Les comédiens au Fespaco 2003

Le discours de Rasmané Ouedraogo et la synthèse du colloque

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ALLOCUTION DE RASMANE OUEDRAOGO A L’OUVERTURE DU FESPACO 2003 AU STADE DU 4 AOUT
Excellence Monsieur Le Président du Faso ;
Monsieur le Premier Ministre ;
Messieurs Les Ministres ;
Honorables Députés ;
Distingués Représentants des Organisations Internationales et Interafricaines ;
Autorités coutumières et religieuses ;
Chers amis du cinéma africain ;
Mesdames et Messieurs ;
La vie est faite de moments de joie et de moments de tristesse. Je voudrais pour commencer mon propos vous inviter à partager avec les comédiens dont j’ai l’insigne honneur de représenter à cette tribune, une pensée pieuse pour ceux d’entre nous qui ne pourront pas être de la fête, du fait de la barbarie et de l’intolérance semée ça et là dans notre si beau continent et pour ceux d’entre nous qui ont quitté ce monde alors que notre aventure ne fait que commencer.
De ceux qui sont morts et qui ne sont jamais partis, de ceux qui sont dans le souffle du vent et dans l’eau qui coule, qu’il me soit permis en y associant les autres amis défunts, de rappeler à notre souvenir les doyens DOURA Mané de Guinée, DOUTA Seck du Sénégal, Balla Moussa KEITA et du Mali, et notre compatriote Lassina INASSE tombé il y a quelques jours devant les siens de retour d’une de nos réunions préparatoires relatives à l’hommage qu’on s’apprêtait à rendre pendant cette 18ème édition du FESPACO aux comédiens disparus.
De ceux qui ont donné leur vie pour une Afrique enfin réconciliée avec ses vraies valeurs, qu’il me soit également permis d’associer à notre révolte, la mort ignominieuse du comédien ivoirien H. CAMARA, fauché à la fleur de l’âge par les balles assassines de ceux qui en Afrique se nourrissent encore du lait de la xénophobie et de l’exclusion.
En leur mémoire, je vous demande une minute de silence.
Excellence Monsieur le Président, honorables invités
Qui eut cru ? Qui eut cru que le comédien africain et sa profession seraient un jour à l’honneur, propulsés sous les lueurs féeriques des feux de l’actualité ? Qui eut cru que ce saltimbanque d’un genre nouveau connaîtrait un jour la considération ?
Merci Excellence Monsieur le Président du Faso pour avoir accepter de placer la présente édition sous le thème :Le comédien dans la création et la promotion du film africain.
Merci Monsieur le Ministre Mahamoudou OUEDRAOGO pour votre disponibilité et votre sens de l’écoute ;
Merci Monsieur le Délégué Général pour votre clairvoyance et la patience dont vous avez fait montre à notre endroit.
Périlleux sera donc pour moi l’exercice qui va consister à concilier l’impératif de temps qui m’est accordé pour m’adresser aux augustes personnes que vous êtes avec celui du désir longtemps contenu de vous faire partager nos nombreuses préoccupations.
Etrange naissance que celle du cinéma africain. A l’image de l’enfant qui naît par le siège, l’Afrique a découvert le cinéma il y a une centaine d’années par la fin de son processus , celui du produit fini, celui des projections, à l’étape de la consommation. Et pendant plus de cent ans, le cinéma va ainsi rester comme une sorte de magie mystique et mystérieuse, fascinante et paralysante.
L’Afrique va alors entreprendre de refaire le chemin à l’inverse pour comprendre les mécanismes techniques qui ont présidé à la naissance du cinéma et d’en maîtriser les subtilités artistiques.
Par la grâce de nos Etats et avec l’aide des partenaires au développement, des techniciens seront formés dans les plus prestigieuses écoles, pendant que sur le terrain des ateliers, des séminaires et des stages à la carte sont organisés à tour de bras pour le maintien des niveaux et la conquête de nouvelles connaissances.
Que pouvons nous demander de plus sinon qu’au bas de la passerelle, une personne a été oubliée. Une personne a été oubliée, sciemment ou inconsciemment. Et c’est cinquante ans après que l’on s’est rendu compte de l’absence à bord du comédien africain.
