Traites négrières et complicités africaines

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De nos temps, à l’aube de toute commémoration d’événement passé, pour des raisons inavouables, certains chercheurs ou « politiques » africains tentent de réécrire une étrange histoire. Celle-ci est souvent distillée et dosée de révisionnisme évident et maladroit. Ceci pour faire croire que l’Afrique n’a toujours été que victime.

Avant l’arrivée des Européens, les Arabes avaient islamisé et influencé de nombreux empires. Leurs circonscriptions varieront par la suite, du fait des guerres saintes qui accompagnaient ce processus. Tous ces empires, du Bornou à l’Abyssinie passant par le Darfour, le Wadaï, le Sokoto et le Wassoulou, deviendront le théâtre d’une traite féroce et des plus odieuses, au service des marchands arabes. Dans tous les pays africains où les chefs s’étaient convertis à l’Islam, le servage traditionnel fut généralement remplacé par la traite et l’esclavage, pratiqués en vertu d’un principe religieux et tous les infidèles devenaient hors la loi. Les nouveaux convertis, jadis vaincus et humiliés, n’aspiraient plus eux aussi, à faire de nouvelles conquêtes chez leurs compatriotes fétichistes ou païens. Après l’islamisation des habitants du Ghana par les Almoravides, les « nouveaux musulmans » alliés à ceux du Fouta Toro et de Silla, opéraient des razzias pour s’approvisionner en Lamlam (ou tribus infidèles) qualifiées d’animistes. Ils allaient ensuite les vendre dans les Zéribas constitués par les marchands arabes. Ces postes implantés en Afrique pour la traite, abritaient des logements et des magasins entourés par une palissade. Là vivaient des Fakis (ou prêtres musulmans), qui étaient tous de gros marchands de captifs. Ils voyaient la traite des Noirs comme un accessoire ordinaire de leurs attributions. Les captifs s’écoulaient par le Sahara et par le Nil vers l’Arabie. Tel était le destin des peuples africains depuis l’arrivée des Arabes.

Dégradations des mœurs traditionnelles

Ces envahisseurs ont perverti les mœurs et transformé de paisibles bourgades en enfer, comme la capitale du Bornou, Kouka, qui fut de son temps le plus ancien et le plus grand marché de captifs d’Afrique de l’Ouest. Parce qu’après sa conversion, le sultan noir du Bornou, était devenu lui-même, un gros marchand de captifs au service des Arabes. Chez lui il n’y avait pas à proprement parler de budget. Le souverain et ses fonctionnaires vivaient du commerce des captifs, que l’on allait prendre sur les frontières de l’empire parmi les populations dites païennes, par de grandes razzias et sur ses propres sujets, aussi longtemps que ceux-ci ne seraient pas convertis à l’Islam. Avant l’arrivée des Arabes, les marchés de ce pays offraient des produits fort appréciés par les visiteurs étrangers, comme l’ivoire, les plumes d’autruche, des nattes, de la poterie du cuir et des étoffes de coton bleu ou blanc. Au premier millénaire avant JC., il existait déjà dans cette région notamment au Nigeria des peuplades pratiquant l’agriculture et la poterie, qui reçurent le nom de Civilisation de Nok. Mille ans après, une autre civilisation apparut sur les bords du lac Tchad, tandis qu’une troisième bien que plus tardive, celle d’Ifé se développa au bas Nigeria. Le pays présentait le spectacle d’une population active, intelligente et industrieuse. Ensuite le Jihad de Ousman Dan Fodio assujettit de nombreux États haoussa au sein du Califat dont la capitale est Sokoto. Au Nigeria oriental, en pays ibo, se développait aux IXème et Xème siècles une civilisation connue pour ses cuivres et ses bronzes au plomb façonnés par martelage à chaud. Cette civilisation ibo qui ne peut être rattachée à aucune autre de la région y compris à celle de Nok, était raffinée et rayonnait dans tout le sud-est du Nigeria. Mais la plaie hideuse de la traite arabo-musulmane, est venue très vite assombrir la vigueur morale, de tous ces peuples se livrant à l’industrie du fer et à l’agriculture.

