Lussas 2000 : Carnet de notes aux Etats généraux du film documentaire de Lussas, 20-26 août

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……Limité par le temps, je n’ai passé que quatre jours à Lussas. La programmation de cette année n’intégrait que très peu de films ayant rapport avec nos problématiques (patience cependant : il y en avait !). Mais Lussas, c’est chaque été un pèlerinage ! Je me rends en terre documentaire. Je quitte le village des Pilles où se trouve la rédaction (une centaine d’habitants à tout casser) pour partager quelques jours la vie d’un autre village à peine plus grand, à 100 km à l’ouest, qui tout d’un coup accueille des centaines voire des milliers de gens venant s’entasser dans quatre salles de cinéma dont deux aménagées pour l’occasion. Tout explose : les parkings, les restos, les toilettes, mais finalement ça baigne très cool vu que l’organisation est au top. Bref, Lussas est une respiration intelligente dans la moiteur lénifiante des médias l’été où radios et télés s’obligent à observer une trêve absolue des neurones. Les débats sont élevés, chacun y allant de sa citation, et on en ressort en se disant qu’on a encore une bibliothèque à lire avant d’arriver à la Connaissance. Mais ils sont aussi passionnants, car de vraies questions sont posées. Ainsi, rien qu’hier jeudi, une journée entière à se poser la question de la bonne distance, fondamentale bien sûr dans le documentaire vis-à-vis du sujet. Sous la houlette de Nicolas Philibert – dont je n’oublierai jamais « La Moindre des choses« , tourné à La Borde, espace de psychiatrie (ou plutôt d’anti-psychiatrie) où l’on s’efforce d’avoir un autre rapport avec les soignés – la rencontre a permis les témoignages de personnes extérieures au cinéma, histoire de capter des intuitions. Rien d’étonnant que Philibert ait demandé à Jean-Jacques Martin, un soignant d’un autre lieu du même genre, La Chesnaie, et animateur de l’Ecole de Psychiatrie institutionnelle EPIC, d’intervenir sur la question de la bonne distance. On ne partage pas l’émotion. On la résume encore moins. Elle était là en tout cas, lorsqu’il a raconté son vécu. Il en ressortait des idées simples, par exemple que seul un être lui-même en devenir peut aider autrui dans son devenir. Garder ses distances ? L’historienne juive Annette Wieviorka qui a beaucoup travaillé sur l’holocauste ne le revendique pas non plus. Et pourtant. Toute cette journée a tourné autour de cette recherche de la juste distance comme une recherche de soi. Desserrer l’emprise des morts sur les vivants demande de trouver la distance… Le journaliste Gérard de Sélys, qui travaille sur des dossiers accablants mettant en exergue combien les grandes entreprises contrôlent peu à peu tout et notamment l’enseignement, fit vivement réagir l’assistance par ses provocations. Une frontière se cherchait alors entre journaliste et cinéaste. OK, l’objectivité n’existe pas et il est clair qu’on va revendiquer l’implication de chacun. Mais alors que le cinéaste a pour fonction, comme tout artiste, d’atteindre la hauteur de vue permettant la révélation (au sens rosselinien du terme), le journaliste devra se cantonner à la bonne distance qui fera de son constat la révélation d’un processus en cours, la genèse de l’événement ouvrant aux conséquences et aux perspectives. Chacun devra se tenir à distance de l’émotion manipulatrice qui déboule quand on montre trop les choses, et qui empêche la réflexion. Montrer ou ne pas montrer ? Dire ou ne pas dire ? La bonne distance, n’est-ce pas exactement la problématique du torero ? Et bien Alain Montcouquiol était là, pour témoigner de son vécu de toreador et de bien d’autres choses encore ! Mercredi, débat encore, cette fois sur le droit à l’image, sous la direction de Gérald Collas, producteur de films documentaires au sein de l’INA. Erreur : c’était le droit de l’image. Bernard Edelman, avocat, fit un bout d’histoire, faisant remonter le problème à 1849 mais en fait plutôt à 1960, lorsque qu’Anne Philippe attaqua Paris-Match pour avoir publié les photos de ses larmes, elle qui déprimait après la mort de Gérard, son illustre et magnifique mari. C’était le début d’une privatisation de l’image qui devient un marché, chacun évoluant d’une relation personnaliste à une relation mercantile avec son image. Finalement, je suis propriétaire de ma propre image, avec toutes les complications juridiques et les conséquences financières que cela suppose. Et le documentariste, dans tout ça ? Lui qui vole sans cesse l’image de l’autre ? Jean-Louis Comolli avait du mal à imaginer de faire