Louvain (Belgique) : les dix ans de l’Afrika Filmfestival

Entretien d'Africultures avec Guido Huysmans

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L’Afrika Filmfestival de Louvain (Leuven, Belgique) existe déjà depuis dix ans. Guido Huysmans en fait ici le bilan.

Comment tout cela a-t-il commencé ?
En 1996, nous avons invité Bassek Ba Kobhio et Med Hondo, et nous avons longtemps parlé avec eux. Issus de deux pays et générations différents, ils disaient la même chose : c’est la distribution qui est essentielle ! Le plus important n’est pas de montrer un film africain dans un festival mais de voir les films africains dans les salles de cinéma, dans le circuit commercial. C’est un message essentiel que beaucoup de festivals oublient complètement. On s’est battu dix ans pour ne pas seulement montrer les films africains dans notre festival ou dans les salles ‘art-et-essai’mais dans de grandes salles commerciales, comme Kinepolis et les Studios.
Votre festival se déroule donc dans plusieurs villes ?
La distribution est donc essentielle. Ce fut une longue marche. On a commencé à Leuven qui reste le centre du festival, la ville le plus importante. Mais la deuxième année, on a montré des films à Dilbeek, la troisième année aussi à Diest, et maintenant, au bout de dix ans, à Aarschot, Diest, Dilbeek, Haacht, Halle, Rillaar, Rotselaar, Tienen, avec aussi des projections à Bruxelles, Charleroi, Hasselt, Gembloux, Waremme, Louvain-La-Neuve, Liège. Et on est sollicités un peu partout en Belgique pour des conseils… Avec ce circuit, un film comme ‘Rachida’ a été montré plus que 50 fois et ‘La Petite vendeuse de soleil’ a fait du profit. Avec ‘Moolaadé’, on fait le tour de la Belgique.
Et le résultat de tout ce travail ?
Avec le travail qu’on fait avec un très petit budget, on peut être fiers. Il y a dix ans, il n’y avait presque pas de films africains en distribution ; maintenant on nous contacte avant la sortie pour être sûrs qu’on montre le film dans notre circuit.
Les distributeurs sont donc contents de votre travail ?
On veut que le film soit vu par le plus large public possible. On invite les distributeurs belges pendant le festival, mais c’est surtout après qu’on discute avec les distributeurs potentiels. Le nombre de distributeurs intéressés à distribuer un film venant d’Afrique est limité. Notre objectif est que le producteur et le cinéaste gagnent de l’argent. C’est le seul moyen pour changer les choses.
Cependant, pour toucher un large public, un film doit être sous-titré en néerlandais et en français. Notre festival est en terre flamande. La plus grande part de la Belgique et la majorité du public des cinémas en Belgique sont flamand. C’est à Paris qu’on pense encore que la Belgique est entièrement francophone ! Pourtant, de plus en plus de distributeurs belges refusent de sous-titrer en néerlandais. Cela coupe un grand public des films africains qui sont particulièrement victimes de cette politique.
Mais il y a pire encore ! On trouve des distributeurs belges qui achètent les droits de films africains sans avoir de copies ! On est donc obligés de payer deux fois : au distributeur belge (qui a les droits du film) et au producteur à Paris (qui a la copie). Un film comme ‘Karmen Gei’ (Joe Gaye Ramaka, Sénégal) a ainsi un distributeur belge mais personne en Belgique n’a vu le film parce que louer la copie devient extrêmement cher !
La situation au côté néerlandophone est-elle meilleure ?
Il a de bons festivals ‘worldcinema’comme Open Doek (Turnhout) et Cinema Novo (Bruges) qui groupent 50.000 visiteurs et font un très bon travail envers les écoles, mais le cinéma africain ne s’en sort pas toujours bien. Ils ont plus de public que nous mais c’est plus facile de montrer des films comme Bin Jip ou Motorcycle diaries que des films du Burundi.
Notre problème reste le gouvernement flamand, responsable pour les subventions des festivals. Avec la nouvelle loi culturelle en Flandre, les festivals de cinéma pourraient avoir plus d’argent. Les deux autres festivals (Open Doek à Turnhout et ‘Cinema Novo’à Bruges) reçoivent maintenant chacun 85.000 euros de la communauté flamande, alors que nous restons à nos 10.000 euros… Pourquoi ? Les experts artistiques disent ouvertement que le cinéma africain n’est pas de qualité donc qu’un festival de cinéma africain n’a pas besoin de beaucoup d’argent ! Mais aucun de ces soi-disant spécialistes n’est jamais venu à notre festival. Il nous faudra encore dix autres années pour les convaincre de la qualité des films africains !
Un autre aspect est le travail envers les comédiens noirs ?
Voilà déjà plusieurs années que nous sommes actifs sur ce sujet, après avoir invité plusieurs comédiens noirs de Belgique et de France, ainsi que le professeur Sylvie Chalaye. Lors de l’édition 2005 du Afrika Filmfestival, nous avons présenté notre nouveau catalogue African Cast 2005. Cent comédiens et comédiennes belges d’origine africaine y sont présentés.
Dans le même cadre nous avons produit également la publication LEAF. Pour fêter le dixième anniversaire de notre festival, nous avons demandé au photographe belge Kris Dewitte de faire le portrait de vingt comédiens parmi ceux qui ont visité le festival ces dix dernières années. On y trouve ainsi les photos d’Eriq Ebouaney, Carole Karemera, Aissa Maiga, Fatou Ndiaye, Bode Owa, Laurentine Milebo, etc.

Pour plus d’info:
Afrika Filmfestival
[email protected]
[email protected]
www.afrikafilmfestival.be///Article N° : 4258

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Les images de l'article
Raoul Peck et Guido Convents
Claudia Tagbo et Guido Huysmans





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