Quand DTone donne le ton

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Du 5 au 25 juillet 2014, l’artiste DTone expose à la Galerie Jacques de Vos (Paris 6e) et aborde avec Pop-Up Store, le vélo, les couleurs primaires, Félix le Chat et Spike Lee à travers des toiles, des appliques murales, des planches de skates, des sacs à dos et des habits. Portrait.

Il est là, dans cette rue chic du 6e arrondissement située dans le quartier Saint-Germain-des-Prés. Rastas jusqu’aux genoux, barbe longue, pantalon retroussé et tatouage tribal sur le genou, Jean-Marie Compper aka DTone expose à la Galerie Jacques de Vos (Paris 6e) depuis le 5 juillet 2014. Un lieu qu’il a souvent fréquenté puisque sa rencontre avec le maître des lieux, Alex de Vos, remonte à une dizaine d’années. C’était dans un magasin de vélo. Les deux hommes sympathisent puis se croisent lors d’un vernissage, découvrant leur goût mutuel pour l’Art. «  Je lui ai parlé de mon travail, il est passé voir mes toiles puis m’a dit : on signe quand ? « , se souvient DTone avec amusement.
Exposant dans l’Espace Seven (art contemporain) de cette galerie d’art déco, DTone y trouve sa place, taquinant même avec l’organisation des lieux en accrochant deux de ses toiles côté Art Déco, dont sa préférée, un polyptyque représentant son  » bébé bouledogue  » Fiona, précédemment réalisé dans le cadre de son expo Style & Fashion (2012). Un chien en camaïeu de beige et marron, portant un bandana bigarré de sigles Louis Vuitton multicolores sur cinq cadres aux couleurs primaires,  » des couleurs que l’on retrouve ensuite déclinées sur mes autres créations« .
Dans  » street art « , il y art
Depuis vingt-trois ans que DTone expose, il préfère aujourd’hui les galeries aux lieux non-dédiés à l’Art (restaurants, soirées…)  » où les gens ne sont pas là pour ça « . Son objectif ? Rassembler dans un lieu commun et forcer certains à aller dans des galeries «  où ils n’ont jamais mis les pieds « . Interrogez le sur la place du street art (art urbain ou art de la rue né selon certains, dans les années 1968, selon d’autres avec le mouvement hip-hop dans les années 1980, NDLR) dans le monde de l’art, il vous répondra tout de go :  » Quand j’ai commencé à dessiner sur toile en 1992, le terme  » street art  » n’existait pas. Dans  » street art « , je ne retiens que  » art « , pas  » street « . Pour moi, je fais de l’art contemporain « .
Benjamin d’une famille de trois enfants, DTone est né à Savigny-sur-Orge (91) en 1971. Son enfance, rythmée par des allers-retours entre la métropole et la Guadeloupe et marquée par l’écart d’âge entre ses frères et sœurs aînés, l’a souvent amené à jouer seul  » ça développe l’imagination « . Élève  » feignant  » et dyslexique à l’écrit («  quand on me donne un mot, je le vois en image « ), DTone a pour héros Guy Degrenne, ce fabricant de couvert dont la publicité «  Guy Degrenne, vous ne ferez jamais rien dans la vie  » a marqué les esprits.

Pub TV Guy Degrenne 1984 par Monetalis
Le Louvre, Kirikou et La Relève
Passionné de dessin depuis le plus jeune âge, DTone est encouragé par sa mère institutrice et son père secrétaire administratif qui l’envoient une fois par mois au musée du Louvre. Influencé par les toiles de la Renaissance, il y puise son attrait pour les  » grands formats « et l’anatomie.
Signant DTone pour la première fois sur un mur lorsqu’il démarre le graffiti, l’artiste justifie ce pseudo ainsi : «  À l’époque c’était la mode des noms, une consonance hispanique  » DTUno  » et ça me permettait de taguer vite. Cela signifie  » qui n’est pas dans le ton « . Je préfère regarder la mode me suivre plutôt que d’être dans le ton « .
En parallèle de son parcours de chanteur dans le groupe reggae La Relève arrêté en 2000 ( » il fallait miser sur l’une ou l’autre carrière pour gagner ma vie « ), DTone suit des études en dessin publicitaire puis en narration figurative, travaille comme assistant de production sur le long-métrage animé Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot ( » qui travaillait à l’ancienne, c’était très intéressant « ) puis expose ses œuvres et commence à en vendre.
Pop-art, Brooklyn et création
Sa première toile, un contre-collé entre pop-art et graffiti («  je n’avais pas d’argent pour acheter une toile « ), il l’a vendue en tout anonymat par le biais de la sœur d’un ami, une lycéenne dont un trentenaire était tombé fou amoureux :  » Elle s’était avancée en disant qu’elle était artiste. Il lui a dit qu’il voulait acheter ses toiles mais elle n’en avait pas. Grâce à elle, j’ai pu en vendre trois« .
Si les influences de l’exposition Pop-Up Store sont multiples – de Félix le chat, personnage des années 1930, à Spike Lee pour le clin d’œil à Brooklyn ou les guidons moustaches en référence à Marshall-Walter Taylor (cycliste Noir américain champion du monde de vitesse en 1899, NDLR) – DTone n’aime pas les nommer, reconnaissant qu’à ses débuts, pour ne pas se faire influencer : «   je m’interdisais de lire des magazines d’art ou d’aller à des expositions « .
Pour lui qui aime  » inventer et non reproduire  » et a trouvé son style entre la peinture et le dessin ( » un trait noir et un camaïeu de couleur sur les visages « ), l’inspiration est un moteur central : » Ce qui m’impressionne avant tout dans le travail d’un artiste, c’est la création. Quand tu te dis : pourquoi n’y ai-je pas pensé ? « . Il s’interroge d’ailleurs «  sur artistes drogués, introvertis ou qui sombrent dans la folie pour trouver ou garder l’inspiration « . Et sur le plagiat, cet acte de non-personnification : «  La pire chose qui soit pour un artiste, c’est d’être le fantôme de celui qui l’a inspiré « .
100% travail et persévérance
En Guadeloupe, DTone n’a pas exposé depuis onze ans parce qu’il ne s’y rend qu’en vacances, chaque année. Et s’il reconnaît que l’accès à l’art n’y est pas évident, il constate que «  l’artisanat d’art y a le vent en poupe« . D’ailleurs, en tant qu’artiste ayant grandi entre deux territoires, l’homme se définit comme «  l’artiste, le Noir, le rasta, tout ça à la fois. Et oui je suis rasta, mais je ne fume pas, je ne bois pas « .
Si son Art le fait difficilement vivre («  l’avantage, c’est que je ne mange pas de viande  » déclare-t-il avec humour), DTone n’en demeure pas moins motivé à l’idée de continuer d’avancer. Reconnaissant que pour beaucoup de gens «  l’Art et le sport ne sont pas pris au sérieux, c’est du loisir « , il rappelle aux jeunes artistes qui ne voient «  que le résultat et la gloire » que c’est avant tout  » beaucoup de travail » selon la règle suivante: « 100% de travail et de persévérance et 0,01% de feeling « .

Exposition Pop-Up Store du 5 au 25 juillet 2014, Galerie Jacques de Vos 7 rue Bonaparte 75006 Paris, métro 4 arrêt Saint-Germain-des-Prés. Plus d’infos : Page Facebook de DTone ///Article N° : 12324

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© Anglade Amédée
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