Destruction des civilisations négro-africaines

L’arrivée des Arabes fut le prélude d’une éclipse totale de toutes ces civilisations. Les razzias allaient y étaient légalement organisées par le sultan noir et bien africain, pour approvisionner les négociants arabes qui travaillaient pour l’exportation. Les princes des États voisins de celui du sultan du Bornou (Kanem, Wadaï, Baguirmi et Sokoto), se livraient aussi au trafic de captifs. Tous ces chefs musulmans, loin de vouloir supprimer une traite dont ils profitaient, ne songeaient qu’à imposer des taxes de passage lorsqu’ils ne « raquettaient » pas directement les caravanes. Au pays des Fellatas, les chasses à l’homme y étaient dirigées par Ahmadou, fils et digne héritier de El Hadji Omar Seydou Tall, sur le sentier du Jihad. À l’intérieur du continent, l’entreprise était encore plus répugnante avec les monarques dahoméens, dont le plus grand des fournisseurs d’esclaves fut Béhanzin. Car ici l’islamisation n’explique pas leur complicité, ils étaient animistes pour la plupart. Ces usurpateurs sanguinaires crispés sur leurs privilèges, étaient surtout préoccupés par la puissance et le prestige, que seul le verdict des armes pouvait assurer en ces lieux. Ils entrèrent en « collaboration », d’abord avec les Arabo-musulmans, avant l’arrivée des négriers européens. Ils ont vécu du sang, de la sueur et de l’agonie de leurs peuples.

Les pièges des envahisseurs

Pour gagner en efficacité, tous eurent de plus en plus besoin de moyens aussi sophistiqués que meurtriers. Pour disposer de plus d’armement et de chevaux, gage de leur puissance, ils furent obligés, à vendre davantage de captifs en engageant des guerres contre les royaumes voisins pour se fournir. Tout en se faisant des guerres au service des négriers, ces chefs africains furent progressivement piégés par les mécanismes d’échange de la traite. Aussi, beaucoup « d’exportés » étaient le produit de guerres intestines, excitées par l’appât des débouchés qu’offrait d’abord la traite arabo-musulmane. Par la suite l’arrivée des navigateurs fut providentielle pour le commerce de ces États trop éloignés du Sahara, pour qu’ils y écoulent leur surplus de captifs. Il y avait là une offre massive de captifs, moyennant armes, chevaux, textiles ou Cauris (coquilles de gastéropodes qui servaient de monnaies dans cette partie de l’Afrique précoloniale.) Ce dernier comme on sait, sera progressivement remplacé par l’argent, qui se révélera être le plus pernicieux des instruments de corruption jamais introduits en Afrique. D’autres chefs faisaient aussi des razzias et vendaient des hommes pour avoir des bœufs, des armes, des étoffes ou tout autre bénéfice. La responsabilité de ces roitelets et autres renégats cupides, ne souffre aucun doute.

