Esclaves

De Kangni Alem

Blessures passées, amertumes vivaces

C’est une remontée dans la courbe du temps à laquelle nous invite Kangni Alem dans ce roman âpre et exigeant. Rien n’est plus délicat, en effet, que d’ouvrir les boîtes noires de l’histoire, et de mettre en lumière les fondations et les motivations des êtres dans leurs prises de décision, leurs errances, leurs motivations. L’histoire nous délivre sèchement, et par à-coups, des documentations, des statistiques, des retours critiques sur les témoignages. Le romancier, lui, s’attache, par la fiction, à nous faire entrer dans l’intime, dans la moisson des mots et dans les saisons de l’être. Le roman historique contient ainsi une part importante de prise de risques, et le premier d’entre eux est l’anachronisme. Mais en même temps, nul écrivain ne saurait démentir son inscription dans un temps qui demeure celui de l’écriture. Le roman historique est forcément anachronique, et c’est précisément cet anachronisme qui en fonde la réussite. L’anachronisme dont fait montre Kangni Alem réside dans la solidité de sa documentation, qui induit alors la perspective critique des mythologies et des silences qui pèsent sur une histoire sale, celle de la Traite et des conditions de survie des esclaves, que recrée la fiction. L’histoire qu’il réinvite est en partie connue : celle d’un maître des cérémonies du royaume du Danhomé, complice malgré lui de la destitution du roi Adandozan, qui est vendu comme esclave, comme toute sa famille, en 1818. Estampé, il est vendu au Brésil, se convertit à l’islam, p...

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