Le choix cornélien de Sagna

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Le titre, déjà, est tout un programme. Violences, racismes, religions en Amériques. Cornel West, une pensée rebelle. Un philosophe saturé de jazz et de blues. Ce long énoncé dit la complexité de l’entreprise du sociologue Mahamadou Lamine Sagna. C’est que Sagna s’attaque à l’une des voix les plus singulière et engagée de l’intelligentsia américaine.

Cornel West est très souvent à contre-courant. Philosophe d’abord. Critique littéraire souvent. Et surtout commentateur passionné et passionnant de la vie politique des Etats-Unis. Ce professeur de philosophie à l’Université de Princeton n’en est pas moins leader de sa communauté, les Noirs. Plus que le »spectateur engagé » de Raymond Aron, il est acteur engagé. Parce que, comme le montre Mahamadou Lamine Sagna dans son deuxième ouvrage (après Monnaie et Sociétés aux éditions Harmattan paru en 2001), l’auteur de Tragicomique Amérique (Payot, 2005) construit sa pensée en prenant sa société par les marges et à rebours.
Dans les chocolates cities, ces quartiers où sont concentrés les populations afro-américaines, il s’attache à deux objets : le Blues et la religion. Bien sûr, l’un et l’autre sont intimement liés. De ces bas-fonds de l’Amérique, ce spécialiste des religions exhume une pensée tranchante et combative.
L’ex-professeur du département Black Studies de Harvard distingue deux christianismes. Le premier dit constantinien tourné vers l’argent et le pouvoir, le second prophétique en quête de paix de justice. C’est le christianisme de Martin Luther King. Le moteur de la lutte pour les droits civiques. De ce christianisme émane aussi le souffle puissant du Blues. Il est porteur d’espoir. Tandis que le christianisme constantinien s’est allié avec le capitalisme pour produire une puissante mythologie de l’Amérique, porteur de nihilismes donc d’une violence structurelle et idéologique.
La pensée de Cornel West nous explique comment les musiques afro-américaines, notamment le Blues et le Jazz ont permis de lutter et de dépasser ces nihilismes. Pour lui, le Blues qui a irrigué les messages prophétiques de Martin Luther King est non seulement un appel de l’espérance dans le chant des souffrances, mais également est un site d’expérimentation démocratique.
Immergé dans sa communauté et ses combats, ce philosophe est un traqueur de mythes. De cette position privilégiée, il décortique le récit collectif du rêve américain pour en débusquer les fantômes. Son grand dessein : »réhumaniser » l’Amérique. Avec son »Cornel West », écrit dans un style littéraire et fort accessible, Sagna fait aussi ce pari, celui de l’espoir. Envers et contre tout.

///Article N° : 13788

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