Italiens de Tunisie, l’oubli et la mémoire

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Un site Internet a été entièrement consacré à l’histoire et à la culture des Italiens de Tunisie. En cliquant sur www.italianiditunisia.com les descendants de la colonie italienne de Tunisie et tous ceux qui s’y intéressent pourront accéder à une riche documentation sur leur migration et expérience de métissage culturel dans ce pays. Des fiches en version bilingue italien et français étudient les différents domaines d’expression de ces Italiens d’outremer : la presse, la peinture, l’architecture, le monde du spectacle et la littérature. En se rencontrant, ne serait-ce que virtuellement, les Italiani di Tunisia pourront contribuer à la sauvegarde ainsi qu’à la mise en valeur de la mémoire d’une communauté presque complètement disparue dans son pays natal. En effet, des quelque cent mille Italiens qui résident en Tunisie sous le Protectorat français, il ne reste plus que quelques centaines de représentants de l’ancienne diaspora.
Les promoteurs de l’initiative, parmi lesquels figure la romancière italo-tunisienne Marinette Pendola, considèrent que l’expérience des migrants italiens en Tunisie s’inscrit dans une vraie tradition d’ouverture et de tolérance entre peuples méditerranéens. Tunisiens de naissance, ils auront été étrangers à leur pays natal malgré eux car ils vivront jusqu’au bout le rêve nationaliste que cette frontière d’Italie, la Tunisie française, devienne italienne un jour. Finalement il n’en sera rien car la défaite de la seconde guerre mondiale anéantit brusquement les velléités de colonisation italiennes et brisera même l’équilibre franco-italien d’antan, en plongeant la communauté dans le mépris et l’humiliation propres aux perdants. A l’origine des revendications des Italiens de Tunisie avaient été la frustration d’être les plus nombreux parmi tous les étrangers, et donc incontournables dans l’administration du Protectorat, mais relégués à une position ambiguë de ni colonisateurs ni colonisés. La fièvre du régime fasciste, qui les convainc que Rome va bientôt reconquérir Carthage ainsi que toute la Méditerranée, les mobilise contre la France coloniale en ajoutant de l’huile sur le feu.
Si les intérêts du colonisateur français n’ont pas toujours correspondu à ceux des Italiens résidents en Tunisie, le jeune Etat tunisien en quête de sa propre identité nationale, ne leur réserve aucune place. Contraints au départ vers la France ou l’Italie – la patrie retrouvée qui essaye de les accueillir alors qu’ils sont tous d’éducation française – ils seront confinés aux oubliettes pendant plusieurs années.

© Alessio Loreti Rome 2005///Article N° : 4239

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