La question du genre : le cas féminin-masculin

Print Friendly, PDF & Email

…ou comment Bessora fait voler la notion de déterminisme biologique en éclats !

Dans la langue française, le terme genre dérive du latin genus, generis : il est lié au concept d’origine, de naissance.
Qui dit genre, dit catégorie, soit un ensemble homogène. Chez l’homme, cette homogénéité est souvent caractérisée par le biologique, ou le pseudo-biologique : le premier sens donné à Genre dans le Petit Robert est Race, même si le sens plus général de genre humain lui est accordé.
Genre a donc un contenu imprégné de déterminisme biologique.
Hormis la Race, le Sexe demeure un lieu de ce fatalisme organique : le fait d’être homme ou femme, comme le fait d’être noir ou blanc, est souvent pensé comme déterminant un comportement donné : le noir est paresseux comme le juif est avare ; la femme cuisine tandis que l’homme bricole. Or, le féminin, tout comme le masculin, ont des contenus fluctuants, car, de fait, on ne cuisine pas avec son vagin, on ne bricole pas avec son pénis.
Le biologique n’implique pas un rôle social.
Le mariage mixte était, pour Kant, contre nature ; le mariage homosexuel est aujourd’hui inconcevable. C’est que la notion de Genre transforme des représentations labiles en réalités figées. Mais les relations entre les sexes ne se fondent pas sur un fait biologique : elles se tissent sur des représentations. L’ovaire, pas plus que le testicule, ne conçoit un lien, car ce lien est d’abord imaginé. Par ailleurs, une relation implique un groupe social.
Le déterminisme biologique, qui voudrait prêter à l’humain des qualités liées à ses traits physiques, résulte d’une vision dualiste et manichéenne, du monde. Cette vision est faite d’oppositions, telles que Nature-Culture, Tradition-Modernité, Homme-Femme, Noir-Blanc. Pour que ces oppositions soient valides, il faudrait pouvoir les définir définitivement. Or, on ne peut définir que l’immobile. Les termes de chacune de ces oppositions relèvent quant à eux de l’évènementiel, car le temps des sociétés humaines est celui du mouvement, de l’histoire : il n’y existe pas de fait masculin ou féminin, mais des représentations qui se négocient sans cesse.
Pour qu’un déterminisme demeure, il faudrait que subsiste une fatalité biologique. La fatalité suprême pourrait résider dans la sexualité, et la procréation. Mais ni la procréation, ni la sexualité ne sont désormais le lieu du déterminisme : la sexualité peut être hétéro- ou homo- ; la fécondité est contrôlable grâce à la contraception. En somme, sexualité et procréation sont séparées et résultent d’un choix : le choix sonne le glas du déterminisme. Dans les sociétés riches, et dans les classes aisées des autres, on peut être parent même en étant stérile, grâce à l’insémination artificielle ou l’adoption. La procréation n’est plus l’apanage des couples féconds et hétérosexuels, de même que la sexualité n’implique pas la procréation.
Le déterminisme biologique est un moyen politique d’imposer un modèle de société. Ainsi, le personnage de Bianca mis en scène dans Les Taches d’encre utilise le déterminisme biologique pour établir un ordre familial, et donc social : elle s’oppose au féminisme car elle estime qu’il émancipe les hommes des femmes. Craignant le départ de son compagnon, elle dit, page 174 : « Qui ramènera l’argent à la maison s’il part ? Moi, je me refuse à travailler, car le féminisme est un combat qui éloigne de la lutte des classes ; le féminisme, c’est les hommes qui prennent le pouvoir à la maison, pendant que les femmes abandonnent leurs enfants pour travailler. Si les hommes apprennent à s’occuper de la maison et des enfants, à quoi on leur servira ?« 
Mais en promouvant l’idée de déterminisme, on prouve sa caducité : car le déterminisme, s’il était fatal, n’aurait pas à se promouvoir ; il s’imposerait naturellement, sans jamais être remis en cause. 

Bessora est romancière. Née en Belgique en 1968 de mère suisse et de père gabonais, elle vit à Paris. Elle a publié aux Editions du Serpent à Plumes 53cm en 1999 et Les Taches d’encre en 2000 (cf Africultures 21 p. 87 et 32 p. 107).///Article N° : 1731

  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire