La femme qui cherchait un fiancé à l’église

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L’horloge vient de sonner les douze coups de minuit et tous les résidents du n°12 de la rue Mbata Siala sombraient profondément dans le sommeil.
Tous ? Non, car une personne qui est incapable de fermer l’œil. Depuis quelques semaines, Lili Makuela, une jolie demoiselle de 27 ans, souffrait d’une terrible phobie qui la tourmentait cruellement : la peur de terminer sa vie en femme célibataire, et ce mal la rongeait et la minait. Toute joie de vivre l’avait abandonnée depuis belle lurette.
Il est deux heures, la nuit est froide. Seule dans sa chambre, son regard dans le vide, ses yeux mouillés de larmes de tristesse et de solitude, des larmes roulaient sur ses joues enflées, elle sanglotait secrètement ainsi depuis quelques jours. Avec son 1 m 67, son teint chocolat clair et ses 65 kg, Lili a vraiment un physique typiquement bantou et une femme comme elle ne devrait pas souffrir de solitude, mais curieusement, elle est malade… Le manque d’amour la martyrise jour et nuit.
En Afrique, surtout en étant noire africaine, congolaise et kinoise en particulier, c’est un état vraiment anormal dans la tête de la majorité des femmes, quand après 22 ans on n’a pas un homme de cœur, une âme sœur et spécialement un fiancé ou un mari, cela paraît tout à fait inadmissible et dérange les mamans bantoues et aussi l’entourage.
Les six petites sœurs de Lili Makuela ont déjà quitté la maison familiale : quatre ont été engrossées et deux ont honoré leurs parents comme leurs maris étaient venus les épouser officiellement.
C’est comme un mauvais sort qui habite en elle. Depuis son adolescence, Makuela a eu plusieurs aventures amoureuses mais elle n’a jamais pu retenir ces garçons qui la quittaient rapidement. Mais depuis quelque huit mois, aucun homme ne la « voit », Lili semble devenir totalement invisible aux yeux des hommes qui sont censés la draguer, lui faire des avances amoureuses. Est-elle poursuivie par le signe indien ?
Il y a deux mois, Lili a tout essayé pour séduire les irréductibles, mais en vain, tous les mâles lui résistent.
Elle a porté des muni-jupes, des chemisettes translucides, des culottes short-short, des robes et des pantalons trop moulants, des maquillages exagérés. Des attitudes provocatrices pour captiver l’attention des hommes célibataires et mariés, mais il y a eu blocage sur blocage.
Alors cette nuit, elle décida de faire quelque chose pour conjurer le mauvais sort qui l’accable et l’idée lui est venue d’aller dans un église et peut-être là elle trouvera une solution qui l’aidera à concrétiser son rêve le plus cher : celui de trouver un mari.
Après avoir de nouveau passé une nuit blanche, dans la matinée, elle arrive dans une église et bien que ce soit un lundi, ce centre de prière est déjà bondé de monde. Il y a visiblement une prédominance de la junte féminine dans ce lieu enveloppé des mélodies de chants religieux.
La très grande majorité de ces nombreuses femmes réunies dans cette assemblée de prière a un problème secret… un seul : la recherche d’un fiancé.
Lili n’est donc pas la seule, mais elle ne pouvait jamais l’avouer à d’autres même si on le lui demandait.
Et c’est le moment crucial car ces femmes doivent venir s’agenouiller devant le pasteur qui est en train de prier pour elles. C’est le tour de Lili Makuela qui plie ses genoux devant le chef suprême de « L’Eglise de l’Union Retrouvée ».
Le cœur battant, toute en sueur, elle voit la main bénéfique du pasteur sur sa tête et attend fiévreusement les mots qui allaient sortir de la bouche du maître de lieu. La phrase tombe comme une massue : « Seigneur Dieu je remets cette jeune femme entre tes mains… Qu’elle connaisse ton nom et ton Royaume… Amen ! »
Non pasteur ! Non ! rétorque-t-elle en son for intérieur, je suis venue dans ton église pas pour le Royaume de Dieu, mais pour trouver un fiancé. Pas pour autre chose pasteur. Je cherche un mari.
A la fin du culte, Lili Makuela, est bien convaincue qu’elle va trouver un homme dans cette église, un homme qui la draguera, lui fera des avances, un futur fiancé, bref l’homme de sa vie.
Le jour passe très vite comme l’éclair et à deux heures la pauvre Lili qui était très joyeuse toute la journée redevient de nouveau très triste à cause de cette solitude.
Des jours passent et deux mois plus tard, Makuela ne croise ni un fiancé ni un mari ni un fiancé ni l’homme de sa vie et même pas un aventurier qui s’intéresse à elle.
Le temps s’écoule encore et encore, Lili devint la risée de son entourage et les gens la montrent le doigt quand elle passe : « Tala etula oyo : voici celle qu’on refuse de prendre ne mariage ! »
Trop c’est trop et le jour de l’anniversaire de ses 32 ans, Lili tarde à sortir de sa chambre et quand sa mère vient la voir, elle la trouve inanimée sur son lit qui était devenu son meilleur compagnon, son fiancé et son mari fidèle…
Le cri strident de sa mère attire son père et d’autres personnes qui viennent constater qu’elle s’est suicidée. Une lettre écrite de sa main témoigne : « Père, mère, pardonnez-moi car je ne pouvais plus supporter la moquerie de mon entourage puisqu’aucun homme ne voulait me prendre en mariage. »
Ooh civilisation bantoue, ooh femmes africaines, le manque de mariage est-t-il vraiment la raison de mettre fin à ses jours ?
Toutes les femmes sont-elles contraintes de se marier comme la société africaine veut nous le faire croire ?

mfumueto@yahoo.fr
tel 98122989///Article N° : 2710

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