Lire en été 6 : Arts et cultures d’Afrique, vers une anthropologie solidaire

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L’été est souvent l’occasion de prendre davantage le temps de lire. Africultures, jusqu’en août, vous conseille chaque semaine quelques œuvres parues ces derniers mois et de grands entretiens. Cette semaine, découvrez « Arts et cultures d’Afrique, vers une anthropologie solidaire ». Un premier ouvrage de la collection « Arts dans la mondialisation » des éditions Presses Universitaires de Rouen et du Havre, placé sous la direction de la sociologue Myriam-Odile Blin.

Éditée par les Presses Universitaires de Rouen et du Havre, la collection  » Arts dans la mondialisation  » se propose de réfléchir sur l’esthétique internationale qui «  désormais impose ses règles dans les différents domaines de la création « . L’objectif principal que la collection se fixe est l’observation et l’analyse de ce processus ainsi que celles des «  résistances locales qui entretiennent la diversité culturelle « . Pour ce faire, elle entend aborder les différents domaines que sont l’architecture, la musique, les arts visuels et la littérature.

Les arts visuels dans le contexte culturel africain sont l’objet du premier volume.  » Quels arts pour quelles Afriques ?  » interroge la quatrième de couverture. Le pluriel est de mise car il s’avère «  difficile aujourd’hui de cerner les contours d’une création plastique et d’une culture africaine, dont le contexte, celui de la mondialisation des échanges, ne cesse d’évoluer…  » L’introduction donne le ton, l’objet de l’étude s’avère délicat à traiter.  » Aborder les arts et cultures d’Afrique exige une grande prudence car, qu’il s’agisse d’art ou d’Afrique les limites de l’objet dont on parle ne vont pas de soi « . «  De qui et de quoi parle-t-on lorsque l’on parle d’arts d’Afrique ? « (1).Traiter ce thème suppose alors de respecter un certain nombre de préalables. La dizaine de chercheurs qui ont contribué au contenu du livre s’y sont donc attelés. Le volume est divisé en trois chapitres et se construit en fonction de ce postulat de départ.

La variété des regards et des approches vise à  » rompre avec une approche binaire et réductrice Nord-Sud « . Dans cette même perspective, le travail de la pensée anthropologique doit aussi réaliser la « déconstruction du miroir du soi ». Aussi, la partie introductive remet-elle en question les relations économiques et politiques entre le Nord et le Sud et tente de définir une nouvelle anthropologie, l’anthropologie solidaire, évoquée en sous-titre du volume. Cette dernière est brièvement définie «  comme un changement de modèle de réflexion et de société, seule voie envisageable selon l’auteur (Gérald Orange), pour que les relations entre les peuples et les cultures évoluent favorablement » (2). Le premier chapitre fait un état des lieux des échanges Nord-Sud et met en lumière l’environnement dans lequel cette somme de réflexions s’élabore. Dans son texte, Myriam-Odile Blin analyse le chemin parcouru par la recherche dans le travail de reconnaissance des arts des autres et des théories des autres sur les arts des autres.

Dans le deuxième chapitre, entre autres sujets, on peut lire les réflexions que tirent les chercheurs Éloi Ficquet et Cédric Vincent sur la résonance des moments importants que sont les premiers festivals mondiaux des arts nègres (1966, 1969 et 1977) dans l’histoire de la production artistique africaine de la période des indépendances. Des événements que le champ de la recherche semble avoir oubliés mais qui méritent que l’on s’y attarde.

Intitulé  » Variation sur le métissage  » le troisième chapitre comprend les réflexions de Dominique Malaquais, Betty Mercier-Lefèvre et Boubacar Mbaye Diop. Y sont abordées les notions que sont l’hybridité, le métissage culturel et la standardisation dans le contexte de la réception des œuvres contemporaines africaines. Dans l’ensemble, les contributions se partagent entre des propositions générales (Myriam-Odile Blin : p. 41-74) et des études plus spécifiques sur certains aspects des arts et cultures d’Afrique (Estelle Fossey : p. 119-136). À la lecture de ses réflexions on ressent bien la complexité du sujet et l’on retient entre autre chose, ce que souligne Myriam-Odile Blin, à savoir que : «  le processus de reconnaissance des arts d’Afrique est peut-être – comme le remarque Yacouba Konaté – de l’ordre de l’inachevé « .

(1) Arts et cultures d’Afrique, vers une anthropologie solidaire, sous la direction de Myriam-Odile Blin, éd. Presses Universitaires de Rouen et du Havre (PURH), 2014, Introduction, page 7.
(2) Idem, page 9
///Article N° : 12308

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