signer un contrat avec le sujet d’un film documentaire avant même que de le tourner ! Mais le cinéma n’est-il pas relation ? Il lui est impossible de filmer quelqu’un qui ne veut pas l’être. Et puis au fond, l’image essentielle n’est-elle pas cet autre de l’image, non ce qui est représenté mais ce qui est évoqué, l’image de soi produite par une instance tierce ? Les utopistes du 19ème siècle rêvaient de la maison de cristal, ouverte à tout contrôle, temple de la transparence face à toutes les turpitudes cachées… Mais que voit-on dans ce qu’on voit ? L’essentiel n’est-il pas invisible pour les yeux, dans une société où s’installe le dogme du visible universel ? Vieux leurre du cinéma : croire pouvoir dévoiler les choses, croire que le visible est possible…
Des sélections, il y en avait, avec à la clef la douleur du choix : quatre salles, quatre programmes en même temps. On picore par ci, on grignote par là, on court de l’un à l’autre… Et comme on va à des débats, comme moi, on ne voit pas beaucoup de films ! Alors, en vrac…
« Du possible, sinon j’étouffe » : ça attire comme titre ! C’est dans l’air du temps : dans un monde qui ne revendique plus, qui abandonne faute d’entrevoir les possibles, le possible est une respiration nécessaire. Il semblerait qu’il passe par une certaine banalité du quotidien : « Il semble qu’à la puissance et à la possibilité, en tant que distinctes de la réalité, soit inhérente la forme du quelconque », indique Anne-Marie Faux dans le catalogue. Des films illustrent ce postulat. Parmi eux, celui de Djamila Sahraoui : Algérie, la vie quand même (1998, 46 min.). Des jeunes en Kabylie, là d’où vient la réalisatrice. Des jeunes qui savent qu’on les filme ; qui s’essayent à blaguer sur ce qui les anime, et surtout sur ce qui ne les anime pas : dégoûtés (comme si tout le « dégoûtage » du monde était venu s’échouer en Algérie, disent-ils), déprimés, fatigués de la violence et du chômage – et qui finalement arrivent aussi à exprimer leur peur des filles, monde séparé qu’ils ne savent comment aborder. 70 % des Algériens sont jeunes, ces jeunes « hedistes » (qui colent les murs, hed en arabe), « une jeunesse laissée en jachère dans un pays en guerre contre lui-même ». Mais une jeunesse qui ne perd pas le sens du possible, « qui m’a réconciliée avec l’Algérie », commente la réalisatrice. Leur témoignage est touchant – même si l’on aurait souhaité que ce film très parlé se fasse plus cinéma, qu’il capte les détails de la rue, des visages ou des corps qui donneraient davantage force à son propos. C’est ce qu’arrive justement à faire Km 250 (1999, 64 min.), le film qu’Anne Faisandier a réalisé dans le Morvan en faisant jouer à Anouck Grinberg son propre rôle : le journal d’une femme qui, après la mort de son enfant, vient chercher le renouveau dans la vie à la campagne. Une caméra attentive aux détails réussit à faire du quotidien du travail, des enfants, des amis, des voisins aussi bien que des bêtes de la ferme un ensemble de récits dans le récit de personnages parlant une autre langue que la leur propre : celle du possible. Les plein-airs du soir regroupaient une bonne foule pour voir des films exigeants dans la fraîcheur du soir. Rithy Pahn est Cambodgien. Rien à voir avec l’Afrique, bien qu’il ait réalisé le passionnant Cinéastes de notre temps sur Souleymane Cissé. Mais son regard est d’une telle qualité qu’on ne peut passer à côté. La Terre des âmes errantes (1999, 98 min.) Des gens pauvres, très pauvres, posent du Nord au Sud du Cambodge un câble en fibre optique destiné à mieux relier le pays au réseau internet. L’anachronisme est de taille, entre la misère criante de ces familles entières qui suivent, payées au mètre de tranchée (profondeur un mètre, le câble tient dans la main), le chantier à travers villes et campagnes et la liaison à un réseau mondial que quelques tentatives d’explication ne leur laissent même pas envisager. Retrouvant en creusant os et bombes, traces ignobles des guerres cambodgiennes orchestrées par LonNol et PolPot, elles doivent aussi assumer le travail de mémoire en offrant aux âmes errantes des morts le rituel de sépulture leur permettant de se réincarner… Servi par une caméra profondément respectueuse et laissant le temps du témoignage et de la diversité, Rithy Pahn signe là un terrible réquisitoire, sans concession, contre la violence économique et le désordre mondial, un rappel salutaire et nécessaire face aux illusions du village global. Un autre soir, Saudade do Futuro (Cesar Paes, 2000, 90 min.) montrait avec humour comment les immigrés nordestins racontent