Or, point n’est besoin d’épiloguer quand les évidences s’imposent. Ici ou ailleurs, maintenant ou plus tard, le comédien est et restera l’âme de toute création cinématographique. Il en est et restera la force centrifuge autour de laquelle évoluent les autres éléments pour donner une identité, un sens, une couleur à la création.
Il n’est de preuve plus parlante que de visiter les familles ou de se rendre devant les salles de cinéma quand passe un film africain. On se bouscule non pas pour lire le long générique qui y défile avec en gras le nom du réalisateur ou du producteur, mais bien pour vivre une aventure avec et à travers un comédien, celui là même à qui on s’identifiera pendant un moment de son existence pour aimer ou détester, rire ou pleurer, triompher ou se laisser vaincre.
Le ministre sénégalais de la Culture que j’ai eu l’honneur de rencontrer récemment à Paris lors de la tenue des deuxièmes rencontres internationales des organisations professionnelles de la culture me confiait qu’à l’heure de passage de la série Bobodiouf ou de Kadi Jolie , les rues de Dakar sont à l’image de ce qu’elles furent pendant la Coupe africaine de football : désertes. C’est à cette heure qu’il pouvait avoir autour de lui tous les membres de sa famille, avec cependant interdiction de leur adresser la parole. Les agents d’une institution financière de la place envisagent même d’inviter Souké et Sidiki à Dakar, tant leur popularité est grande.
À Bamako où nous étions aller participer à l’hommage posthume rendu au talentueux comédien malien Balla Moussa KEITA, Abdoulaye KOMBOUDRI dit fils de l’homme, le comédien ivoirien Bamba dit demi dieu et moi-même dûmes prendre les jambes au cou, tant chacun tenait à nous approcher au plus près et nous saluer.
A l’évidence, le spectateur africain a besoin de ses héros. A l’évidence, le spectateur africain a soif de ses comédiens.
Excellence Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,
L’ère des mécènes est révolue, les sources de financement se raréfient, et les bailleurs de fonds consultent la boule cristalline de l’audimat avant tout investissement. Le cinéma est une affaire d’argent et les marchés sont à conquérir.
Au défi de la mondialisation dominée par les nouvelles technologies de l’information et de la communicatioin , l’Afrique doit savoir inventer l’avenir. L’Afrique doit être présente aux grands rendez-vous de l’histoire, au risque de n’être qu’un point noir sur la carte du monde, un point noir sur lequel quelques âmes sensibles viendraient verser des larmes de compassion.
Que l’on ne s’y méprenne pas. Nous ne demandons pas qu’on nous construise une tour inaccessible sur laquelle il sera auréolé, ni qu’on nous mure dans une starmania stérile.
Le deux anecdotes que je viens de partager avec vous illustrent à souhait et commandent aux réalisateurs et aux producteurs africains l’impérieuse nécessité d’impliquer le comédien à la création et à la promotion du film africain, comme le propose le thème de notre 18ème édition.
Cette exigence, le comédien africain l’a perçue très tôt ; lui qui a toujours été sollicité, très souvent d’ailleurs à ses propres dépends pour supporter les réductions drastiques des budgets ou pour justifier des déficits financiers difficilement explicables, lui à qui on reste toujours devoir si on ne choisit pas tout simplement de ne pas rétribuer ses prestations, lui qui pendant longtemps a été regardé à travers un prisme simpliste et réducteur. N’entend – t – on pas très souvent d’honnêtes personnes dire : « Mon enfant fait rire à la maison. C’est un bon comédien. Il peut faire du cinéma ». Comme si faire des blagues c’est pouvoir être comédien du cinéma. Comme si passer un tampon d’alcool sur un bobo pouvait faire de quelqu’un un médecin.
Le comédien africain a compris que son rôle ne se limite pas à sa seule présence sur le plateau de tournage. Il commence bien avant, pendant et après le tournage quand il va s’agir de se mobiliser pour assurer la promotion de l’œuvre au succès de laquelle il a travaillé.

