entretien d’Olivier Barlet avec Pierre Yameogo

Cannes, mai 1998
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Tourbillon est dans la ligne de tes précédents films : une approche directe de la réalité africaine.
C’est le style que j’ai adopté depuis que je fais du cinéma. Je m’inspire de la réalité car je considère que le cinéma est avant tout de l’information et que beaucoup de choses en Afrique méritent d’être révélées et soulignées. Mes films ne sont pas réalistes en soi mais il s’inspirent de la réalité.
La critique va loin. N’as-tu pas peur qu’on sorte du film avec un constat amer de corruption généralisée ?
Non, car le film montre aussi des non-corrompus, mais il est clair qu’un film traitant de la corruption va la mettre en avant ! Le message est clair.
Tu as dû rencontrer des obstacles…
Oui, j’ai beaucoup galéré mais j’ai trouvé appui auprès de ceux qui croient en la nécessité de ce genre de films. L’avance sur recettes de l’Etat français et le soutien du gouvernement burkinabè m’ont beaucoup aidé. Les soutiens habituels du cinéma africain n’ont pas fonctionné, certains y ayant vu par erreur un contenu raciste envers les Libanais. La vision du film montre que ce n’est pas le cas.
On dirait plutôt que le film dénonce le racisme dans les deux sens…
Bien sûr, et plus encore que le racisme, c’est l’incompréhension entre les deux communautés qui est traitée de façon réaliste, encore que la réalité soit plus violente que ce que nous montre le film.
Quelle a été la réception du film à Ouagadougou ?
Très bonne. Le film bat tous les records d’entrées de l’histoire du cinéma burkinabè !
Pourquoi avoir inséré des documents sur la guerre du Liban dans la fiction ?
Cette vieille personne qui revoit son passé de guere a vécu l’exil avant d’entrer dans les affaires. Et qui peut dire que la guerre est finie au Liban ? Elle rêve de paix pour pouvoir rentrer dans son pays.
A quelle réalité renvoie l’expression de  » bonne gouvernance  » utilisée dans le film ?
Au Sommet de La Baule organisé par le président Mitterrand. L’expression a été reprise dans nombre de sommets africains mais elle reste verbale. J’essaye de souligner cette distance entre discours et réalité.
La musique de Wasis Diop est impressionnante. Comment avez-vous travaillé ensemble ?
Ce fut une belle rencontre. Je lui ai proposé de lire le scénario et de voir si cela l’inspirait. Il a compris que le rythme du film est plus rapide que le cinéma africain habituel, avec un grand nombre de plans et de décors, ce qui nous a permis de bien travailler ensemble et le résultat est très satisfaisant.
Avec Dani Kouyaté et Guy Désiré Yameogo comme assistants, vous étiez entre amis !
Bien sûr, c’est un vrai travail de groupe et nous nous assistons mutuellement dans nos films. C’est un travail d’équipe qui manque souvent au cinéma africain. Nous nous complétons bien, nous connaissons la réalité et avons pu nous arrêter ensemble sur des séquences qui posaient problème. Ce fut une collaboration franche, amicale, je dirais même parentale !

///Article N° : 588

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