Sâo Paulo, notamment par d’époustouflantes joutes musicales très slam où l’improvisation atteint les sommets. Dureté, énormité d’une ville parmi les cinq plus peuplées du monde, exode rural – et l’immense humanité des gens simples. Cesar Paes, qui avait fait Le Bouillon d’Awara, regard culinaire sur la multi-culturalité en Guyanne, ainsi qu’Angano…angano… Nouvelles de Madagascar, périple entre le réel et l’imaginaire à travers les contes malgaches, affirme ici encore un regard qui compte. Il fut suivi par Le Miel n’est jamais bon dans une seule bouche (Marc Huraux, 2000, 90 min.) qui nous emmène à Niafunké, le royaume d’Ali Farka Touré au nord du Mali. Bien sûr, la musique d’Ali Farka imprègne les images, sa tribu aussi (on reconnaît son « dauphin », Afel Bokoum), et le blues s’installe. Bien sûr, la référence au livre de Jean-Marie Gibbal sur les génies du fleuve (ethnologue malheureusement décédé, il avait une plume remarquablement chaleureuse… et une maison tout près d’ici, si bien que nous nous connaissions bien) ne pouvait que m’émouvoir. Pourtant, ce genre de films me laisse souvent perplexe, avec cette bizarre impression que pour rendre compte de la qualité de la rencontre, on est obligé de tomber ostensiblement sous le charme des proverbes et du rapport aux génies, ce qui finit parfois par donner une sauce terriblement exotique qu’une caméra fort classique ne permet pas d’élever. Niafunké est une autre planète, c’est vrai, mais a-t-on vraiment besoin de le dire ? Déception donc, pour un sujet magnifique.
Et puis, il y avait des coups de cœur. Très attendu, le film de Claire Simon : Ça, c’est vraiment toi (2000, 116 min.). Antoine vient à Strasbourg pour renouer avec Cléo, non sans opportunisme car il vient surtout pour trouver un poste d’assistant parlementaire au Parlement européen. Les jeux de l’amour et de la démocratie s’entremêlent habilement pour en éclairer les codes et les méandres angoissés. Film de commande financé par le Théâtre nationale de Strasbourg, Ça, c’est vraiment toi devait être tourné dans cette ville et employer 11 comédiens sortant du conservatoire local. Antoine et Cléo auront ainsi 11 têtes différentes, s’interchangeant sans arrêt au gré des scènes. Le jeu devient troublant et cruel quand on se met inévitablement à en trouver un meilleur que l’autre et espérer l’un plutôt que l’autre… Si bien que le service rendu (donner à des comédiens leur chance à l’écran) tourne au jeu de massacre. Mais ce choix scénarique est riche en connotations modernistes. Les multiples atermoiements d’Antoine et Cléo aux 11 visages collent parfaitement à cette identité européenne si problématique que le journaliste attaché au Parlement essaye de cerner en interviewant les députés. Plus encore, cette volte/face permanente évoque John Woo jusqu’à Mission impossible 2 où la perfection des masques empêche sans cesse de savoir qui est qui – une dominante du cinéma moderne qui ne cesse de s’interroger sur l’identité des acteurs du jeu social. Claire Simon y parvient en filmant comme à son habitude les corps au plus près, en demandant clairement aux acteurs de laisser s’exprimer leur corps, tant elle semble persuadée que c’est ainsi que s’exprime le mieux l’identité, du moins son éperdue recherche, en d’infinis jeux de miroir dont le ballet s’agence, parfois lourdement mais souvent admirablement. Un parallèle évident était à trouver dans Walk the Walk de Robert Kramer. Cet éclatement de l’identité d’un même personnage, d’une même recherche, en une série de facettes en des lieux différenciés. Kramer filme l’environnement comme partie intégrante du récit, en d’admirables images agissant comme autant de significations supplantant les dialogues qui s’affichent moins relation entre personnages que relation au spectateur regardé droit dans les yeux par l’acteur, donc à soi-même. Les corps s’inscrivent dans cet environnement avec grâce, en osmose avec les résistances et les douleurs, de l’escalier-test de l’athlète blessé au fameux parc zurichois où les drogués se shootent en liberté pour laisser opérer les travailleurs sociaux – et les angoisses modernes apparaissent pour trouver finalement des pistes de résolution : la peur du sida débouchant sur le sentiment du sens de la vie ou la mère esseulée par le départ de sa fille retrouvant le plaisir de croquer dans un bon sandwich… Notons que Jacques Martial (qui interprète l’athlète) y est un acteur noir à part entière, aucunement enfermé dans sa négritude, mais bien présent dans sa spécificité, au gré d’une caméra au diapason de tout ce film : respectueuse et juste.
