Mayotte, l’archipel censuré

La censure et l’autocensure à l’œuvre vues depuis un territoire : Mayotte, devenue département français, en dépit d’une vingtaine de résolutions de l’ONU (1), engendre un processus de déni que tous les protagonistes de l’histoire s’évertuent à maquiller. Mayotte efface tout ce qui la rattache à son histoire, non-française. Elle coupe le cordon qui la relie à la fratrie comorienne. Elle vit dans un basculement identitaire, fondé sur le rejet de l’héritage séculaire. Le semblable, le voisin, le cousin de l’île d’à côté, deviennent des étrangers, des migrants, des clandestins. Récemment, sur Expat.com, pouvait se lire ce commentaire : « L’idée qu’un peuple refuse son indépendance pour rester français avait quelque chose de profondément romantique ! » Enseignant en poste sur l’île, Frédéric, venu de la « Métropole », témoignait ainsi de l’attachement viscéral du « peuple mahorais » à la France. Un sujet qui ronge, perturbe, casse toute cohésion sociale, dans cet espace archipélique. Être « mahorais », signifiant une manière de sortir de l’identité comorienne. Depuis janvier 2016, une partie de la population orchestre des pogroms anti comoriens, sous l’oeil complice des autorités françaises et des médias locaux (dont le groupe Kwezi), et travaille aussi à rompre tout lien entre l’île « occupée » et la partie « indépendante ». Ce qui ramène au déni et oblige les riverains à s’asseoir sur leur histoire passée. Dénètem Touam Bona (2), professeur de philosophie ...

Connectez-vous pour lire la suite de l'article...
Si vous avez déjà un compte client sur Africultures vous pouvez saisir vos paramètres d'identification :

Si vous n'êtes pas encore abonné à la revue AFRICULTURES, vous pouvez le faire en cliquant sur Adhérer.
Les images de l'article
Image d'après une performance de la compagnie O Mcezo* sur les morts du visa Balladur, Itsandra, 2009
© Soeuf Elbadawi / Fonds W.I
Image des réfugiés, Place de la République à Mamoudzou. Mayotte, 2016
© DR
Partager :

Laisser un commentaire