Pour contrer la dictature des égouts

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De récentes publications reviennent sur l’œuvre et la personnalité de Malcolm de Chazal. Mais les lecteurs y trouvent-ils réellement leur compte ? L’auteur dénonce certaines pratiques éditoriales.

Cela faisait longtemps que Malcolm de Chazal n’avait eu les honneurs de la presse française, notamment ceux du Monde des livres qui en 1974 avait, sous la signature de Franck André Jamme, salué « le retour du magicien » lors de la parution de L’homme et la Connaissance.
Le plus récent en date est celui du Magazine Littéraire de septembre 2011, intitulé « Malcolm de Chazal, le magicien mauricien ». Et voici que la machine s’emballe en ce début d’automne parisien 2011 et que plusieurs signatures – et non des moindres – s’associent pour mettre en valeur l’œuvre chazalienne. Là où le bât blesse est que cette mise en valeur part de produits très contestables fraîchement sortis des presses d’une maison d’édition. Le concert de louanges entourant la parution de deux ouvrages signés Bernard Violet chez l’éditeur Philippe Rey est largement disproportionné au regard de leur contenu.Qu’en est-il au juste ? Le premier ouvrage s’intitule À la rencontre de Malcolm de Chazal qui n’est que la réédition sous un autre titre de l’ouvrage intitulé L’ombre d’une île Malcolm de Chazal paru en 1994 à l’Éther Vague à Toulouse. Mis à part un changement de dédicace, une réécriture maladroite de l’introduction devenue « prologue », plusieurs photos en moins (et de moins bonnes) et un entretien inédit avec le poète-président sénégalais Senghor, cette réédition n’apporte rien de nouveau. En 1994, la parution de cet ouvrage méritait d’être saluée comme un événement : les chazaliens et le public en général découvraient tout à coup de nouvelles clefs pour comprendre Chazal et, surtout, pléthore de photos de celui qui n’aimait plus être photographié. Par contre, la recherche a évolué et cette réédition nous apporte la preuve que l’auteur tente de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. En effet, l’édition de 1994 nous présentait sept textes inédits de Malcolm de Chazal que l’édition de 2011 reprend. Entre-temps, cependant, il est apparu que deux d’entre eux, présentés comme des réflexions isolées, ne sont que des parties d’une plus vaste réflexion sur Le Message de Sens-Plastique, dont la Fondation Malcolm de Chazal détient aujourd’hui le manuscrit grâce à Martine Hatswell, que Malcolm de Chazal écrit en août 1960 et que la Fondation a publié in toto dans le numéro 25-26 de la revue mauricienne L’Atelier d’écriture (juillet-août 2011). Mais sans doute l’auteur l’ignorait-il !
Le second ouvrage, détestable pour le moins, intitulé Malcolm, la princesse et le dromadaire, est une œuvre de paparazzi tournant autour de la rencontre de 1969 entre Malcolm de Chazal et la Princesse Indira Devi – la deuxième rencontre, car Malcolm de Chazal et la Princesse s’étaient déjà rencontrés brièvement à Maurice en 1968 fort heureusement en l’absence de M. Violet. En 170 pages plus quelques annexes, l’auteur de cet ouvrage va s’efforcer de – dit-il – « replonge(r) dans (s)es souvenirs lointains » et dans ses « archives de l’époque » pour en sortir « un Malcolm de Chazal ébouriffant » et ajoute-t-il, goguenard, « tout y passe : grossièretés, délires, manigances » sur fond d’images de cette rencontre avec, pour commentaires, des aphorismes de Malcolm de Chazal. Mais, au bout du compte, une fois ces 170 pages lues en dépit de leur voyeurisme désagréable et de leur constante détermination à cultiver l’effet du paparazzi déversant le contenu d’une poubelle pour se faire valoir, qu’avons-nous appris ? Que pouvons-nous tirer de cette insistance nauséabonde à transformer Malcolm de Chazal en une espèce d’épouvantail, de comploteur, d’enfant mal élevé se complaisant dans de basses intrigues ? Apprenons-nous un élément, un seul, qui permette de mieux apprécier l’auteur de Petrusmok, le révélateur de cette île Maurice mythique qui manquait à notre imaginaire ? Non : nous avons seulement perdu notre temps et 32 euros… Violet rend hommage dans son avant-propos à son « éditeur tenace » : vous me permettrez de ne pas m’associer à cet hommage !
Finalement, heureusement que pour nous, insulaires confortablement et heureusement loin de ces acrobaties tendant à faire prendre des vessies pour des lanternes et des nullités pour des génies, nous avons eu notre événement à notre humble échelle. Il y a eu notre modeste 2011 année Malcolm de Chazal pendant laquelle deux cents personnes ont entendu une conférence inédite sur Malcolm de Chazal et la politique, six cents collégiens à travers l’île ont été sensibilisés à cet artiste intégral, trois cents enfants de 10 à 14 ans issus de villages et de quartiers ont peint à la Malcolm, sept cents spectateurs ont assisté aux représentations du 1er Festival du théâtre chazalien sortant de l’ombre deux pièces jamais jouées datant de 1954, plusieurs inédits ont été publiés en France et localement avec pour la première fois des volumes de contes… et j’en passe !
Comme Malcolm de Chazal l’écrivait en 1970 dans Le Mauricien concernant la révolution de l’art qu’il apportait, « que ce message vienne de l’île Maurice – ce point dans l’océan – c’est cela qui est extraordinaire ». Et, finalement, le seul à avoir raison est encore Malcolm de Chazal ! Dans Autobiographie spirituelle (dont Christophe Cassiau-Haurie et moi avons assuré l’édition chez L’Harmattan en 2008, suite au don généreux et désintéressé du manuscrit par Jeanne Gerval-Arouff), Malcolm de Chazal écrit : « Ce papillonnement c’est tout Paris. – Le brillant prime sur le profond. »Vous saviez la vérité, déjà, il y a 35 ans ? Merci, Malcolm : laissons donc les parisiens à leurs conjectures.

Article paru dans Le Mauricien, le 11 octobre 2011///Article N° : 10440

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Les images de l'article
© Philippe Rey
2011 Année Malcolm de Chazal
© Aé/Robert Furlong




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