entretien d’Olivier Barlet avec Joseph Kumbela (Congo-Kinshasa)

Ouagadougou février 1997
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Comment es-tu arrivé au cinéma ?
J’ai une formation de styliste que j’avais fait à l’âge de 16 ans à Paris. Ce travail m’a conduit à New-York où je partageais un appartement avec des danseurs de Broadway. J’ai commencé une école de danse à Harlem mais ai vite compris que je n’avais aucune chance à Broadway, la concurrence étant tellement vive. Le cinéma m’a attiré et j’ai fait une école d’acteurs où on a trouvé que j’avais une certaine originalité. J’y ai pris goût et en ai fait mon métier.
Et tes origines ?
Je suis né au Zaïre puis en suis parti à 13 ans. J’étais un enfant de la rue. Avec des copains, j’avais fait un pari : entrer dans un avion à l’aéroport. Je m’y suis faufilé avec des gens qui avaient des enfants… et l’avion est parti. Je suis passé comme ça. C’était il y a 25 ans ! Je me suis donc retrouvé en Europe et j’ai vécu à Paris, en Suisse, au Japon, aux Etats-Unis… Le métier d’acteur aussi, ça a été un hasard ! Je n’avais pas de plan dans ma tête.
Maintenant, c’est un métier que j’aime avec passion : créer avec la tête et le sentiment, les émotions. C’est excitant de chercher un personnage…
Comment en es-tu arrivé à jouer Gito l’ingrat ?
J’étais installé à Los Angeles où je faisais des pubs industrielles (Mac Donald, Toyota etc) et jouait dans des films de Jean-Claude Vandame, Miami Vice etc. On m’a conseillé de voir un producteur qui ne cherchait pas un Noir américain mais un Africain pouvant jouer au Burundi. Je devais toucher des serpents, ce que je déteste… J’ai vraiment hésité ! Toute l’équipe était pratiquement américaine, quelques Européens. J’ai découvert Bujumbura. C’était la première fois que je retournais en Afrique ! Le choc a été colossal. Quand on est descendu de l’avion, j’ai eu l’impression que quelque chose me lâchait, comme un oiseau quitte une cage, quelque chose qui quitte mon corps. Ça m’a rendu malade, au lit pendant trois jours ! Je crois que c’était de retrouver ma terre natale, une force qui m’appartenait. C’était peut-être un certain enfermement en Occident qui sortait de moi…
C’est difficile d’être un acteur noir ?
C’est pour ça que je suis devenu producteur et réalisateur ! En Europe, on a encore le rôle du nègre de service, c’est-à-dire celui qui est associé au mal d’une manière ou d’une autre et qui va en prendre plein la gueule. Avec Gito, j’ai eu le prix d’interprétation et me suis dit que je pourrais être libre de ne plus faire ces rôles dévalorisants. Je l’ai dit à mon agent.
On écrit pas de rôle pour les Noirs ! Isaach de Bankolé ou Hubert Koundé obtiennent des rôles écrits pour eux, mais c’est encore rare.
Tu aimerais que dans une société métissée, on intègre simplement des rôles de Noirs à part entière…
Voilà. J’ai envie de faire un cinéma tout court, pas un cinéma africain. J’ai choisi un cinéma de métissage. Je vis avec une Européenne. J’ai beaucoup d’amis européens. Il faut faire des films comme Choisis-toi un ami de Mama Keïta. Une recherche d’identité en société plurielle.
Quelles perspectives après tes courts métrages Colis postal et Taxcarte ?
Un long métrage, Génisse ou le pays aux milles collines, où le génocide du Rwanda sera la conclusion. C’est une fresque historique partant du début du siècle, à l’arrivé des colons. Le film s’arrête en 1958, fin de l’époque coloniale. Le scénario est abouti.
Autre projet : un policier, long métrage également. Encore une histoire de métissage, histoire d’une belle Africaine qui a rêvé de la France comme d’une terre d’asile mais tombe dans les milieux de la prostitution et de la pornographie ; une sorte de princesse déchue qui va quitter l’Europe et retourner en Afrique pour retrouver ses racines. Le noeud serait de dénoncer l’image qu’on a de l’Africain que chacun voit comme un dealer etc. cette manipulation que subit l’immigré aujourd’hui.

///Article N° : 2491

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