Filmer La France cachée

Documentaire porté par le photographe congolais, Christin Bela, La France cachée vise à mettre en lumière la communauté noire française. Une initiative qui rassemble une centaine de personnes : acteurs culturels, entrepreneurs, journalistes…

La France cachée, documentaire du photographe autodidacte Christin Bela, est tout autant esthétique qu’engagé. Il souhaite porter sur le grand écran une communauté noire française « positive, lumineuse, colorée ». Le but : offrir des images de réussite de personnes noires nés et / ou vivant en France aujourd’hui. Ayant grandi au Congo et vécu longuement en Thaïlande, Bela s’installe dans l’Hexagone en décembre 2015, où il constate : « Les gens ici s’intéressent beaucoup plus à ce que la culture noire dégage ou à ce qu’elle représente qu’à ce que les Noirs peuvent vivre véritablement. Quand il s’agit de se mettre dans la peau d’un Noir, ça, ça n’intéresse personne ». Dans le documentaire d’une vingtaine de minutes, présenté pour la première fois à Paris au Salon Royal en juillet, puis au Black Movie Summer en août, des phrases comme « Je suis noir pas black » et « To be black until it’s time to be black(1) » sont alors affichées. Le documentariste s’est entouré d’une centaine de personnes : peintres, sportifs, mannequins, mères au foyer, chanteurs, médecins, producteurs, journalistes, entrepreneurs et acteurs du monde associatif. « J’ai rassemblé la plupart des personnes sur instagram. Ça m’a pris trois mois pour faire en sorte que tout ce monde se réunisse sur deux jours, en février, à Paris ». Dans La France cachée il est beaucoup question de cheveux naturels, dreadlocks, tissus wax, symboles kémites, et d’autres emblèmes d’une réappropriation de l’art et de l’esthétique africains ou afrodiasporiques. A l’instar de deux personnes filmées portant une veste à l’effigie d’une peinture de Basquiat, artiste africain-américain. Les « acteurs » parlent donc de cultures africaines, mais aussi des risques inhérents à la représentation faite par des autres, de l’importance de ne pas se faire « consommer » comme des produits ou utiliser comme des accessoires. « C’est une revendication importante pour moi en tant que photographe mais aussi en tant qu’homme noir qui soutient la culture noire-africaine », justifie Christin.

Un album photo-vidéo-audio

Ce documentaire inspiré de la vidéo « This hair of mine » de Cynthia Harvey et du clip « The Gospel » d’Alicia Keys surprend par un choix artistique spécifique : aucune personne n’est filmée dans l’acte de parler. Certaines intervenants prêtent juste leur image à la caméra, d’autres y ajoutent leur voix off. « Dans ce film on voit beaucoup ma touche de photographe » affirme Bela. Grand album photo donc, La France cachée nous montre des personnes qui dansent, d’autres qui posent. Une attention forte est portée aux couleurs et à la lumière, avec par exemple la mise en avant de vêtements aux tons criards ou une plongée dans l’obscurité pour valoriser des maquillages fluorescents. Dans l’esthétique, la musique tient aussi une place forte, avec notamment « Jackadit » de Lÿdie La Pëste ou « Akiba » de JeaRian. Et autre choix marquant : la plupart des personnes figurant dans La France cachée ne sont pas identifiées : « Je voulais pousser le public à se renseigner et découvrir qui étaient ces personnes-là. Ce premier film sert à ce que les gens s’accrochent. » Nous y reconnaissons par exemple l’illustrateur Fred Ebami, la journaliste Ekia Badou ou la créatrice Aïssé N’Diaye. OEuvre visuelle avant tout, elle invite donc à aller à la rencontre de ces talents, à reconnaître la diversité de leurs richesses. Pour une société multiculturelle où l’intégration est un mot privé de sens quand il est appliqué à des personnes étant née et / ou ayant grandi en France, ce documentaire porte évidemment, dans le contexte actuel, un souffle engagé, même si son auteur ne tient pas à mettre l’accent sur la portée politique du projet. Christin Bela n’en reste pas là : « Il y aura un deuxième projet, où par petits formats-focus de trois minutes les personnes pourront se présenter ». Inutile d’ajouter que nous attendons la suite !

1. « Etre noir jusqu ’au moment où il est temps d’être noir » (Ndlr)

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