Xuly Bët prêt à conquérir l’Afrique

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Comme personne, il a su créer son propre style au carrefour de nos mégapoles métissées et des podiums de défilés. Depuis quinze ans, Xuly Bët s’affirme comme une personnalité du monde de la mode. Bien ancré à Paris, invité dans le monde entier, il rêve aujourd’hui de pouvoir conquérir l’Afrique.

Xuly Bët signifie littéralement en wolof – l’une des principales langues au Sénégal – « ouvre grand l’œil ». Lamine Badian Kouyaté, alias Xuly Bët, n’a pas pour habitude de détourner le regard. Ses mots pour décrire l’univers actuel de la mode en Occident sont plutôt rudes : « J’observe une uniformisation des tendances. Les créateurs sont prisonniers de systèmes de production et de marketing qui rendent tout extrêmement compliqué. La mode est devenue une industrie qui surproduit. Cela fait énormément de déchets, de gâchis. Il faudra bien finir par trouver une manière plus écologique de produire… », lance-t-il sans détour.
Développer la recherche
Il n’est guère plus enthousiaste lorsqu’il évoque ses tentatives passées pour développer du prêt-à-porter en Afrique. « Les créateurs n’ont aucune réalité économique là-bas, martèle-t-il. Ils n’ont aucun soutien d’industriels. Comment dans ces conditions développer des filières et de la recherche textile ? Comment arriver à produire en grande série ce que certains créateurs, comme Aïssa Dione, réalisent avec excellence ? Comment exploiter ce potentiel ? » L’Afrique, Xuly Bët y est né il y a une quarantaine d’années, au Mali. Il a grandi entre son pays et le Sénégal avant que ses parents ne s’installent en France dans les années 1970. Lamine suit d’abord des études d’architecture puis se lance dans l’aventure de la mode. C’est le début des années 1990 : il installe son atelier à l’Hôpital Ephémère, dans le 18e arrondissement de Paris, bouillonnant laboratoire artistique alternatif. Son talent et son style unique, fondés au départ sur du recyclage de fripes, ne tardent pas à créer le buzz. Puma lui commande une collection de chaussures et de prêt-à-porter. Le cinéaste américain Robert Altman lui réserve un personnage dans son film Prêt-à-porter. Des stars du show-biz lui font la meilleure des promos. En 1996, il reçoit le Prix du meilleur jeune créateur de mode féminine aux Trophées de la mode. L’année suivante, il ouvre une boutique à New York.
Coton bio et équitable du Mali
Tout cela ne l’empêche pas de garder un œil rivé sur le continent noir. Qu’il s’agisse de l’utilisation ou du détournement des tissus (wax, bogolan…), de son intérêt pour les cultures urbaines subsahariennes ou de clins d’œil à l’esthétique des jeunes branchés, l’Afrique transpire de son travail. Aujourd’hui, malgré ses difficiles tentatives antérieures, il rêve encore d’y lancer une ligne de prêt-à-porter. Se dit prêt à discuter avec des industriels chinois s’il le faut. Il y a deux ans, avec les magasins de grande distribution Leclerc, il a créé une collection « Xuly Bët For Love » en coton bio et équitable du Mali. La filière fonctionne toujours : il s’en réjouit. Mais tempête contre le manque d’encadrement et d’investissement dans le secteur de la mode en Afrique. En attendant de trouver le partenaire adéquat, cet intello de la sape assoit son business en Europe. Il a ouvert il y a quelques mois une seconde boutique à Paris et vient de créer, en partenariat avec les 3 Suisses un foulard exclusif « Speak up ! Stop discrimination » (1) pour l’Onu Femmes, une nouvelle entité des Nations Unies dédiée à l’égalité entre les sexes et l’autonomisation de la femme. C’est certain, Xuly Bët continue d’ouvrir grand les yeux.

1. Ce foulard est disponible sur le site 3 suisses.frArticle publié dans le n°19 d’Afriscope « En 2011 réinventons la mode ! »
Consulter en ligne :[Afriscope] ///Article N° : 9885

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Les images de l'article
Xuly Bët © Alex Mahieu




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