Dans la sélection française de l’année figurait Les Enfants du Blanc (2000, 52 min., Athénaïse 01 41 72 02 75), de Sarah Bouyain, une Française à la peau blanche qui, pourtant, est issue d’un couple mixte et devrait être métisse. C’est qu’un sergent colonial avait enlevé son arrière-grand-mère et marqué la lignée : « je regrettais son intrusion dans ma famille ». Avec ce film, elle va à la recherche de son origine, mais élargit le propos à tous ces métis coloniaux, abandonnés et regroupés dans des orphelinats spécialisés. Avant 1914, les femmes n’ayant pas le droit de venir rejoindre leurs maris, les médecins coloniaux conseillaient aux Français d’Afrique la femme africaine… Sarah Bouyain pose les questions qu’il faut, scrute les bris de réponses jusqu’à saisir les non-dits, la douleur rentrée, « car la vérité, on ne la connaîtra jamais ». C’est la grande qualité de ce film par ailleurs un peu morne : de nous faire comprendre avec émotion ce qu’ont vécu et ce que ressentent ceux et celles qui sont ainsi, de par les frasques de l’histoire, « descendus du ciel ».
Enfin, le pied à Lussas, c’est aussi la vidéothèque : pratiquement tous les docus de l’année avec la complicité de Planète, sur une vingtaine de postes. On y sèche les projections pour aller voir ce qui nous tente davantage – bien sûr pour moi les quelques films de ou sur l’Afrique ! Première découverte, première satisfaction : Buyenzi, l’unité dans la diversité (1999, 26 min, distr. Lorelei), du Burundais Joseph Bitamba (dont on peut lire une interview dans Africultures 7, ainsi que le bien que nous pensions de Le Métis). Rachid est taxi-vélo à Bujumbura et nous introduit à son quartier : Buyenzi. Mais le regard n’a rien de touristique : ce quartier est une véritable mosaïque habituée à accueillir les étrangers. Le propos de Bitamba est de montrer combien la tolérance développée ici est prophétique pour ce pays déchiré par les violences et les massacres répétés entre Hutu et Tutsi. Tolérance entre religions, développée par l’éducation, entraide et respect des traditions, et même métissage comme fer de lance d’une lutte pour l’indépendance : Bitamba égrène subtilement les thèmes sans jamais se faire démonstratif ou pédago. C’est clairement grâce à son sens d’une image signifiante où le détail fait mouche et d’un montage en équilibre entre exemples et témoignages sans jamais mettre en cause l’attention à la vie. Etonnant témoignage, Bye bye Apartheid (Olivier Mérou, France, 2000, 57 min., www.hold-up.com) campe Evita Bezuidenhout, que chacun connaît en Afrique du Sud pour avoir été une humoriste de l’apartheid. On imagine ce qu’elle a pu sortir comme jokes graveleuses. Lorsque Desmond Tutu lui demande de se racheter en parcourant l’Afrique du Sud pour appeler à voter aux élections de 94, elle engage un nouveau combat : convaincre des bienfaits de la nouvelle démocratie. Elle y met tout son art et arrive à faire rire Noirs et Blancs sur les erreurs passées. Son humour ne fait pas de cadeau, si ce n’est d’attribuer à l’Europe les graines de l’apartheid. Est-ce le fait qu’elle est travestie qui permet à cette sorte d’ironie tragique de porter juste alors que les blessures sont encore si vives ? La déchirure du personnage ne manque en tout cas de convoquer la difficile mue de sortie de l’apartheid. Entrecoupé de plans fixes en noir et blanc filmant des personnages que l’on entend en voix-off, mais aussi de plans burlesques d’Evita elle-même, le film s’affirme à la fois comédie et documentaire et offre une vision pour le moins originale de l’Afrique du Sud post-apartheid. De quoi j’me mêle (Ibrahima Saar, ateliers varan, 1999, 15 min.) est à la fois un regard ethno à l’envers et une lettre au père : de vieilles recettes périlleuses, mais Saar trouve les détails qui touchent, du métro impersonnel au Paris-Dakar d’une fête