« Le FIA va susciter de nouveaux projets »

Entretien de Jean-Luc Mualu avec Nono Bakwa, directeur de l'Ecurie Maloba, qui vient de nous quitter

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Cinq mois après la mort de Katanga Mupey, directeur du Théâtre des Intrigants de Kinshasa, le théâtre d’Afrique centrale est à nouveau en deuil. Directeur artistique de l’Ecurie Maloba (qui organise notamment le FIA – Festival international de l’acteur) à Kinshasa, Nono Bakwa est décédé mercredi 29 mai à 22 heures d’une crise de méningite à l’hôpital général de Kinshasa Ci-dessous son entretien à propos du FIA 2001.

Comment avez-vous apprécié la qualité artistique de ce festival ?
Il faut dire que les spectacles étaient de niveaux très différents. Il y avait des spectacles très élevés, il y a eu aussi de jeunes compagnies qui se cherchent encore. Il faut dire cependant que tous ces spectacles ont leur place au FIA. Parce que pour apprécier la qualité d’un spectacle, il faut aussi avoir à côté un autre de qualité moyenne.
Les écarts se sont fait largement ressentir entre les meilleurs spectacles et les moyens ?
Parfois un spectacle peut avoir évolué dans le temps, en bien ou en mal. Il y a des spectacles qui ont été sélectionnés il y a un an, et beaucoup de choses ont dû changer dans l’entre temps, parce que le spectacle n’était peut-être plus joué… C’est le cas de spectacles comme  »Vivre mort ». Quand je l’ai vu pour la première fois, la distribution n’était pas celle que l’on a vue. Il y a eu beaucoup de mouvements d’acteurs et cette modification aurait pu faire perdre la qualité à ce spectacle. Mais le professionnalisme des acteurs a fait que les choses se passent mieux. Un autre spectacle qui a changé entre la sélection et la représentation que j’ai vue ici, c’est le  »Rocher du silence »qui était au MASA. Me Mwambayi, plein d’appréhension, pensait que j’allais le sélectionner parce que c’est lui. Mais de l’avis de ceux qui étaient au MASA, il a perdu beaucoup. Le temps n’a pas joué en sa faveur. Le troisième spectacle,  »Royaume bot, pays sot ». Il a été présenté ici il y a 6 mois. Personnellement, je ne l’avais pas beaucoup apprécié. Mais je pensais qu’il se renforcerait un peu au niveau de la direction artistique. La grande difficulté est que nous n’avons le moyen de faire le suivi des spectacles.
Quel est l’élément nouveau apporté par les différents stages organisés en marge de FIA ?
En faisant ces ateliers, nous ne cherchions pas quelque chose de nouveau. Notre démarche, à partir d’un travail donné, nous voulions aider les participants à mieux appréhender la manière de monter un texte qui paraît de prime abord hermétique. Là, nous avons pris Wole Soyinka qui est réputé d’accès difficile. Le metteur en scène doit savoir que celui qui écrit ne le fait pas forcément pour le théâtre.  Le metteur en scène doit comprendre le sens de cette œuvre. Nous donnons des clés pour ouvrir une œuvre difficile. Au niveau de la danse, l’objectif était de mettre les professionnels ensemble pour aboutir à la mise sur pied en RDC d’une stratégie de promotion de la danse à travers la circulation et les productions.
Le formateur veut créer un spectacle-modèle. Faustin Linyekula reste jusque mardi pour créer et promouvoir ce spectacle. Le CCF est partie prenante.
Quels sont les besoins artistiques ressentis dans ce FIA ?
Par rapport aux spectacles, on a senti une faiblesse dans l’interprétation, parfois une absence dans la mise en scène. Dans Abrasse Affine, par exemple, nous avons vu un acteur qui n’arrivait pas à se faire entendre du public. Les acteurs étaient figés. Il y a eu des mises en scène brouillons. Ce qui veut dire qu’on n’en aura jamais assez d’organiser des formations. Pour que ce travail produit en amont …
Comment s’est fait la sélection des spectacles ?
