Silence, d’Edimo Dikobo

La recherche étranglée

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Le scénario d’Edimo Dikobo veut amener les chercheurs et les malades africains à fabriquer et à consommer leurs produits.

Ce 26 minutes s’inscrit dès le départ dans la durée : « Je t’ai envoyé ici sur terre pour protéger le peuple. Je te donne 30 minutes pour trouver l’antidote ». Comme un écho, ces paroles réveillent ce jeune malade mental couché dans un coin de la rue. Ancien étudiant à la faculté de médecine, il s’interroge sur l’absence des produits fabriqués localement dans les pharmacies en Afrique. Vantant la diversité de l’écosystème des forêts tropicales, il s’attarde sur les espèces grâce auxquelles on peut fabriquer des médicaments, avant de revenir sur la paternité réelle de la découverte d’une maladie « la trembologie » (maladie de Parkinson) par un chercheur africain, puis piratée par les chercheurs occidentaux.
Ces 26 minutes seront suffisantes pour que les interventions du défunt Pr Etamè Ewanè, inventeur et père de l’Hémolya, médicament contre la drépanocytose, ou encore celles du Dr Ekotto Mengatta, inventeur de l’Hépazor, produit traitant six formes d’hépatite, apportent un éclairage aux interrogations de ce malade mental. Chacun explique la démarche scientifique entreprise dans la découverte et la fabrication de son produit. L’inventeur de l’Hépazor ne manque pas d’évoquer la piraterie et la tricherie qui prévalent dans la recherche et l’incitent à faire route seul. « Je ne refuse pas la coopération avec les autres chercheurs, mais elle doit être honnête et sincère. Donc, je joue carte sur table « .
Réalisé en 2004, « Silence » est ancré dans l’analyse sociale du réel. L’auteur y fait part de ses préoccupations, interroge situations et contextes. Se servir ainsi d’un malade mental comme porte-parole du peuple dilue-t-il son message ? Non : la recherche d’une écriture nouvelle évite de sombrer dans le sérieux pour décrier un thème aussi grave. Choisi comme personnage principal, le malade mental dit des choses pertinentes. Le sérieux est ainsi tourné en dérision, dans un exercice ludique et des symboles, comme cette flamme qui sert à conjurer et à purifier la conscience des Africains qui ignorent encore les vertus présentes dans leurs environnement ! La musique originale de Donny Elwood accompagne le tout de belle façon.

///Article N° : 3872

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