L’urgence… et après

De Bernard Debord

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Kanembwa, Tanzanie. Depuis 1994, des réfugiés burundais y sont parqués dans un camp s’étendant sur 10 kilomètres. D’autres arrivent chaque jour par petits groupes. Mais ce ne sont pas des images terrifiantes et esthético-putassières à la Salgado : ici, la promiscuité est limitée, la pauvreté certes mais pas la misère – chacun a sa parcelle à cultiver et de l’espace. Certains arrivent même à faire de petits boulots en douce dans les villages voisins pour améliorer l’ordinaire. Sans jamais en rajouter dans un commentaire qui ne se veut que personnel et informatif, Debord prend le temps de faire connaissance : il rencontre Elisabeth, Jean, Gervais… Sa caméra s’installe dans le temps du camp de réfugié, où le temps s’arrête puisque le règlement rappelle soigneusement à chacun qu’il s’agit d’un transit : pas de tôle au toit pour ne pas croire qu’on va s’éterniser dans la maison, un couvre-feu musclé à la tombée de la nuit, nombre de droits élémentaires mis de côté… C’est ce paradoxe qui intéresse Debord : pour assurer la survie, l’action humanitaire bafoue les droits de ces 50 millions de réfugiés (un Terrien sur cent !) qui vivent dans des camps à attendre de retourner dans un pays qu’ils idéalisent ou qui leur paraît de plus en plus lointain. Cette mise de côté institutionnalisée à grande échelle, il nous la fait sentir de très humaine façon, au rythme de ceux qu’ils rencontre et de leur quotidien, à l’aune de leurs préoccupations, dans leur environnement. La pluie, la terre qu’on laboure, la bière qu’on malaxe définissent un espace de vie qui se comprend vite comme un espace d’exil, les limites d’un devenir incertain dans un pays d’accueil trop pauvre pour s’empresser d’intégrer ces réfugiés. Même, les paysans tanzaniens finissent par revendiquer l’espace occupé par le camp et à faire payer des loyers pour la terre. Les prix des marchés où peuvent se rendre les réfugiés sont plus élevés. Comme partout, l’homme est un loup pour l’homme et chacun survit. Debord ne dénonce rien : il nous invite à partager une heure de notre temps avec celui des réfugiés. Et nous permet ainsi de mieux les sentir, de mieux les comprendre, sans doute aussi de les respecter.

Documentaire de Bernard Debord (France, 2003-52mn) Coproduction : Dominant 7, ARTE France. Sur une idée de Jihan El Tahri. Diffusion sur Arte dans la soirée théma du 22 juillet 2003, rediffusion sur satellite le 28 juillet.///Article N° : 3021

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