Un dhikri pour nos morts la rage entre les dents de Soeuf Elbadawi

Ce qui frappe d’abord, c’est le souffle. Le souffle et la rage, présents dès le titre si l’on songe que l’invocation du nom de dieu (dhikri), si importante dans le soufisme, est respiration, rythme, répétition… souffle. Mais, comme le soulignent les premières pages du texte, l’incantation se fait ici amère, rappelant “le long chapelet des sinistrés” : “la nouvelle est rude Quatre-vingt-dix-huit noms passés par-dessus bord (…) une de plus et nous nous emparions sans discuter Des quatre-vingt-dix-neuf noms du Seigneurs des Inconscients pour défier l’Impensable Où étais-tu Seigneur Sur quel rivage du Nord ou du Sud somnolais-tu C’est écrit dans le Livre des sacrilèges qui n’est pas plus aveugle que Celui qui ne veut ou qui feint de ne plus voir Dieu en cette nuit pour une raison que je ne m’explique pas a fermé l’œil Kakia wala Kaona.” L’incantation est donc avant tout incompréhension devant le sort des kwassa kwassa retournées, embarcations précaires qui viennent régulièrement endeuiller l’océan Indien des cadavres des candidats à l’autre rive, Mayotte désormais frappée d’étrangeté. Car c’est bien la douleur d’un archipel mutilé qu’invoque ainsi Soeuf Elbadawi, porté par une rage, un flot de mots qui dévalent, sans point quérir, le long des rivalités construites entre les Comores : Mayotte, territoire français, rejetant désormais à la mer le lot des frères si loin si proches, tentés par une terre d’antan. Depuis 1995 en effet, le “visa Balladur” restreint la liberté de cir...

Connectez-vous pour lire la suite de l'article...
Si vous avez déjà un compte client sur Africultures vous pouvez saisir vos paramètres d'identification :

Si vous n'êtes pas encore abonné à la revue AFRICULTURES, vous pouvez le faire en cliquant sur Adhérer.
Partager :

Laisser un commentaire