Cinéma/TV

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De Bernard Joffa

Revenue en Afrique du Sud après s’être exilée aux Etats-Unis, Nolutando, devenue médecin, veut offrir une sépulture digne à son père qu’elle croit mort dans le combat pour les droits civiques au Zwaziland. Elle doit échapper pour cela au Zoulou à qui elle a été promise, ce qui donne à son équipée une allure de road-movie s’enfonçant toujours plus loin dans l’Afrique exotique. Sa rencontre avec un expatrié blanc et sa fille sera l’occasion d’une confrontation avec la  » vraie  » Afrique du Sud : Frankie est musicologue, joue à merveille de la mbira et s’exclame en écoutant les chants traditionnels :  » Voilà l’Afrique…

De Diabi Lanciné

Awa et Adama (Adam et Eve) sont des jumeaux très liés. Pour soutenir son frère scolairement moins brillant qu’elle, Awa (Nacky Sy Savané) vend son âme au féticheur Mousso (Gérard Essomba), sans se douter quelle sera ainsi confrontée à toutes les humiliations que peut subir la femme africaine. Unanimement décrié par les cinéphiles, La Jumelle fut chaleureusement applaudi par le public populaire ouagalais. Rien d’étonnant : ce n’est pas du cinéma mais du roman-photo. L’académisme du cadre et l’éclairage concourent à la fixité de l’image ; les comédiens (qui ne sont pas en cause) récitent avec force mimiques un scénario théâtralisé à…

De Saâd Chraibi

Zakia est belle, active, passionnée. Elle anime une émission sur les femmes à la télévision. Elle retrouve des amies perdues de vue : Leila, Keltoum et Ghita. Les quatre femmes se promettent de garder le contact, de se soutenir… ce qui permet au film de fouiner dans leur vie privée et d’y déterrer rencontres insolites, espoirs, compromis, mari violent, passions, douleurs… Tout s’accélère dans la seconde moitié, lorsque le réalisateur délaisse sa visée purement sociologique pour accélérer le rythme et entrer dans le romanesque : tandis que dans la sphère privée, un drame se noue qui fera réagir ensemble les femmes, l’émission…

Qu’on le veuille ou non, un palmarès est un message. Il exprime les compromis qu’opère un jury de sensibilités diverses mais pour le grand prix, celui-ci doit trancher. Le Fespaco 99 a couronné un film adulé du public africain, et pour la première fois de son histoire, une comédie: « Pièces d’identité ».  » Peut-être que ce jury a voulu donner une nouvelle direction au cinéma africain, ou en tout cas élargir le champ « , déclare le réalisateur du film primé, Ngangura Mweze. Une nouvelle voie ? La volonté d’un cinéma populaire de qualité. Deux mots antinomiques ? Un film apportait une évidente réponse : La Petite…

De Christian Lara

Fiction historique, Sucre amer est un film dense et passionnant dont l’intention crève l’écran : restaurer la mémoire antillaise face à son effacement métropolitain et, plus encore, montrer que mieux comprendre l’Histoire de la Guadeloupe aide à mieux comprendre l’Histoire de France ! Il s’agit donc de montrer et d’analyser. Pour mener à bien ce dessein clairement pédagogique, Lara part du vécu d’Ignace (Jean-Michel Martial, toujours excellent), esclave affranchi devenu commandant de l’armée française et accusé de haute trahison pour avoir combattu l’armée de Bonaparte qui venait rétablir l’esclavage aboli par la Convention. Un remake en somme de Vivre libre ou mourir,…

Il se demande encore si le prix qu’il a reçu pour Fools n’était pas un geste politique… Ne mâchant pas ses mots sur l’affaire Zongo, journaliste burkinabè assassiné en décembre dernier, et estimant que la manifestation n’a pas fait la part belle au cinéma, Ramadan Suleman est parti, furieux, trois jours avant la fin du festival. D’autres, parmi les Sud-Africains, n’ont pas regretté d’avoir fait le déplacement. A son retour de Ouaga, John Matshikiza, acteur et producteur indépendant, a consacré cinq pages à l’événement dans l’hebdomadaire national The Mail & Guardian. Illustrées de ses images, des  » gueules  » de Ouagalais et…

Dans le foisonnement des fictions, quelles tendances, quel météore ? On the Edge, du Nigérian Newton Aduaka, assurément. Cet hommage à Fela à effectivement des allures d’afrobeat : jouant autant sur les flash back que sur les passages de la couleur au noir et blanc, ce 28’nous confie le drame de Lorna, une jeune droguée, et les efforts de Court, son partenaire qui cherche à l’en sortir. Une vibrante histoire de frères et de soeurs, d’atrocités et d’hypocrisie, de désespoir et de rage. Nous avions déjà dit le bien que nous pensons de Souko, le cinématographe en carton, du Burkinabè Issiaka Konaté :…

L’émotion était au rendez-vous et la minute de silence trop courte lors de l’hommage rendu à Djibril Diop Mambéty et David Achkar au Fespaco, deux cinéastes disparus en 1998 qui se sont à proprement parler donnés au cinéma. La salle du Burkina était pleine à craquer pour voir ou revoir David Achkar, une étoile filante de Mama Keïta et Dix mille ans de cinéma de Balufu Bakupa-Kanyinda, deux films tout en finesse leur donnant largement la parole, et surtout pour découvrir La petite vendeuse de soleil, la dernière œuvre de Mambéty.

