Léopold Sédar Senghor et Walt Whitman. Pour l’idéal humaniste universel par Abou Bakr Moreau

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Critique de cette étude de Abou Bakr Moreau, parue en 2010. J’y découvre avec plaisir un très savant critique littéraire ayant lu Blanchot comme Jakobson, Meschonnic comme Riffaterre, sans oublier Lyotard ni E. Said et sachant jongler avec les concepts des uns et des autres. Ceci pour vous situer le niveau où se place son regard et la formulation de ses analyses.

Senghor est rarement abordé avec des outils intellectuels aussi actuels. La performance de A.B Moreau consiste, à mon avis, en deux points majeurs : d’abord de cerner la difficulté en s’aventurant  dans une comparaison avec Walt Whitman apparemment  risquée ,mais qu’il rendra très vite évidente , voire légitime .-Ensuite d’avoir su utiliser un langage clair, abordable aux dinosaures  (je parle pour moi) tout en restant subtil et érudit .Ainsi son texte ,  bien que truffé de citations, n’est jamais rasant, tant elles sont bien choisies  et s’intègrent naturellement à son discours critique .

On a donc le plaisir de pénétrer avec facilité dans une étude  a priori difficile d’accès, au vu de ses références ! Si je m’attarde ainsi sur la forme de ce bel ouvrage, c’est que les thèmes et objectifs sur lesquels les deux poètes se rencontrent  ne nous sont pas étrangers. Tout au moins concernant  le poète sénégalais. L’universalisme, l’humanisme, la foi profonde en l’être humain et sa tendance vers un monde meilleur, ont été maintes fois signalés chez Senghor et le plus souvent à propos de sa conjonction avec les idéaux de Teilhard de Chardin. Qu’il rejoigne donc Walt Whitman sur cette vision de l’homme et du monde ,c’est ce que nous apprend avec beaucoup de science le professeur Moreau en revisitant en détail les positions des deux poètes sur l’acte poétique d’abord , et sa finalité ; puis leurs attitudes (à travers les textes) envers la guerre , la liberté ,le bonheur ,la connaissance de l’autre -différent ,de la mort et de son au-delà transcendant.

A.B.Moreau, en bon comparatiste, décrit les affinités et parfois les identités avec leurs spécificités chez chacun ; mais aussi les différences comme le nationalisme obsessionnel  affirmé chez l’Américain qui se réduit concrètement à la fidélité au Royaume d’enfance chez l’Africain : fait paradoxal lorsqu’on réalise que Senghor était président d’une toute jeune République.

C’est par des remarques de ce genre, dues à ce regard oblique comparatif, que Moreau nous fait prendre conscience de certains aspects du poète qui nous avaient échappé. La conclusion de cette plongée Afro-américaine nous révèle surtout l’inquiétude, voire l’anxiété que l’auteur éprouve envers l’avenir de l’humanité. Elle contraste avec la foi en la rencontre pacifique et universelle que professent les deux poètes.

Serait-ce que la poésie, en sublimant notre univers, masquerait une réalité qui hélas! se dévoile aux simples mortels que nous sommes ? Raison de plus pour lire ce voyage en compagnie de A.B.Moreau.

  • Léopold Sédar Senghor et Walt Whitman. Pour l’idéal humaniste universel par Abou Bakr Moreau , L’Harmattan, Paris 2010                                                      

 

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