L’eau, la terre, la forêt

De David-Pierre Fila

Lire hors-ligne :

David-Pierre Fila revient sur les traces de son premier film tourné chez les pygmées en août 1989, Le dernier des Babingas. L’extraction industrielle du bois a révolutionné leur environnement et ruiné la forêt. En août 2000, le bois est épuisé et la scierie ne fonctionne plus.
Les pygmées sont encore là, mais décimés par les maladies et le sida. Fila repose sur eux son regard qui s’efforce avant tout d’écouter, à commencer par les bruits assourdissants de la forêt, mais surtout la vie quotidienne des ces hommes et femmes vivant dans des conditions précarisées. Sans dialogue explicatif, sans traduction des échanges verbaux ou des chants, nous ne sommes pas placés en situation de les exotiser. Reste alors cet étonnement fondamental face au primitif, cette question de l’altérité que posait déjà Jean Rouch avec Les Maîtres fous en 1958 quand il filmait les rituels haoussa retravaillant la violence du rapport colonial – une façon de casser l’image ancrée du bon sauvage en affirmant radicalement son irréductibilité. Fila ne le théorise pas par un commentaire, il se contente de témoigner. Son film porte en titre les trois éléments naturels constituant l’environnement des pygmées, et dévoile sa crainte pour l’avenir du monde, déjà exprimée dans son court métrage Elle revient quand maman ?, ainsi que son désarroi devant le mépris de l’autre en citant André Gide : « Désormais, une seule chose m’habite : je vois des choses dont je ne peux prendre mon parti ».

2002, 25 min, 35 mm, Prod. Les films bantous, 132 rue d’Assas, 75006 Paris, +33 146 33 00 43, dpfila@caramail.com///Article N° : 2795

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire