Sony Labou Tansi

Edition critique par Claire Riffard et Nicolas Martin-Granel

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Cet écrivain congolais disparu il y a 20 ans connaît une notoriété posthume quelque peu inattendue, et due en grande partie à plusieurs études et rééditions de son œuvre depuis 2 ans.
Non qu’il ait passé inaperçu de son vivant. Il est « découvert » à Brazzaville avec le Rocado Zulu Théâtre, par Gabriel Garran, qui dès 1985 va monter à Liège puis à Paris au Palais de Chaillot la pièce de Sony : Je soussigné cardiaque. Le festival annuel des Francophonies à Limoges avec Monique Blin, invitera à son tour et plusieurs fois les pièces de Sony qui fascinaient par leur audace et leur originalité. Cependant qu’à la même époque paraissaient ses romans truffés de « tropicalismes » secouant cette bonne vieille langue française pour la plus grande joie de ses lecteurs.
Car Sony savait brutaliser la langue sans la violer, encore moins la détruire, trop conscient du précieux instrument par lequel il pouvait réaliser son projet : exprimer, communiquer sa profonde révolte devant les dérives politiques et la détérioration sociale de son pays ; mais aussi la variété et l’intensité de ses sentiments, amour, amitié, compassion, angoisse, tendresse. La très grande liberté avec laquelle il traite et bouscule le français lui permet de le sculpter selon les formes multiples de son désir. Cette langue assouplie ainsi devient sa chose, sans jamais cesser d’être cohérente et accessible au lecteur.
Ce qui n’est pas le cas de beaucoup de scripteurs ayant tenté l’aventure !
La réputation de Sony est donc méritée et elle était déjà bien établie avant sa mort.
Mais comme nous l’indique l’édition du CNRS, on retrouva dans sa chambre des centaines de pages manuscrites de poèmes, de textes en prose, de brouillons de pièces, et toute une correspondance avec des amis, des metteurs en scène, des éditeurs. Et pendant plusieurs années certains collègues étudièrent et rassemblèrent pieusement ce corpus en désordre, pour en tirer les ouvrages actuels.
Ce volume du CNRS ne propose que les poèmes de Labou Tansi et il a 1250 pages ! Or sont prévues les éditions critiques de ses romans et nouvelles, son théâtre, ses lettres et entretiens.

Le principal intérêt de ce gros premier volume est de nous présenter un Sony poète pratiquement inconnu, vu que très peu de poèmes avaient été publiés. Ecartés par Flammarion comme par Présence Africaine vu que « la poésie ne se vent pas, ou mal »…
Piètre excuse mais dont les éditeurs sont coutumiers.
Certes il y a de tout dans cette collecte exhaustive opérée par C. Riffard et N. Martin-Granel. Mais on sera sensible au souffle rimbaldien, à la récurrence de certains thèmes (l’amour, la mort et l’inquiétude métaphysique : où va l’homme), une émouvante sincérité, un souci de s’exprimer primant largement sur la recherche stylistique, un refus des masques au point de paraître dénudé.
Avec leur naïveté, leurs angoisses, leurs colères, leurs maladresses, ces poèmes révèlent un Sony frère universel.
Signalons à ce propos les ouvrages récents sur Sony Labou Tansi, à savoir La chair et l’idée de N. Martin-Granel et Julia Peghini (éd. Solitaire Intempestif, 2005) qui offre les deux premières pièces de Sony ainsi que de larges extraits de ses lettres et réflexions. On n’y approche la personnalité hypersensible de l’auteur congolais, et c’est sans doute un ouvrage plus apte à le faire apprécier si on ne le connaît pas.
Voir aussi l’étude de Xavier Garnier S.L.T, un écriture de la décomposition impériale, publiée chez Khartala ; Entre sueur, salive et sang, de Great Rodriguez, Seuil 2015. Sans oublier bien sûr « L’atelier de Sony Labou Tansi », coffret par Nicolas Martin-Granel, Revue Noire 2005.

///Article N° : 13386

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