cinématographique, ce sont ces fameuses ménagères de moins (ou de plus) de 50 ans, qu’il s’agira de contenter, ces provinciaux de centre gauche, qu’il faudra satisfaire, ces petits-bourgeois urbains dont il faudra combler l’attente supposée, etc.  » (TéléCinéObs, 6 mai 2004) 
7. Cécilia Gabizon,  » Intégration : la télévision se met à la couleur « , Le Figaro (26 avril 2004)
8. Phillippe Gavi,  » Colère noire contre visages pâles : Apartheid sur nos écrans « , Le Nouvel Observateur (13 mai 2004)
9. Marie-France Malonga,  » Fictions TV : des Noirs dans l’ombre « , Africultures n°27 (avril 2000), pp.34-37
10. Claire Derville,  » Les chaînes privées ont pris de l’avance « , Le Figaro (27 avril 2004) : Mohamed Abdi :  » Depuis quelque temps, les chaînes ont la volonté manifeste d’intégrer les minorités à l’antenne  » ; Amirouche Laïdi :  » On observe des changements très positifs dans le paysage audio-visuel français.  »
11. Marie-France Malonga, op.cit.
12. Romaric Atchourou,  » Sonia Rolland, flic de charme « , www.afrik.com/article7117.html , consulté le 26 avril 2004
13. Philippe Gavi, op. cit.
14. Béatrice de Mondenard,  » Télé-Ciné: vive les passerelles? « , Synopsis nº3 (Eté 1999) p.57
15. Voir Nasser Negrouche,  » Ecran noir, images blanches « , Le Monde diplomatique (juillet 2002), www.monde-diplomatique.fr/2002/07/NEGROUCHE/16665, consulté le 26 avril 2004
16. Ne négligeons pas, cependant, le film du Franco-sénégalais Alain Gomis, L’Afrance (2001), où le héros El Hadj, étudiant sénégalais à Paris, se trouve confronté à des questions identitaires à la fin de son cursus universitaire ; sans parler des films produits en France par des réalisateurs d’origine africaine qui ont également pour thème des variantes de cette problématique. Citons à titre d’exemple, Gito l’ingrat (1992) de Léonce Ngabo.
17. Voir Besma Lahouri,  » Cet interdit qui a droit de cité  » in L’Express (15 janvier 2004). En 1993, le sénateur maire de Vincennes, Jean Clouet, fut traité de raciste par de nombreux intellectuels pour avoir osé dire que  » la polygamie n’était pas intégrable dans les structures urbaines européennes. » Or, près de 20 000 familles (maliennes, sénégalaises, gambiennes) vivent sous ce régime coutumier, en principe proscrit par l’État français, en pratique toléré par son administration. Voir à ce propos le rapport controversé de Ghislaine de Montal et Herimampionona Rajaonarison,  » Être Malien au SAN d’Évry « , (1992) cité par Gaston Kelman, dans Je suis noir et je n’aime pas le manioc (Paris, Mad Max Milo Editions, 2003), qui affirme sans vergogne :  » Une intégration réussie ne semble pas avoir pour premier précepte la monogamie.  »
18. Sophie Des Déserts,  » Maliens de France: l’impossible retour « , Le Nouvel Observateur (20-26 février 2003)
19. Kelman, op. cit, p.19
20. Marie-France Malonga, op. cit., p. 37
21. Voir l’interview de Julie, 19 ans, née en France de parents nigérians in Phosphore (avril 2003), p. 57 :  » Moi je me suis fat un remixe des deux, de la France et du Nigéria. Ici, on a tout, je suis libre, j’ai le confort. Mais j’aime des choses de l’éducation africaine.  »
22. Fatou N’Diaye,  » Une journée avec Fatou N’Diaye « , Elle (14 avril 2003)
23. Anne Ricou et Béatrice Girard,  » Français : certifiés double origine « , Phosphore (Avril 2003), pp.56-61
24. Voir l’interview de Sarah, 16 ans et demi, de père algérien et de mère française d’origines italienne et polonaise, in Phosphore (Avril 2003), p. 58 :  » J’aimerais tout prendre de la culture française en gardant les deux religions, les langues et la musique. En fait, je fais avec les deux, je m’adapte.  »