foraine, d’une manif gay au dieu travail (« première chose qui m’a frappé dès que j’ai foulé la terre des toubabs »), et cette pendule dans les jambes qui fait aussi courir le réalisateur quand autour de lui le temps presse pour tous. Honnête exercice de style, ce petit film gagnerait en profondeur en développant le regard qu’il évoque à la fin, celui de la caméra plutôt que celui du commentaire, qui lui permettrait de se hisser à la hauteur du cinéma. Le Daara de Coki, du même réalisateur (52 min.), procède, avec un commentaire insistant mais de belles images, à un état des lieux forcément subjectif d’une des plus grandes écoles coraniques de Dakar. On est intéressé, mais on cherche le regard critique, le point de vue qui permettrait au film de se hausser lui aussi à la hauteur évoquée. Essai de fin de FEMIS, Nou té passé (Djibril Glissant, 1999, 13 min.) est à prendre en tant que tel. Il réjouit par les tentatives qu’il pose : parler et faire parler du possible en Guyanne. En 13 minutes, des jeunes vont nous demander « Tu vas pas te baigner ? », « Tu vas pas danser ? » tandis que quelques inconnus en plan fixe nous expliquent ce qu’il faudrait faire pour développer le pays. Il n’y aurait qu’une lagune à traverser, dont la jetée est déjà bâtie, suggère un long plan fixe, tandis qu’à la fin du film, une chanson en créole nous est traduite : « Construire pour démolir, tu l’as oubliée la simplicité ». Prometteur. Aminata et ses copines (Juli Lojkine, 26 min.) ouvre un œil amusé sur quelques jeunes femmes noires de banlieue, et les laisse se faire des confidences sur le mariage, les rapports aux parents, l’avenir… Séances de coiffure, de divination ou achats ponctuent un flux interrompu de cette parole de la banlieue, faite d’altercations, d’images et d’exclamations, car c’est bien le langage le sujet du film : comment on se vit par les mots. Une comparaison avec Les Bijoux de Khady Sylla (Sénégal) vu au dernier Fespaco serait révélatrice : filles d’ici et de là-bas sur les mêmes thèmes dans le même contexte, avec les mêmes aspirations, où le langage marque la différence de vécu.
Dernière surprise, et de taille, un petit film militant sans prétention, Prison pour rien ou conséquences et dégâts de la non-régularisation des sans-papiers (20 min.), qui révèle que 4,7 % des personnes incarcérées en France sont simplement des sans-papiers. Incroyable mais vrai : près de 5000 étrangers sont ainsi emprisonnés chaque année sans avoir commis aucun délit que celui de n’avoir pas les bons papiers… Le film est centré sur le cas de Kalidou pour qui l’absurde devient extrême : vivant depuis 11 ans en France, il pourrait être régularisé mais ne le peut pas car, étant arrêté sans papiers, il est également condamné à des interdictions de séjour qui l’empêchent d’avoir des papiers etc… Et le voilà qui additionne la prison jusqu’à en faire 2 ans ½ ! Nous reprendrons prochainement sur le site des informations sur ce problème et l’association de lutte dont voici déjà les coordonnées : Association de soutien aux sans papiers en prison pour défaut de papiers – 69, boulevard Lannes – 75016 Paris – Tel/fax : 01 45 04 17 62 (Maryse) ou 06 09 21 75 50 – Ainsi que le réalisateur Bruno Delelis : 01 43 41 81 94 ou 06 03 59 46 94. Désolé pour les films non vus, merci de m’avoir suivi jusqu’ici. Africultures fera l’année prochaine en juin un dossier spécial sur les Aubenades de la photographie. Une programmation africaine est envisagée avec Lussas en parallèle, occasion de mieux faire connaître le documentaire africain. Nous vous tiendrons au courant !

Article uniquement disponible sur Internet///Article N° : 2309

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La Terre des âmes errantes
Les Enfants du Blanc
Km 250
Algérie, la vie quand même





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