Le masculin / féminin dans le couple dit moderne

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Les rapports de pouvoir sont de moins en moins définis par les genres, ce qui ne va pas sans déboussoler les uns et les autres.

L’un des aspects les plus remarquables aujourd’hui dans les rapports des sexes au sein des couples, c’est la prise de conscience par beaucoup de femmes de leur statut d’individu. Ce qui implique de leur part une nouvelle perception de leur propre image et une redéfinition de leurs rôles au sein de la société. Que ce soit dans les pays pauvres, où l’observation rapide des faits confirme l’habituel constat de leur position de subordonnées, ou dans les pays occidentaux où on a tendance à les croire entièrement délivrées des chaînes du conditionnement social infériorisant, beaucoup de femmes revendiquent la reconnaissance de leurs mérites avec « objectivité ». Le féminisme s’est chargé de théoriser ces revendications ou de les imposer comme nouvelles attitudes de la femme.
Bien que ces revendications et prises de conscience n’aient pas encore réussi à résoudre tous les problèmes liés aux rapports des genres, elles ont fait évoluer les choses à tous les niveaux de la société. Au sein du couple par exemple, la division sexuelle des tâches évolue, et évoluera toujours en fonction, non plus des schémas établis par les hommes, mais des marges acquises par les femmes elles-mêmes et de l’ensemble des mutations politiques, sociales, culturelles, économiques, etc., de l’environnement global. Les notions de tâches féminines, ou tâches masculines, perdent, dans beaucoup de cas, de leur signification figée pour n’être plus que de grossières indications. Concrètement, si elles continuent d’apparaître comme telles, cela ne signifie plus forcément qu’elles soient toujours exclusives de tel sexe ou de tel autre. Les hommes, poussés par l’évolution des choses, accomplissent de plus en plus de tâches dites féminines.
Ces évolutions qui semblent anodines, ou superficielles, ont pourtant de profondes implications sur l’image des hommes et des femmes. Elles remettent en question les prérogatives masculines et permettent aux femmes de bousculer (ou de relativiser la pertinence de) certains schémas culturels séculaires. Globalement, c’est le couple notionnel masculin / féminin lui-même qui change progressivement de contenu. Les rapports de pouvoir et de force se redéfinissent sur d’autres bases que le genre. Le pouvoir économique, le capital culturel, etc., peuvent, au sein d’un couple, donner à la voix de la femme une prééminence et faire de l’homme le dominé réel ou symbolique, le dépendant. Une sorte d’inversion des rôles peut alors s’observer sans que cela dépende de la volonté de la femme de prendre la place de l’homme. Il s’agit plutôt d’une simple logique des choses.
En ce qui nous concerne, nous avons tenté de le démontrer dans notre essai La sexualité féminine en Afrique (Paris, L’Harmattan, 1999).
Ces évolutions ne sont pas sans conséquences sur la qualité même des rapports entre les sexes. Une certaine émancipation des femmes fragiliserait psychologiquement les hommes, surtout à cause de l’ambiguïté même des attitudes de nombre de femmes vis-à-vis de leurs propres rôles et de ceux dits masculins. En effet, tout en souhaitant la réduction de la marge entre les deux genres, en terme de privilèges, certaines femmes, dans des circonstances précises, rappellent à l’homme, à leur profit, ses devoirs, ses rôles. Elles le veulent à la fois homme pour assumer ce qu’il doit assumer, et être ouvert à l’évolution des choses pour comprendre qu’il ne peut rien s’attribuer exclusivement. L’homme doit ainsi renoncer, comme sous la contrainte, à nombre de ses prérogatives, et à la fois, sous la contrainte, assumer le fait d’être homme.
Facile à théoriser, cette situation n’est pas toujours évidente dans la réalité. On lui attribue la fragilité de certains complices, le nombre de plus en plus élevé des divorces, et surtout l’éclatement même des formes de couples. Les femmes elles-mêmes ont du mal à se situer parfois par rapport à cette situation, comme si, pour nombre d’entre elles, le revers de l’émancipation était plus lourd à assumer que son envers. Denise Brombardier analyse ce problème dans son essai, La Déroute des sexes, publié au Seuil à Paris.
Une chose est cependant claire : il n’est pas facile d’être femme et de l’assumer sur tous les plans. Il n’est pas non plus facile d’être homme et de l’assumer sur tous les plans dans une société toujours en mutation autour de certains schémas très classiques. 

Sociologue de formation, Samy Tchak a publié Femme infidèle (roman, Nouvelles Editions Africaines de Lomé, 1988), Formation d’une élite paysanne au Burkina Faso (L’Harmattan, 1995), La Sexualité féminine en Afrique (L’Harmattan, 1999), La Prostitution à Cuba – communisme, ruses et débrouille (L’Harmattan, 1999), L’Afrique à l’épreuve du sida (L’Harmattan, 2000) et Place des Fêtes (Gallimard, collection continent noir, 2000).///Article N° : 1732

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