Emo de Medeiros : créateur de ponts entre époques et espaces

Emo de Medeiros, artiste pluridisciplinaire vivant entre la France et le Bénin, a participé à l’Art Paris Art Fair mais aussi à Afriques Capitales à la Villette. parmi les concepts-clés de ses oeuvres, le métissage entre Afrique et Occident et la rencontre entre créations traditionnelles et nouvelles technologies.

Emo de Medeiros nous donne rendez-vous sur une terrasse parisienne bondée. Il ne quitte jamais ses lunettes de soleil. Il aime observer sans être vu et cela l’arrange aussi pour vaincre sa timidité. Interrogé, il affirme que la place accordée aux artistes africains, ce printemps, est une « tentative ambitieuse », et qu’ « il est grand temps que l’Europe honore l’Afrique ». Plasticien-philosophe, vivant entre Cotonou et Paris, il s’inspire tout autant de peintres, de musiciens que d’écrivains. Il nomme tour à tour Léonard de Vinci, Féla Kuti, Miles Davis, Walter Benjamin, Henri Michaux, James Baldwin, et Bob Marley. Il balaie d’un revers de main tous les discours binaires, et ne croit pas à un rapport unique Nord / Sud qui régirait encore le monde des arts. Il estime que grâce à la diffusion d’internet sur le continent africain, de nouvelles trajectoires et relations se construisent, déstructurant les anciennes logiques culturelles et commerciales. Convaincu que l’Afrique deviendra le contexte artistique de référence, il est exposé aussi bien en France qu’en Afrique : à la Fondation Zinsou ou au Centre Arts et Cultures de Cotonou, à la Biennale de Marrakech ou encore à la Cape Town Art Fair.

Un art du XXIeme siècle

Féru de déplacements sémantiques, il met l’accent sur un terme qu’il conceptualise, la « contexture » : « L’essence et le mode de fonctionnement d’un symbole demeurent, mais la manière dont ils se connectent au contexte, crée des connections, et des interrelations nouvelles ». Une de ses oeuvres, un totem installé sur une boîte de conserve, par exemple, est souvent perçue comme constituée d’une partie recyclée. Alors que la boîte est neuve, fraîchement sortie d’usine et qu’elle est davantage à relier au mouvement pop art. Son « électrofétiche », un artefact qui, muni de courant électrique, envoie un message aux téléphones portables qui s’approchent de son centre de connexion, déstabilise : c’est un objet traditionnel imbibé de technologie. Quant au cauri, ce coquillage très présent sur le continent africain, souvent intégré dans ses oeuvres, et utilisé dans l’histoire comme monnaie, talisman, ou ornement, il représente pour Emo « un des premiers produits de la globalisation». L’alliance entre des pratiques artistiques plus ou moins anciennes ou issues de l’artisanat, notamment béninois, avec les nouvelles technologies est pour lui essentielle. « Ce qui m’intéresse c’est de faire de l’art du XXIe siècle ». Pour son oeuvre Kaleta / Kaleta il s’inspire d’une tradition du XIXe siècle appartenant à des Afro-brésiliens installés au Bénin. Composée de danses, chants et musiques, Emo la transforme en une installation sonore et visuelle. Et donne aux spectateurs la possibilité de se mettre en scène avec des masques de super héros, de mangas ou issus de traditions de différents pays. Encore une fois, l’oeuvre de cet artiste s’ancre dans le présent et y convie le public, en lui permettant de voyager dans l’espace, mais surtout de devenir un pont entre les époques. Déroutant et surprenant, Emo de Medeiros n’a pas fini d’interroger notre réception de l’art. À suivre de très près.


Emo de Medeiros en dates
1979 : Naissance à Cotonou, Bénin.
2013-2014 : Installation performative Kaleta / Kaleta au Palais de Tokyo, Paris, France.
2016 : Transpositions, solo show à la 50 Golborne Gallery, londres, Royaume-Uni.
2016 : Participation à Témoins de l’invisible, Biennale de Dakar, Sénégal.
2017 : Participation à Afriques Capitales avec l’oeuvre Points de résistance La Villette, Paris, France.

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