« Ma musique est une arme culturelle, plus puissante que la politique »

Entretien de Fred Ebami et Marc Alexandre Oho Bambe avec Blitz the Ambassador

A l’occasion du lancement de son deuxième album Afropolitan Dreams à Paris le 28 avril dernier, les artistes Marc Alexandre Oho Bambe et Fred Ebami ont échangé avec Blitz the Ambassador.

Qui est Blitz ?
Je suis ghanéen, rêveur depuis toujours, infatigable travailleur aussi. Je cherche à apporter ma contribution au développement et au rayonnement du continent africain, pas seulement du Ghana, mais de toute l’Afrique. Je me souviens, avec mon père, on allait au Togo, au Burkina… Avant ces voyages, pour moi les frontières étaient un grand mur infranchissable entourant le Ghana. Quand mon père m’a montré la simple barricade qui représentait la frontière avec le Burkina, je ne l’ai pas cru : cette simple barricade ne pouvait pas être ce qu’on appelait « frontière ». Je me suis alors rendu compte qu’il n’y avait pas de mur ailleurs que dans nos têtes, ma vision de la vie a changé complètement, j’ai réalisé que nous étions mentalement confinés dans des états d’esprit qu’on nous imposait, ces frontières ont été dessinées par d’autres, dans le but de nous enfermer sur nous-mêmes. Je veux effacer les frontières, les limites, mais mon discours n’a rien de politique, car je pense que la politique sépare les peuples. Mon discours est celui d’un artiste, d’un acteur culturel, qui pense que par le langage et la culture, on peut rassembler.

Afropolitan Dreams est le titre de ton dernier album. Quelle différence fais-tu entre rêve afropolitain, rêve americain, ou même rêve français ?
Le rêve afropolitain s’ancre dans un retour vers le continent africain, de mon point de vue, les rêves américain, ou français, sont basés sur la logique d’aller et réussir aux Etats-Unis ou en France, y rester et se fondre dans la société occidentale.
Alors que le rêve afropolitain est porté par de jeunes Africains dynamiques qui sortent de leurs frontières, mais ont l’intention et la conviction de revenir en Afrique pour contribuer à son développement économique, culturel, structurel. Voilà la différence : l’intention du retour.

Comment définis-tu le terme « Afropolitain » ?
Pour moi un Afropolitain est un jeune Africain qui a la chance de voyager, physiquement, culturellement, quelqu’un qui a l’opportunité d’appréhender plusieurs modes de vies, rencontrés en Europe ou dans les autres pays d’Afrique. Etre Afropolitain, c’est également tendre vers une forme de panafricanisme, revenir toujours à l’Afrique.

L’Afrique… Que penses-tu de ce qui se passe sur le continent en ce moment ? Politiquement, économiquement, culturellement?
L’Afrique est en banqueroute, nous avons un problème de langue et de culture, je suis ghanéen, et le Ghana est entouré par des pays francophones (Côte d’Ivoire, Togo et Burkina Faso), nous n’avons aucun échange avec eux, mais nous avons des échanges avec le Nigeria, qui est situé trois pays plus loin, c’est ahurissant !!!! Comme nous sommes anglophones, les échanges culturels et économiques sont d’autant plus difficiles avec nos voisins francophones. Peut-être la solution serait-elle d’avoir une langue africaine unique, nous pourrions échanger plus facilement avec le Togo, partager avec le Burkina…etc. Mais peut-être que les pays occidentaux l’ont voulu ainsi, pour nous garder séparés… Par exemple, le Rwanda après le génocide a décidé de ne plus être francophone et en deux ans le pays tout entier a changé, l’anglais est devenu la première langue, cela prouve bien que rien n’est impossible, si on a la volonté politique.
Culturellement, il n’y a pas de sponsor pour promouvoir notre culture. Si je vais en tournée en Afrique c’est à mes propres frais ou par le biais de l’Alliance française, le British Council, l’Institut Goethe…etc. Nos propres dirigeants ne nous accordent aucune valeurs, ne respectent pas ce que nous créons, n’investissent pas dans notre propre culture… Pourquoi?

Monsieur l’Ambassadeur, votre musique est-elle une arme politique ?
Non pas du tout, ma musique est une arme culturelle, je ne crois pas en la politique. Je crois à la culture, et la culture est à l’extrême opposé de la politique telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, au Nord comme au Sud, pour diviser…
Ma musique est une arme culturelle, plus puissante que la politique, et je l’utilise pour que nous soyons tous connectés les uns aux autres, par nos joies, nos peines et nos envies maladives communes de faire le bien. Je suis un ambassadeur culturel, ambassadeur de la culture Hip Hop, de la culture Africaine défenseur de la beauté !

Es-tu Afroptimiste? Quelle est ton ambition pour l’Afrique?
Je veux d’abord être un lien entre l’Afrique et l’Afrique, ensuite contribuer à créer des liens entre l’Afrique et le monde. Je n’ai jamais été pessimiste envers l’Afrique, car je connais le potentiel du continent africain. Suis-je déçu et triste parfois? Oui, quand j’entends que des filles sont kidnappées au Nigeria par un fou qui se cache derrière une religion, oui je suis triste et j’ai mal à l’Afrique quand elle part à la dérive, quand nous cessons de faire communauté de valeurs, et devenons une mauvaise copie de la société européenne… Quand nous ne sommes plus nous-mêmes, perdons le sens du partage, du coeur, quand l’appât du gain prend le dessus. Nous avons besoin de leaders qui éradiquent la corruption, nous devons faire plus pour l’Afrique

Revenons à ton album, raconte-nous la genèse du très introspectif Afropolitan Dreams.
Cet album est une expérience vitale. Quand j’ai fait l’album précédent NATIVE SON, j’ai raconté mon histoire, après j’ai eu le sentiment de ne plus rien avoir à dire. Il m’a fallu un an et demi, pour me remettre au boulot. Je me devais de commencer à raconter l’histoire de l’Afropolitan Dreams. Mon Afropolitan Dreams a commencé quand je suis arrivé à Brooklyn, ce sont les tribulations d’un jeune africain aux Etats-Unis…Et le prochain album, reprendra l’histoire où s’arrête celui-ci, quand l’Afropolitain revient en Afrique…

Raconte- nous le concept de ton précédent EP Stereolive ?
Ce live est le premier, j’ai eu la chance de pouvoir ramener ma vision, porté par de la musique live. J’avais toujours voulu avoir un orchestre, mais je n’en avais pas les moyens au début. Ensuite j’ai rencontré un musicien, puis un autre et ainsi de suite. J’ai monté une équipe autour de ma vision artistique. Ce fut un moment crucial pour moi, et c’est ce projet qui m’a fait connaître en Europe…

A quoi ressemblerait ta musique, si elle était une toile ?
C’est une bonne question, ce serait une œuvre colorée, un mélange de matières et couleurs, un mix de tout, moi jetant de la peinture sur un mur, des coupures de The source et Vibe magazine, parce que ma musique c’est un peu ça… Un collage.

Parlons football…le Ghana va participer à la prochaine coupe du monde…
Nous n’allons pas participer à la Coupe du Monde, nous allons la gagner !!!! (rires) En 90, je portais le maillot de Roger Milla et supportais le Cameroun, mais là, nous avons un effectif très fort, et si nous passons le premier tour, nous irons au moins en finale !

///Article N° : 12295

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© Fred Ebami
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