Nèg Maron

De Jean-Claude Flamand Barny

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Ils traînent, tchatchent, fument des pétards, vivent de rapines dans les villas chics et de plans foireux. Ils ressemblent à tous ces jeunes désoeuvrés qui investissent dans des fringues formatées modèle rap et cultivent une langue convulsive qui leur sert d’art de vivre. Mais ici, en Guadeloupe, c’est sur un créole vivant qu’ils la batissent. Des sous-titres sont nécessaires. Plongée dans le ghetto antillais, « Nèg Maron » documente la schizophrénie ambiante de ces exclus modernes aux familles explosées. Autour d’eux le chômage et la menace d’une destruction du quartier de cases au profit du béton touristique, mais aussi des pères absents ou alcolos, un machisme exacerbé, de vieux militants isolés dans leur combat sans prise, un gouffre immense entre les générations. Flamand Barny s’intéresse cependant peu à la sociologie. Le documentaire laisse volontiers la place à une fiction traversée par la tendresse, la solidarité et les tensions du groupe. Comme dans « La Haine », le film mythique de son coproducteur et ami, Mathieu Kassovitz, la logique de ghetto est chroniquée avec la volonté de rendre ces ados à fleur de peau plus humains que les airs qu’ils ne se donnent. Il manque pourtant ici la poésie qui permettrait de rendre plus présentes ces tranches de vie. Les gros plans et caméra épaule aussi systématiques que le hachage des scènes cherchent à accentuer la tension des scènes d’action mais masquent mal un scénario trop étriqué qui virera dans un tragique facile. Silex et Josua, les deux inséparables que le drame sépare, peinent à trouver l’épaisseur qui ferait vraiment exister leurs personnages. Seul le rappeur Stomy Bugsy, en acteur confirmé, sauve la mise. Pourtant, la tentative a la générosité de la sincérité. Il y a une chaleur, une âme peut-être, quelque chose qui passe en tout cas dans cette volonté de parler aux jeunes avec leurs codes. Ce n’est sans doute pas le raccrochage trop volontariste à l’Histoire de la traite négrière que Silex et Josua découvrent sur les vieilles gravures de la maison qu’ils saccagent, comme s’ils allaient dans un musée. C’est plutôt la Guadeloupe elle-même qui est là, non en images exotiques mais en quotidien de galère, dans la simple beauté sauvage des mornes, dans la langue qui est déjà à elle seule une résistance culturelle, dans la musique omniprésente et toujours structurante. C’est elle que Josua finit par voir d’un autre oeil et qui lui permet de prendre son envol, de courir non pour fuir mais pour trouver sa liberté.

///Article N° : 3674

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