Les Pharaons de l’Egypte moderne, de Jihan El Tahri

Rien n'a changé…

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Une série documentaire en trois épisodes d’une brûlante actualité à ne pas rater, diffusée le 19 janvier 2016 sur Arte.

En 1952, les manifestations du Caire ont chassé le roi Farouk. On y réclamait pain, liberté et justice sociale. En 2011, les slogans étaient les mêmes. La République égyptienne n’a tenu aucune de ses promesses. C’est le triste constat d’un bégaiement de l’Histoire sur presque 60 ans que dresse Les Pharaons de l’Egypte moderne en trois étapes : Nasser, Sadate, Moubarak. Devenus présidents, après avoir envisagé la démocratie, ces militaires s’appuieront sur les Frères musulmans et la nébuleuse islamiste pour asseoir au contraire un pouvoir autocratique : « Le pharaon exige les pleins pouvoirs au nom de la lutte contre les Frères ; et son autocratie fait prospérer la confrérie », indique Jihan El Tahri.
C’est ce qu’on appelle jouer avec le feu et c’est la thèse de cette implacable démonstration : après l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979, les Egyptiens guidés par la CIA dans le contexte de la guerre froide arment les djihadistes. Cela donnera naissance à Al-Qaida.
Jihan El Tahri fait des films engagés, résultats d’une enquête approfondie, qui ne cachent pas leur point de vue et au contraire l’assument parfaitement, et sont à cet égard parfaitement corrects vis-à-vis du spectateur. Ils convainquent par le sérieux de leur enquête et de leur analyse. Ses films sont toujours limpides en dépit de leur respect de la complexité de l’Histoire : son commentaire pose l’essentiel, les archives patiemment rassemblées parlent d’elles-mêmes, des interviews viennent éclairer le propos.
Les Pharaons de l’Égypte moderne ouvre à une profonde compréhension de l’Egypte actuelle à travers toute la période où ses structures se sont forgées. L’oubliée de l’Histoire égyptienne, malgré les promesses de la République, c’est la démocratie. A l’inverse du général Naguib, Nasser pense qu’il est trop tôt pour l’envisager : il faut d’abord construire un Etat laïque et moderne. La nationalisation du canal de Suez et le départ des forces coloniales feront de lui le héros du Tiers-monde. Une formation des militaires est prévue pour quand ils quitteraient l’armée, de façon à ce qu’ils puissent créer des entreprises. Ils le feront sans l’avoir encore quittée. Les usines militaires produiront des cuisinières ou des frigos en temps de paix et l’armée se retrouvera à la base du développement économique et détentrice d’une grande richesse. Cela n’a pas changé. A la mort de Nasser, pleuré comme un père, il laisse en place un Etat policier où l’armée s’accroche au pouvoir économique.
Sadate s’allie aux Islamistes pour asseoir son pouvoir. Tout en prônant un retour à l’islam, il loue le capitalisme, ouvre des négociations avec Israël et s’allie avec les Etats-Unis après les accords de Camp David. Il réprime les émeutes du pain mais le mythe des dirigeants pharaons tombera. Son assassinat par un militaire islamiste laisse la place à Moubarak qui privatise les entreprises publiques, renforce l’alliance du pouvoir et de l’argent, mais aussi l’Etat policier. Sa tentative d’introniser son fils déclenchera la révolution de 2011 sous le regard bienveillant de l’armée qui refuse cette dynastie.
Il a fallu cinq ans de travail à Jihan El Tahri pour réunir les témoignages d’une trentaine de personnalités de premier plan, de riches archives mais aussi de nombreux extraits de films égyptiens de fiction qui donnent à la série une saveur particulière. Passionnant de bout en bout, le résultat est d’une impressionnante pertinence, tant ce retour sur l’Histoire éclaire le présent.

Disponible en dvd à partir du 20 janvier.

Cf. sur http://info.arte.tv une chronologie de l’après-Moubarak (2011-2015) et une interview filmée de Jihan El Tahri par Christophe Ayad.///Article N° : 13415

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