Nouveaux réseaux de création cinématographique en Afrique

Table-ronde au festival de Cannes 2016

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La Fabrique des cinémas du monde est un dispositif de soutien à dix projets de premier ou second long métrage des pays du Sud ou émergents pour que les réalisateurs et producteurs rencontrent des décideurs porteurs de reconnaissance, financement et diffusion. Elle est basée dans un stand du village international au festival de Cannes. Durant l’édition de mai 2016, une table ronde animée par Emilie Pianta Essadi, responsable du pôle cinéma du monde à l’Institut français, a groupé les partenaires de l’Institut dans le soutien à la création cinématographique en Afrique, et notamment les récentes initiatives de développements de projets de films.

Après une présentation de la Cinémathèque Afrique de l’Institut français par Véronique Joo’Aisenberg, Gabrielle Béroff-Gallard, coordonnatrice générale de la Fabrique des cinémas du monde, a présenté plus en détail ce dispositif. 130 candidatures en 2016 pour 10 élus, invités à Cannes sur dix jours mais coachés en amont. Ils sont recrutés sur projet de scénario, note d’intention, synopsis, profil du réalisateur et du producteur, plan de financement et liens vers les œuvres existantes. Et peuvent à Cannes rencontrer de potentiels coproducteurs. Les retours permettent de peaufiner le scénario. Depuis trois ans, l’accent a été mis sur l’Afrique grâce au partenariat avec l’Atelier Grand Nord au Québec.
Justement, Elaine Dumont de la SODEC était là pour présenter cet Atelier qui fonctionne depuis 13 ans, avec 200 scénarios développés dont 40 ont vu le jour en tant que film. Les partenaires étaient la France, la Belgique, le Luxembourg et la Suisse mais depuis trois ans se sont ajoutés l’Organisation internationale de la Francophonie et l’Institut français. 14 scénaristes et 7 consultants sont mobilisés pour soutenir des projets qui en sont en général déjà à la deuxième version du scénario : « il est en effet plus aisé de soutenir efficacement lorsque le scénario est déjà assis », a indiqué Elaine Dumont, le but étant « d’accompagner un auteur pour faire le film qu’il veut ». Trois rencontres d’une heure et demie avec un consultant permettent à chaque porteur de projet d’avancer mais tous les scénarios sont également discutés durant des plénières, le tout se situant dans un hôtel de l’Ouest québécois fin janvier, où le froid est si vif qu’il n’y a plus qu’à travailler !
C’est l’occasion d’un regard multiculturel sur le scénario qui permet d’avancer vers des codes que peuvent comprendre tous les auditoires, si bien que sur 40 films réalisés, une bonne moitié a disposé de coproductions, facilitées par une soirée de rencontre avec des producteurs québécois. Des Rencontres de coproduction francophones sont en novembre une suite logique de l’Atelier Grand Nord, où les producteurs viennent présenter les projets avec une vidéo de cinq minutes, des photos de plateau, des éléments d’ambiance qui permettent d’appréhender le film en devenir.
Souad Hussein a présenté le Fonds d’aide à la production mis en place depuis 1988 par l’Organisation internationale de la Francophonie, qui regroupe 80 pays. « On est plus dans les tables rondes des lamentations ! », s’est écriée Souad Hussein en insistant sur les collaborations entre institutions qui font évoluer l’existant. Cependant, l’écriture reste le talon d’Achille, le maillon faible de la production cinématographique en Afrique. Cette pierre d’achoppement fait rater à de nombreux films la chaîne du financement.
Le Fonds d’aide étant moins doté qu’autrefois, l’objectif est moins aujourd’hui de soutenir beaucoup de projets mais de les rendre plus solides. Souad Hussein insiste sur « l’embellie actuelle des cinémas d’Afrique » : les Etats s’y intéressent, les jeunes se mobilisent, ce qui motive l’OIF à soutenir le renouvellement des talents et aider les jeunes à propulser leurs projets à l’international, et cela en sortant de la logique de guichet pour aller vers une politique d’accompagnement de projets pour que ce soit la qualité et non le quantitatif qui soit au rendez-vous. « Les initiatives de terrain doivent venir à nous, notre rôle étant de les renforcer », a-t-elle ainsi précisé avant d’évoquer les partenariats avec Ouaga Film Lab, Film écriture en Tunisie, la bourse d’Amiens, Meditalents, l’Institut français, la bourse de Durban, les rencontres de coproduction de la SODEC, etc.
Edy Payet, responsable de l’Agence Films Réunion, a indiqué que depuis La Sirène du Mississipi en 1969, seulement cinq longs métrages avaient été tournés à la Réunion malgré la diversité de paysages et de cultures qu’offre cette île française dans l’Océan indien. Une première résidence d’écriture parrainée par Michel Reilhac eut lieu en 2015 pour un premier long métrage francophone. 10 candidats furent retenus sur 63 dossiers (5 Réunionais, 4 Européens et 1 Malgache), qui ont travaillé quinze jours d’affilée.
Pour présenter Ouaga Film Lab, Alex Moussa Sawadogo a d’abord retracé l’histoire du Collectif génération films, qui s’est constitué au Fespaco à la suite des événements qui ont entrainé la chute du régime Campaoré, partant de la volonté de ne pas cantonner le changement aux seuls domaines politique et social. Il ne s’agissait pas de créer une association mais une entreprise collective, une sorte de mutuelle sans budget de départ mais avec une stratégie : le laboratoire, destiné à aider les jeunes à ficeler leur dossier de financement. Effectivement, ceux qui parviennent à tourner sont le plus souvent dans une coproduction européenne. L’idée était donc de créer un labo à la dimension africaine, centré sur l’Afrique de l’Ouest. Gaston Kaboré accueille l’initiative dans son centre Imagine : dix binômes réalisateur/producteur sont réunis durant une semaine avec cinq mentors qui ont déjà préparé les choses à travers des échanges en amont.
Pour rompre avec la collusion des rôles entre réalisateur et producteurs, il s’agit de former aussi des producteurs africains. Une formation au pitch est également prévue mais aussi une rencontre avec Ecobank ainsi qu’Orange/Airtel pour étudier les contributions possibles des entreprises africaines.
Quant à Elias Ribeiro, il a clos les présentations en présentant Realness, une résidence de scénaristes africains basée en Afrique du Sud, initiée par Urucu Media. Après l’examen de 175 projets de 29 pays africains, cinq scénaristes ou réalisateurs vont suivre la résidence prévue sur sept semaines de juin à août 2016 afin de développer une nouvelle version de leur scénario grâce à une bourse de 15 000 rands et tous les frais couverts. Ils pourront ensuite participer à la Fabrique des cinémas du monde de Cannes, à l’EAVE Producer’s Workshop et Torino Film Lab en 2017. Les cinq lauréats sont Luck Razanajaona pour Disco Africa (Madagascar), Amirah Tajdin pour Hawa Hawaii (Kenya), Wim Steytler pour Uitlander (Afrique du Sud), Sheetal Magan pour The Day and Nigt of Brahma (Afrique du Sud) et Hiwot Admasu pour A Fool God (Ethiopie).

///Article N° : 13634

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