Complicités locales

Dans cette tragédie, force est donc, de reconnaître qu’il y eut la collaboration de potentats autochtones qui, pour tirer profit de ce mal, se souciaient peu de la destination ou de la mort de leurs compatriotes. Il n’y eut pas seulement que les négriers berbères, égyptiens et autres ramassis et écume des nations. La complicité de certains monarques et leurs auxiliaires africains dans ce commerce criminel est une donnée objective. Après les « rapts » isolés effectués par les Arabes des monarques convertis et tout un ramassis de courtiers et d’intermédiaires vendaient sans vergogne, les prisonniers dont ils tiraient un bon prix. L’homme pour ses pareils étant alors considéré « bonne marchandise », surtout quand l’appât du gain ou le désir de vengeance meublait les esprits. Les monarques impliqués furent coresponsables du triste sort réservé à leurs sujets, puisque dépositaires de l’autorité qui devait les protéger. Ainsi la triste réalité est que des Noirs ont bien livré d’autres Noirs. Parce qu’aucun peuple n’est différent d’un autre dans les vertus ou dans le crime. Quand les chasseurs d’hommes arabes ne faisaient pas le travail eux-mêmes, la plupart des rabatteurs qui livraient les captifs noirs aux négriers, étaient bien des Noirs. Dans toutes les guerres, comme partout dans les pays occupés, les vainqueurs se sont largement appuyés sur la collaboration de notables locaux et une partie de la population, qui ont livré des « frères » aux forces d’occupation. Comme tout le monde sait, dans les situations où des rapports dominants/dominés ou bourreaux/victimes s’installent, les premiers trouvent toujours des complicités volontaires ou forcées parmi les victimes. Ce phénomène est intemporel. Aussi, aux chapitres douloureux de l’histoire africaine que furent les traites arabo-musulmane, puis le commerce triangulaire, il convient de prendre en compte, de reconnaître et d’accepter un postulat évident, quant à l’implication des Africains, à savoir : que l’on ne peut retenir objectivement, que la responsabilité des monarques despotiques, sanguinaires – loin d’être majoritaires à l’époque -, complices des négriers et non celle des peuples. Ces chefs et leurs auxiliaires militaires ou civils, ont été les seuls alliés objectifs des trafiquants. Pour autant, les effectifs composant ce ramassis de renégats « collaborateurs », furent sans commune mesure, avec les dizaines de millions de morts ou déportés. Les principales victimes restent avant tout, les peuples africains arrachés à leurs terres ou massacrés, dans une tragédie sans précédents à l’échelle d’un continent. Des victimes et leurs descendants, pour qui, la traite négrière arabo-musulmane n’a en rien profité. Et quelles que furent les complicités ou une comptabilité à la fois incertaine et sordide des victimes, l’éthique et la morale commandent de s’incliner avant tout, devant l’abomination de ce génocide et de la détresse de ces enfants, de ces femmes et de ces hommes, dont la vie a basculé sans retour dans l’horreur et la désolation. Enfin, si la complicité africaine est avérée, elle ne peut en aucun cas étayer la thèse de certains auteurs, qui tentent de mettre dos à dos bourreaux et victimes. De nombreux chefs africains et leurs sujets, ont aussi violemment résisté face à cette infamie. Car en ces temps où nos civilisations étaient assiégées, l’histoire retient que des hommes d’une trempe exceptionnelle ont fait face. Ils étaient souvent des religieux mystiques, de grands seigneurs en mal d’aventure ou des monarques animés par le sens de l’honneur.

///Article N° : 12227

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Un commentaire

  1. Ce Nègre est un inculte. Depuis quand l’Islam est une religion africaine. L’Afrique n’est pas comptable des crimes commis par des individus qui se réclamaient de l’islam. Qu’ils soient noirs ou non.

    L’asservissement de non-musulmans dans l’histoire n’est pas spécifique aux noirs, tous les autres peuples adoptaient cette attitude en raison des moeurs de l’islam qui autorisait les razzias à l’encontre de ces pauvres populations. Ainsi en Asie les Asiatiques convertis à l’islam razziés leurs compatriotes pour les revendre, de même en Inde, en Europe et ailleurs. Les Arabes ont vendus de nombreux arabes chrétiens et juifs aux Africains musulmans. Mais quand des noirs musulmans font de même, ont dit qu’on a vendu nos frères. Non des musulmans ont vendus point barre. Voila pourquoi je dit qu’on ne peut pas être comptable de ces gens là. L’islam est une religion asiatique pas africaine. Tout acte commis par des noirs au nom de l’islam engage l’islam et non l’Afrique.

    Après aux gens de comprendre la distinction qu’il y’a a faire entre des musulmans et des noirs authentiques.

    Pour finir, la responsabilité du Dahomey dans les razzias négrières n’a jamais pu être démontré scientifiquement par aucun auteur. Le pseudo historien oublie de préciser que les auteurs européens sont des criminels, donc des individus non-neutres. La déontologie en histoire impose de ne pas opposer à des victimes le discours de leurs meurtriers. Comme si le procès d’un violeur pouvait se retourner contre sa victime sous prétexte que l’accusé prétendrait que sa celle-ci était consentnte. C’est d’ailleurs l’argument de tous les violeurs.

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