25. Anne Ricou et Béatrice Girard, p. 56
26. Jean-Claude Kaufmann,  » Notre moi est devenu multiple « , Psychologies Magazine (mars 2004), pp.104-106.
27. Jean-Claude Kaufmann, L’invention de soi : une théorie de l’identité, Paris, Armand Colin, 2004
28. Kelman, op.cit., p.24
29. Alain Policar,  » De l’ethnique en République « , Libération (6 novembre 2003)
30. Dans le contexte politique français le mot  » minorité  » pose problème car la République, une et indivisible, ne reconnaît pas d’intermédiaire entre les individus et l’État dans la sphère publique. Patrick Savidan, traducteur de Multinational Citizenship de Will Kimlicka (La citoyenneté multiculturelle, Paris : La Découverte, 2001), remarque même à ce propos dans sa  » Note sur la présente traduction  » :  » Les circonstances historiques, voire idéologiques, font que la langue française a pu contracter un certain retard dans l’établissement du lexique propre à la thématique du droit des minorités ethnoculturelles qui est au cœur de cet ouvrage. Nous avons donc été conduits à faire un certain nombre de choix.  » (p.7)
31. François Simon,  » Saint-Denis, banlieue de Paris, pays breton « , http://dvkq.free.fr/saintdenis93/bretons.htm, consulté le 29 mars 2004
32. Quand les pêcheurs bretons cabotaient le long des côtes de l’Atlantique, ils jetaient parfois l’ancre dans un port et demandaient du pain et du vin, c’est-à-dire  » bara  » et gwinn  » en breton. Les cafetiers grommelaient alors:  » Qu’est-ce qu’ils baragouinent ceux-là ?  » De nos jours, selon le Petit Robert, baragouiner  signifie : parler une langue qui paraît barbare à ceux qui ne la comprennent pas.
33. François Simon, op.cit.
34. Erwan Ruty,  » ‘Respect’, pour mieux vivre ensemble « , Ouest-France (15 avril 2004), p.5
35. Driss Ajbali,  » L’intégration par les cantons « , Libération (6 avril 2004).
36. Axel Gyldèn,  » Comment intégrer les minorités « , L’Express (5 avril 2004)
37. David Cadasse,  » Pour ne plus être les paillassons de la société française « , www.afrik.com/article5080.html, consulté le 1er avril 2004
38. Aïssa Maïga,  » Qu’on nous donne des rôles « , Africultures n° 27 (avril 2000), pp. 55-57
39. Élisabeth Badinter,  » Qui menace la République ? « , Le Nouvel Observateur (19-25 juin 2003)
40. Voir Trevor Phillips,  » Multiculturalism has had its day « , The Times (3 avril 2004), p.1. D’autres journalistes, dont Andrew Anthony, lui emboîteront le pas quelques jours plus tard:  » One of the shibboleths of multiculturalism was that different communities needed to be treated differently. Ultimately, though, the aim must be to be treated the same.  » Andrew Anthony,  » Multiculturalism is dead. Hurrah ? « , The Guardian (8 avril 2004), p. 7
41. Robert Minangoy, son directeur d’antenne, confirme :  » Au-delà de la simple communauté noire, tout auditeur qui écoute Africa Nº1 apprendra des choses sur la ville de Paris et pourra bénéficier des mêmes clés. […] Il n’y a pas de services réservés aux Africains par la ville de Paris.  » in David Cadasse,  » Africa Nº1 inaugure ‘Rive black, rive gauche « , www.afrik.com/article7387.html consulté le 23 juin 2004
42. Azouz Begag,  » L’heure de la République bigarrée ? « , Le Monde (7 mai 2002)
///Article N° : 3448

  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire