Nouveautés du disque

Décembre 2000

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Ernesto « Tito » Puentes, El Alacran (La Boutique Prod / 2Good)
Pour ses 50 ans de carrière, Ernesto « Tito » Puentes propose un album qui lui colle à la peau : El Alacran, le scorpion, son signe astrologique, mais qui décrit aussi une musique envoûtante. Le trompettiste met les choses au point : il rappelle que sa musique est afro-cubaine, et non salsa. Cinq titres assez longs pour repérer le jeu de chaque artiste, notamment : Bibi Louison au piano, Orlando Poléo aux percussions, et comme invité de marque, Manu Dibango, qu’il a connu à ses débuts en France. Une musique torride, un opus chaleureux.
Tartit, Ichichila (Network) ****
On retrouve les Touareg au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Libye et en Algérie. Au Mali, où ils ne représentent que 6% de la population, on les surnomme les « Maliens à la peau blanche », à cause de leur teint clair. Le groupe s’est formé en Belgique lors du festival « voix de femmes », et réunit des femmes touaregs autour d’un griot. Ichichila, enregistré en Belgique, traduit leur savoir-faire. « Chez les Touaregs, la musique ne s’apprend pas » : elle fait partie de leur manière de vivre. Le groupe, qui puise son répertoire dans le traditionnel, considère la musique comme un moyen de perpétuer les traditions, dont chaque membre se considère comme le gardien.
Gifted – Women of the World (Realworld / Virgin) ****
Gift, comme un cadeau, est une célébration des cultures du monde à travers la musique. Les neuf voix extraordinaires, Izzy, Susana Baca, Susheela Raman, Eleftheria Arvanitaki, Assitan Mama Keita, Yungchen Lhamo, Sheila Chandra, Estrella Morente, Shruti Sadolikar, nous offrent ainsi 12 titres aussi magnifiques les uns que les autres. A travers le chant, on voyage d’une culture à une autre, d’un continent à un autre, avec la même douceur, la même sensualité. Chaque chanson libère une atmosphère, un esprit, une spiritualité identiques. Neuf femmes du monde qui chantent le monde.
Ahmad Jamal, Picture Perfect (JFD Prod / Warner) ****
Dans ce CD qui marque son 70ème anniversaire, Ahmad Jamal offre, comme à son habitude, le meilleur de lui. Avec le temps, le pianiste le plus doué de sa génération se bonifie. Il nous livre un album très aéré, qui swingue, avec deux invités prestigieux : O. C. Smith, une voix merveilleuse, et L. Aziza Miller, elle aussi pianiste, compositeur et interprète. Ahmad Jamal se laisse aller à un jeu de piano chargé de tant de joie et de liberté qu’il évoque un percussionniste. Bon anniversaire Maestro !
Mamou Sidibé, Nakan (Cobalt/Mélodie) ***
Fille d’un balafoniste et d’une chanteuse, la Malienne Mamou Sidibé a grandi dans un environnement musical et a tout naturellement choisi la musique pour métier. A Bamako, elle rencontre Oumou Sangaré dans les années 80, auprès de qui elle apprend le métier, et s’exerce lors des cérémonies de mariage et de baptême. Comme pour s’affirmer, elle intitule ce premier album Nakan, le destin. Sa voix la distingue, légère et frêle. Son opus aux sonorités à la fois urbaines (les programmations et guitares électriques) et traditionnelles (chant, n’goni, calebasse, karignan) illustre son parcours du village à la ville.
Mahotella Queens, Sebai bai (Indigo/Harmonia Mundi) ***
Leur musique, Mbaquanga, illustre la rencontre entre musiques traditionnelles (Zulu, Sotho, Shangaan, Xhosa), musiques urbaines sud-africaines, jazz, soul et gospel. Hilda Tloubatla, Mildred Mangxola et Nobesuthu Mbadu forment un groupe qui existe depuis plus de 30 ans. Qu’elles chantent a capella ou accompagnées d’instruments, la même intensité demeure. L’album libère une énergie longtemps retenue par l’apartheid. 13 titres à travers lesquels le trio développe les thèmes d’insécurité, de jalousie, d’amour, de respect, en une parfaite maîtrise de l’harmonie, des mélodies, et de la rythmique.
Musica negra in the Americas (Network) ***
Quelles soient du Brésil, de Cuba, de Venezuela, de la Caraïbe, de Haïti, du Honduras, des Etats-Unis etc, le préfixe « afro » permet de les identifier. Les deux galettes de cet album illustrent l’héritage africain des descendants d’esclaves nés en Amérique. Selon les régions, l’Afrique s’exprime différemment, mais garde la même spontanéité, que l’on nommera parfois improvisation. Percussions aidant, l’esprit africain est au cœur de la musique.
Alain Caron, Call me Al (JMS/Sony) ***
Selon la langue qu’on utilise, Alain se prononce différemment. Pour éviter les complications : call me Al. Membre du groupe de jazz rock canadien UZEB dans la fin des années 70, le bassiste Alain Caron propose un album assez coloré, entre jazz, country, samba et musiques africaines. Cet opus synthétise toutes ses influences musicales, ses rencontres. Le bassiste virtuose, fidèle à sa réputation, insiste particulièrement sur les harmonies, comme un certain Jaco Pastorius à une certaine époque. A ses côtés, on retrouve comme d’habitude, le saxophoniste François d’Amours et surtout son compagnon de longue date Paul Brochu. 9 titres pour 62 minutes de rêve.
Leïla Chicot, Excess (Section Zouk) **
Femme fragile, romantique, sensuelle, la chanteuse antillaise Leïla Chicot use de l’amour dans tous les sens. Les secrets, l’espoir, la séparation, la tendresse, l’envie, la nostalgie, la raison, le bonheur, la violence, la jalousie… tous les ingrédients du zouk love sont là ! Cette musique, qui a connu ses heures de gloire au début des années 90 est en perte de vitesse. Tous les artistes qui la pratiquent donnent l’impression de s’essouffler ou d’être en manque d’inspiration. La musique est bonne, certes, mais les mélodies se ressemblent pratiquement toutes.
Sonia Dersion, Initiation (Section Zouk) **
« Natirel », extrait du premier album de Sonia Dersion lui valut un succès en Afrique et aux Antilles. Initiation marque une certaine évolution. Quelques zouk love, histoire de mettre ses fans en appétit, et quelques rencontres africaines et zouk Rn’b : un duo avec la chanteuse camerounaise Joëlle Esso dans An jou ou avec le Congolais Kaysha dans Sacrifice. Un album sans prétentions.
Masdongar, Let the Sunshine (Cobalt / Mélodie) *
Clément N’gar ygam Masdongar a grandit au Tchad, à Fort Lamy. Alors que son pays se déchire, il est enrôlé à l’âge de 10 ans dans l’orchestre national. Il y fait son apprentissage. Deux années plus tard, il est danseur, batteur et joueur de balafon. En 1977, il est engagé par Maurice Béjart. En 1980 on le retrouve à Dakar, puis en 1982 à Paris où il devient comédien. Il se passionne également pour la peinture. « Mariam« , son premier album lui vaut le prix des auditeurs de RFI. En 1990, il sort un second album, « Anastasia » et le ressort avec Let the sunshine, qui n’a pas connu à sa première sortie le succès escompté. Difficile de suivre cet artiste très éclectique, aux accents « rock » soutenus par des sonorités africaines.

///Article N° : 2035

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