Nadia et Sarra, une histoire de femmes

De Moufida Tlatli

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Après le consensus international suscité par Les Silences du Palais (1993) et La saison des hommes (2000), Moufida Tlatli a présenté Nadia et Sarra lors le onzième édition du MedFilm Festival qui a eu lieu à Rome du 7 au 13 novembre 2005. Dans ce téléfilm sponsorisé par Arte et diffusé en France en 2003, la réalisatrice tunisienne s’inspire de son propre vécu pour mettre en scène deux femmes confrontées aux plus critiques moments de leur vie : la ménopause et l’adolescence. Nadia (Hiam Abbas) et Sarra (Dorra Zarrouk), une mère et sa fille, sont les protagonistes d’un drame tout au féminin où le mari et père reste presque derrière les coulisses. En effet l’homme est relégué à un rôle secondaire, par son impossibilité physique et psychologique de comprendre cette crise de la femme et de soulager ses souffrances. Tout au long du film Nadia, professeur de français d’environ 47 ans, et Sarra, étudiante de 18 ans, restent constamment au centre de la scène dont font partie d’autres femmes encore : une amie, la femme de ménage, des étudiantes de Nadia. Les hommes restent dans la pénombre et semblent désorientés par ses exubérances qui défient un code social très strict. Malade de bovarysme, Nadia passe des heures dans les cinémas érotiques, des soirées dans des cafés traditionnels de Tunis, où l’on ne s’attendrait pas à voir une femme du pays habillée de façon provocante en train de boire de l’alcool toute seule.
La réalisatrice, issue d’un pays qui est considéré comme étant parmi les plus ouverts à l’égard du statut de la femme, veut surtout souligner le manque de sensibilisation à l’égard de la ménopause, auprès de l’opinion publique internationale. Au cours du débat qui suit la projection du film elle explique comment elle a voulu attirer l’attention sur ce moment de transition important, la ménopause, qui est toujours considéré avec indifférence dans les sociétés des pays arabes ainsi que du monde entier. « Je me rends compte que j’aurais dû faire ce film avec plus d’humour » regrette-elle après l’avoir qualifié de « très dur ».
A mi chemin entre documentaire et fiction, ce film a le mérite d’aborder un sujet original et de dénoncer comment un malaise causé par un phénomène physiologique a priori banal, puisse emmener un couple à la rupture. En revanche certaines scènes sont un peu forcées et risquent de faire paraître l’histoire peu naturelle voire caricaturale. « La ménopause serait-elle la seule cause de ces excès de folie ? Combien de femmes de Tunisie ou d’ailleurs, occupées par leur quotidien, exprimeront ce malaise de façon si pathétique ? », fait-elle remarquer une spectatrice romaine.
Cette production franco-tunisienne met en scène des gens aisés, assez cultivés car intellectuels, vivant à l’heure de Paris et parlant uniquement en français sauf quand ils s’adressent à la femme de ménage. Celle-ci reste pourtant le personnage le plus vrai du film, résignée dans son travail qui consiste, entre autres, à apaiser les caprices de sa patronne en ménopause. Cette femme qui n’a pas droit à la parole, qui sert et console, comment vivra-t-elle donc la ménopause ?

///Article N° : 4238

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