La sélection des compagnies s’est fait par deux personnes : le directeur artistique, moi-même, et le directeur de production, Jean Shaka. C’était au vu des spectacles. J’avais le dossier de  »Vivre mort »depuis 1999. Je l’ai vu au Cameroun en 2000.  »Royaume bot, pays sot », j’en avais le dossier depuis 4 ans, mais je l’ai invité après que je l’ai produit ici à l’Ecurie Maloba.  »Abrasse Affine »nous a été recommandé par le président des RETIC. Nos partenaires ont aussi participé à la sélection d’une certaine manière parce que nous n’avions pas les moyens de voir tous les spectacles au préalable. Il y a un seul spectacle qui n’a pas été vu par le comité de sélection :  »La femme et le colonel ». Nous avons pris le risque de le programmer même en ouverture du festival pour sa première. Non sans avoir pris auparavant la précaution de faire venir les acteurs un peu plus tôt que les autres pour des répétitions suivies. C’était risqué, mais nous avons pu voir le spectacle et confirmé sa production à l’ouverture du FIA
Quelle est la principale richesse artistique de cette édition ?
Ce qui m’a intéressé, c’est la découverte de nouveaux talents. Ce qui est aussi l’un des missions du FIA. La grande révélation cette année, c’est  »Les bruits de la rue ». Ces jeunes gens, je les ai vus, ils font un style qui sort du commun. Même si les puristes n’ont pas aimés. Mais ceux qui adorent les sentiers non battus ont certainement aimé, c’était bien. S’ils travaillent encore, ils pourront encore l’améliorer et en faire un très grand spectacle. Il y avait une certaine dispersion mais il peut devenir grand grâce à ces nouveaux talents et nouveaux styles. Il y a aussi la diversité des styles. On a vu plusieurs spectacles, mais tous ne vont pas dans le même sens. Par exemple,  »Les dernières nouvelles ne sont pas bonnes », c’est une démarche.  »Le point virgule »a aussi une démarche propre.  »Les dernières nouvelles »fait appel à la symbolique,  »Vivre mort »aussi, par sa mise en scène, le décor, etc.  »Point virgule »fait également appel à la symbolique. Là, il y a un dépouillement total de la scène : pas de décor, le texte est travaillé d’une manière originale, … Ce style différent d’un spectacle comme  »Royaume bot, pays sot », il est différent de  »La cérémonie ». Des styles différents qui permettent au public de voir autre chose. Le théâtre doit aussi allier le côté esthétique et  »Moussa Begoto »et  »Point virgule »sont deux monos différents, mais ils sont présentés différemment.  »Tanganika »utilise la symbolique ; la Compagnie Ngoti, aborde le même problème mais avec une approche différente. Ce qui est extraordinaire. Personnellement, je suis frappé par cette diversité. Elle peut énormément profiter.
Quelle impression générale vous laisse cette édition ?
J’avoue que je ne suis pas très déçu de cette édition d’abord en tant qu’organisateur. Je suis coordonnateur du FIA. Mon souhait était de faire une grande fête avec un maximum. On attendait 20 compagnies, il y a eu 15 spectacles. On s’est retrouvé dans une ambiance de fête. Les jeunes gens comme les Bruits de la rue, c’est la 1ère fois qu’ils rencontrent des gens dans un grand festival. Il y a même le théâtre Bivelas qui, s’il est souvent sorti, n’a pas vu beaucoup de ses artistes sortir. Même ceux qui se sont déjà rencontrés dans le passé. Enormément de choses peuvent naître de ces rencontres. Ils ont pu construire certaines choses. Un festival est aussi un lieu de rendez-vous. Opérateurs culturels, c’est souvent le départ d’un nouveau projet… Là, c’est vraiment bien parti. Le FIA va susciter de nouveaux projets. Moi même, je commence un nouveau projet. Les gens sont toujours un peu plus sensibles. Faustin Linyekula va faire la chorégraphie, et je vais assurer la direction de la scène dans le spectacle qui va naître du stage de danse actuellement en cours. Des problèmes, il y en a eu, il y en aura. Mais nous ne devons pas rester sur des négativités. Un de nos partenaires, nous dit qu’il préfère mettre des moyens pour permettre de faire une meilleure sélection. Ce qui va faciliter la sélection. Souvent la plupart des spectacles n’ont pas de nouveauté. C’est du déjà-vu pour les spectateurs. Pour la 7ème édition, nous prenons l’option de faire des créations FIA. Nous allons prendre des créations au Cameroun, Togo, … pour les amener directement au FIA.

///Article N° : 2308

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