Good Luck Algeria , de Farid Bentoumi

Douce France

Afriscope 45
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En sortie dans les salles françaises le 30 mars 2016, Good Luck Algeria est le premier long métrage de Farid Bentoumi, dont les courts métrages ont marqué. Réjouissant par son humour et sa positivité, porté par une pléiade d’acteurs remarquables, ce feel-good movie a l’intensité de sa force tranquille.

En 2006, Noureddine Maurice Bentoumi, né à Chamonix de mère toulousaine et de père algérien, représente l’Algérie à l’épreuve de 50 km de ski de fond aux Jeux Olympiques d’hiver de Turin. Il sera éliminé au 27ème km du fait de son retard. Si l’Histoire sportive algérienne ne s’extasie pas sur ce premier essai du frère de Farid Bentoumi, sa famille ne l’a pas oublié. Et Farid, réalisateur, propose à son producteur d’en faire un film pour raconter une histoire positive sur l’immigration.
Souvent très drôle, le film ne joue pas le gag sur le mode burlesque comme pouvait le faire Rasta Rocket (Jon Turteltaub, 1994) où quatre Jamaïcains iront disputer l’épreuve de bobsleigh aux Jeux Olympiques. Il ne cultive pas non plus l’humour rentre-dedans de Les Invincibles (Frédéric Berthe, 2013, cf. [critique n°11799]) où l’Algérie gagnait un championnat de pétanque. Non, l’humour de Good Luck Algeria est subtil. Faire les jeux olympiques pour faire connaître la marque de skis haut de gamme et sauver ainsi la boite de Samir qui les fabrique, c’est l’idée de son partenaire Stéphane (Franck Gastambide) : en tant qu’Algérien, Samir serait automatiquement homologué s’il parvient à faire les 50 km en moins d’une heure, et donc se trouver avec ses skis sous le feu des médias.
A son âge et sans entraînement, c’est tout simplement absurde, mais dans la tête et le corps d’un Sami Bouajila, cela devient désopilant. Car l’humour est une affaire d’acteurs. Avec les dialogues et la précision de mise en scène de Bentoumi, Bouajila parvient à faire de son inquiétude une fantaisie, à progresser vers le merveilleux. C’est un engrenage sensible, fait de regards et d’énergie : séances d’entraînement dans les forêts enneigées, croyance en sa bonne étoile, négociations avec sa femme enceinte (Chiara Mastroianni), ou avec sa banquière qui ne veut rien savoir, avec l’administration algérienne qui se fout de lui, etc. De cette accumulation de saynètes sur le fil naît un personnage dont la logique onirique gagne à chaque étape en poésie.
Le terrain est alors prêt pour retourner la situation et faire partir Samir en Algérie, où le temps se dilate. Sa confrontation avec sa famille et la redécouverte de son père (Bouchakor Chakor Djaltia) seront déterminantes : le passage par l’origine ramène à l’essentiel et prépare l’apothéose finale, simplement touchante. Cette émotion permet un partage culturel : se reconnaître d’une même humanité avec ces gens d’un autre monde et en définitive s’accepter d’une même société en faisant exploser ses conventions et fixations. Car un des mérites de Good Luck Algeria est d’opérer ces déplacements sans avoir l’air de rien : Samir est chef d’entreprise, et jamais n’est remise en cause son appartenance en toute égalité à la société française. La différence ne vient qu’à l’école où sa fille Stella se fait traiter de sale arabe parce qu’elle porte un t-shirt de soutien à l’Algérie. Avec sa femme d’origine italienne, il revit ce qu’ont vécu ses parents : une multiculturalité ouverte et joyeuse. Et avec son père, il comprend ce que signifie un héritage.
Par petites touches sincères, grâce à des personnages généreux, Good Luck Algeria progresse ainsi vers une profondeur jamais proférée mais toujours perceptible. Et compose une petite musique douce à entendre dans ce monde de brutes haineuses qui croit pouvoir tenir aujourd’hui le haut du pavé pour nous diviser.

///Article N° : 13493

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© Ad Vitam
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