Jardins Migrateurs

D'Ablaye Cissoko et Constantinople

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Migrateur, céleste, bienfaiteur, les jardins que cultive Ablaye Cissoko et l’ensemble Constantinople sont une recherche d’harmonie entre les mondes. Tissant un lien entre les traditions orales mandingue et perse médiévales, les artistes font se confronter leurs racines dans un dialogue sensible. Une poésie vagabonde…

Filant la métaphore du jardin jusqu’au bout, Ablaye Cissoko et l’ensemble Constantinople composent en quête d’éden, racines tendues vers le ciel. Ensemble, ils inventent une poésie du divers, située à la source des traditions persanes et mandingues. Leur dialogue entre kora, sétâr, tombak et viola, dessine ainsi une possible filiation entre l’art des griots de l’empire mandingue et celui des bakhsis du Khorossan médiéval, région du nord-est de l’Iran. Le griot, le djéli, contant les épopées des guerriers, murmurant aux rois leurs sagesses. Le bakhsi, chamane guérisseur. Tous deux, figures de poètes nomades, incarnant la mémoire des anciens, passeurs entre le divin, la nature et les hommes. Les étapes menant vers ces jardins migrateurs appellent d’ailleurs aux sources d’eau liant la terre et le ciel : « Poisson au fond de l’océan / Le pas de l’eau / Before the rain / L’aube au sommet ».
Ablaye Cissoko est un fin artisan d’harmonies sublimant la fusion, elle-même devenue « convention » dans un répertoire jazz du monde, où l’hybridité reste de mise. Dans un duo céleste avec Volker Goetze, il a déjà marié les 21 cordes de sa kora avec le timbre cuivré d’une trompette. Réinterprété dans Jardins Migrateurs, le titre Lountang, joué précédemment avec Volker, se nimbe de mélancolie avec le sétâr et le battement des percussions, telle une marche irrépressible vers le levant. L’ensemble Constantinople aussi, tout en veillant à honorer son héritage perse, s’est construit sur une attention constante porté à la tradition orale, dans des univers musicaux de tous horizons.
Entre Cissoko et les Tabassian, la rencontre des cordes s’imposait. Avec le défi d’incarner un mythe qui leur est cher, selon lequel les mélodies viennent de la terre, de l’eau et de l’air, indépendamment des peuples qui se succèdent sur un même espace. La musique qu’ils façonnent guide les émotions en étoiles filantes, accompagne les pensées en mouvement. Musique aussi inspirante que la contemplation du fleuve Sénégal pour le griot Cissoko. Leur recherche infime de beauté est salutaire.

Jardins Migrateurs, Ablaye Cissoko et Constantinople, novembre 2015, l’Autre distribution///Article N° : 13345

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Les images de l'article
© Michael Slobodian




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