Littérairement foot 8 : La main de Dieu

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En juin 2014, la coupe du monde de football se déroule au brésil. l’occasion pour africultures de vous proposer une aventure littéraire originale. Marc-Alexandre Oho Bambe vous transporte dans un récit d’anticipation. un voyage littéraire. mais pas seulement…

Rio de Janeiro, 13 juillet 2014.
La festa battait son plein.
Le « país do futebol » était en finale, de son Mondial.
Le pays était fou.
De foot.
Ce pays était FOOT.
Avant l’explosion.

Débarqué au Brésil il y a un mois, pour couvrir la nouvelle Coupe du monde du ballon rond, j’imaginais, ou plutôt je pensais pouvoir imaginer la folie de l’événement.
J’étais loin, très loin. De la réalité.
Et de l’explosion qui souffla tout, ou presque.
Dans l’Estadio do Maracana.

Chaos autour de moi, des enfants, des femmes, des hommes sous les décombres, l’osmose entre supporters et les holà frénétiques ont laissé place aux cris d’horreur et douleur.
Sirènes hurlantes, Les premiers secours arrivent, quelques rescapés se bousculent, des ombres sonnées aux regards hagards, cherchant la sortie.
De l’enfer.
Il y a une heure encore, la festa battait son plein.
Les amoureux de football du monde entier célébraient leurs idoles, Naymar avait illuminé le début de la rencontre de gestes somptueux et d’un but mirifique, une volée de trente mètres qui avait fini en pleine lucarne. Assurément la plus belle réalisation de la compétition.
La Seleçao régalait son public, et ses adversaires, l’esprit était au jeu beau, aux passements de jambes et à la poésie des magiciens brésiliens, enfants de la balle.
Et puis, survint l’explosion.
Juste après le deuxième but de Neymar, malheureusement entaché
d’une grossière faute de main.
La main de dieu.

Mais vous me direz, tout cela n’a plus d’importance.

Les matches se succédaient depuis un mois sur les terres du roi Pelé, le pays et le monde entier tournaient autour du brazuca, dans une effervescence, populaire, absolue.
Tout semblait beau dans le meilleur des mondes, mais tout n’était beau que dans le monde du foot.
Et dans nos yeux, de privilégiés que nous étions, confortablement installés dans les gradins, affalés dans nos canapés devant nos télés plasmas, ou agglutinés dans les rues de nos centre-ville au pied d’écrans géants offerts par des municipalités qui ont bien compris ce qu’il faut donner au peuple pour qu’il se calme, offrir au peuple ce qu’il réclame, des jeux, du cirque et du vide.
Combien d’entre nous pensions encore à la brutalité et la violence aveugle avec laquelle le gouvernement de Dilma Rousseff avait géré les manifs et la contestation par une partie de ses électeurs, des sommes faramineuses englouties dans l’organisation du Mondial.
Combien d’entre nous, s’étions émus du mépris et du cynisme de certains dirigeants de la FIFA qui avaient osé demander souriant, aux manifestants de ne pas gâcher la coupe du monde, et d’attendre la fin du spectacle pour réclamer leur droit.
A la dignité.
« Se nao tiver direitos, nao vai ter Copa » (si je n’ai pas de droits sociaux, vous n’aurez pas de coupe du monde), « Copa sem povo » (Une coupe du monde sans le peuple) vociférait la rue, pendant que nous rêvions de danseuses de samba, buvions des caipirinhas et applaudissions nos héros morts en shorts.
Les revendications étaient précises, « la baisse des loyers et du coût des transports, la création de vrais services publics de la santé et de l’éducation », mais le gouvernement n’écoutait pas, ou plutôt il n’écoutait que la FIFA, la rassurante et promettant à la planète média du monde entier, la grande messe qu’on pouvait attendre d’un Mondial en terre sainte.
De football.
Chaos autour de moi, groggy je me dirige vers une sortie, je saigne, je crois que je suis blessé, je m’écroule. Je ne veux pas mourir ici, je veux revoir ma famille, mes amis, mourir dans les bras de celle que j’aime, ou en elle. Je m’écroule. Il fait noir à présent.
Sirènes hurlantes, les secours arrivent, je perds connaissance, ma conscience, doucement s’endort, moi aussi.
Avec cette question, au bord des lèvres.
« Qui aurait gagné le match, si l’explosion n’avait eu lieu ? »

Oui je sais, je suis fou.
Je l’ai toujours été.
Littéralement.
Littérairement fou.
De foot.

///Article N° : 12275

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