Nous sommes donc disponibles pour peu que les règles de jeu ne soient pas tronquées. Le colloque qui s’ouvrira bientôt sur le thème de la présente édition connaîtra notre participation active.
Excellence Monsieur le Président,
A vous, les comédiens africains adressent une seule requête : soyez notre interprète auprès de vos paires africains et dites leur de nous doter d’un cadre juridique et réglementaire grâce auquel nous cesseront d’être des laissés pour compte, grâce auquel nous pourront vivre décemment de notre profession et grâce auquel nous pourront contribuer à asseoir des cinématographies fortes capables de participer au développement des économies de nos pays respectifs.
A Madame Chantal COMPAORE notre dynamique marraine pour Son Excellence Monsieur le Président chez qui nous ne pouvons nous y rendre chaque matin malgré sa légendaire hospitalité et à Monsieur Mahamoudou OUEDRAOGO l’infatigable Ministre de la Culture des Arts et du Tourisme pour Monsieur le Premier Ministre dont le carnet d’audiences plie sous le poids des sollicitations, les comédiens burkinabé vous chargent une fois par jour et 365 fois par an de leur rappeler cette nécessité pour qu’au prochain FESPACO le Burkina Faso puisse brandir aux yeux du monde, la copie exemplaire du statut des comédiens et mieux, la copie exemplaire du statut de l’artiste burkinabè.
Je vous remercie.
RAPPORT DE SYNTHESE DU COLLOQUE SUR LE THEME « LE COMEDIEN DANS LA CREATION ET LA PROMOTION DU FILM AFRICAIN »
Les 25 et 26 février de l’an 2003, s’est tenu dans la salle de conférence du PNUD, un colloque organisé par le FESPACO dans le cadre de sa 18ème édition sur le thème « l3e comédien dans la création et la promotion du film africain « . Ont pris part à cette rencontre les comédiens présents à Ouagadougou.
Après la cérémonie d’ouverture présidée par Monsieur Mahamoudou OUEDRAOGO, ministre burkinabé de la Culture des Arts et du Tourisme, quatre (4) communications ont été présentées aux participants :
Le comédien africain dans son environnement social, par Monsieur TOLA Koukoui, comédien, metteur en scène, réalisateur et formateur ;
Le comédien africain dans son environnement artistique, par Monsieur Amadou BOUROU, comédien, metteur en scène et formateur ;
Le comédien africain dans son environnement juridique, par Monsieur SANOU Léonard, juriste, directeur de l’exploitation de la perception et du contentieux au Bureau Burkinabé des Droits d’Auteur ;
Contributions et retombées dans la création et la promotion du film africain par Monsieur DIOP Makéna, comédien, conteur, metteur en scène et formateur;
Dans sa communication, Monsieur TOLA Koukoui a regretté l’absence des réalisateurs africains à cette rencontre parce que étant les partenaires directs des comédiens dans le processus de création. Il a, par la suite mis l’accent sur la définition du comédien professionnel, ses droits et ses devoirs et le rôle de leader d’opinions qu’il joue dans la société. L’exposant s’est surtout appesantit sur le manque de formation des comédiens d’où sa proposition de créer une structure inter africaine de formation du comédien, ce qui lui permettra la reconnaissance d’un vrai statut juridique et social.
Monsieur BOUROU Amadou a fait ressortir les difficultés que rencontre le comédien sur les plateaux de tournage : absence de briefing entre l’équipe artistique et le comédien, le manque de répétions sérieuses des textes par le comédien, le manque de compétences des réalisateurs dans la direction d’acteurs  » Tous ces handicaps ne favorisent pas une vision globale du scénario et du travail artistique.
A l’instar de Monsieur TOLA Koukoui, Monsieur BOUROU a fait ressortir le manque de formation des comédiens  » Il a préconisé qu’au regard de l’importance du comédien dans la chaîne cinématographique une attention particulière lui soit accordée.
L’intervention de Monsieur DIOP Makéna a insisté sur le fait que « le comédien africain n’est pas une boule de chair incapable de réflexion. Il est dit-il émotion et esprit, et par conséquent doit par son comportement artistique et social se faire respecter ».
Monsieur SANOU Léonard quant à lui a abordé les quatre points suivant :
La reconnaissance conventionnelle des artistes interprètes ;
La reconnaissance légale des artistes interprètes ;
Les droits moraux ;
Les droits patrimoniaux.
A l’issue de toutes ces interventions, les débats ont porté principalement sur quatre points :
La reconnaissance juridique du comédien et de sa profession par les autorités politiques ;
La création d’un cadre organisationnel de regroupement des comédiens africains afin de répondre à leurs besoins et surtout pour défendre leurs intérêts ;
L’émulation d’un esprit de solidarité par les comédiens eux mêmes pour une plus large concertation entre générations et entre tous les partenaires de la création cinématographique et audiovisuelles ;
La création d’une structure internationale de formation de comédiens.
Trois recommandations, une résolution et une motion de remerciement ont été adoptés par les participants. Il s’agit :
de la recommandation relative à la création d’un fonds de soutien pour la promotion des comédiens africains ;
de la recommandation relative à
de la résolution relative à la mise en place d’un comité de pilotage chargé de l’élaboration de textes juridiques et réglementaires et de la convocation d’une assemblée constitutive de la structure de regroupement des comédiens africains.
De la motion de remerciement aux autorités politiques burkinabé et au responsables du FESPACO.
Entre temps, les participants ont eu à entendre :
Une adresse de solidarité de Monsieur Souleymane CISSE, réalisateur malien et promoteur de L’Union des Cinéastes de l’Espace Ouest Africain. (UCECAO)
Une allocution de Madame Elisabeth MOUNDO, Représentante de Monsieur le Directeur Général de L’UNESCO pour le Burkina Faso, le Mali, et le Niger. Cette allocution a porté sur :
Le potentiel que revêt le cinéma en tant qu’entreprise culturelle ;
La place du comédien dans l’industrie cinématographique ;
La nécessité d’un renforcement au niveau de la formation et du renouvellement des méthodes et pratiques de cette formation ;
Une structuration de la profession et la création de réseaux relationnels entre pays et entre comédiens.
Elle a par ailleurs dit la disponibilité de l’UNESCO à toujours accompagner les comédiens africains dans leurs préoccupations fondamentales et quotidiennes.
A l’issue des travaux, le comité ad hoc de pilotage a été mis en place.
Sa mission principale est de procéder à la rédaction des textes statutaires du cadre organisationnel et de convoquer une assemblée générale constitutive dans un délais de deux ans.

///Article N° : 2813

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