De Taïeb Louhichi

Cinq jeunes d’une vingtaine d’années forment un groupe très uni jusqu’à une dispute entraînant la mort accidentelle de l’un d’entre eux. Problème : ce film entrelace deux registres qui voudraient se compléter mais se concurrencent terriblement. C’est d’abord un regard posé avec respect sur les jeunes, leurs relations et ce drame qui les éloigne progressivement les uns des autres. Il réussit à capter cette fuite en avant qu’entraîne leur volonté de ne pas dévoiler l’accident et les combats qu’elle génère entre eux comme en eux-mêmes. Mais ce regard est enrobé d’une sauce terriblement pesante, à travers Pierrot et Madonna, deux paumés…

De Dieudonné Ngangura Mweze(RDC)

Avec ce deuxième long métrage, le cinéaste congolais Mweze Dieudonné Ngangura remporte l’Etalon de Yennenga de la seizième édition du Fespaco. Dans un style alerte, il déroule sur un ton empreint d’humour et de poésie, entre le Congo et la Belgique, l’histoire rocambolesque d’un vieux roi africain, Mani Kongo, confronté à des personnages en proie à des problèmes d’identité.

D'Anne G. Mungaï

Traumatisée d’avoir vu mourir son père faute de soins suffisants, Saïkati a fait une formation d’infirmière. Elle rêve d’assister les médecins de brousse qui se déplacent pour les urgences en avion. Mais au village, on veut la marier à un homme qu’elle n’aime pas. Elle refuse et retourne en ville où elle devra lutter contre l’adversité et triompher tant des griffes d’un coureur de jupons dont elle tombe trop naïvement amoureuse que du piège tendu par des collègues jalouses. Saïkati est ainsi un personnage moderne, un vrai héros de western qui s’affirme et prend son destin en mains. Sans contradictions,…

Montréal, 1998, et Genève, 1999

Le personnage de ce roi est assez extraordinaire ! Avec cette coiffe, il a une très forte assise personnelle en même temps que quelque chose de ridicule pour l’Occident. Par derrière ce personnage, voulais-tu aborder la question de la dignité de l’être humain ? Exactement, d’ailleurs, son côté  » ridicule  » commence quand il arrive en Afrique, pour prendre son billet : une jeune fille lui demande d’où vient son nouveau look. En quittant son palais royal du village pour venir en ville, il est considéré comme un personnage folklorique avec tous ses attributs royaux, pourtant il incarne tout ce que l’Afrique a de plus…

De Mohamed Soudani

Soudani a le sens de l’image. Cameraman et chef opérateur avant d’être réalisateur, il sait choisir le cadre qui d’emblée sert son sujet et fait sourdre l’émotion. En lui alliant une bande son sensible et un montage mêlant comme un blues la vie et la mort, l’ailleurs et l’ici, il réussit un film qui laisse des traces. Ce n’est peut-être pas forcément l’histoire dramatique et banale de Demba qui s’ancre dans nos mémoires : comment il rejoint son frère Yaro dans l’enfer de l’immigration en Italie et, deux mois plus tard, en sera réduit à essayer de comprendre pourquoi il a…

De Cheikh Oumar Sissoko

 » Pourquoi as-tu créé les frères pour qu’à chaque génération revienne ce vent sec et cette soif ?  » Surgissent aussitôt en nos têtes les images des génocides rwandais ou yougoslaves, de tous ces pays où les frères s’entre-déchirent. Dès son prologue, La Genèse, ce récit des aubes de l’humanité, est d’une poignante et douloureuse actualité. Mais il n’est ni Le soldat Ryan ni l’image misérabiliste des télévisions : il ne s’agit pas de seulement juxtaposer le témoignage et le recours à l’émotion pour écrire l’Histoire à la Spielberg. Ce récit ne se contente pas d’explorer l’humanité des origines, il ausculte les tréfonds de…

De Mohamed Abderrahman Tazi

Traiter du drame des immigrés par le biais de la comédie est un pari osé, d’emblée sympathique mais difficile à réussir. Surtout quand il s’agit de ceux qui perdent leur vie dans le détroit de Gibraltar en essayant de passer du Maroc à l’Espagne, et à qui ce film est dédié. Lalla Hobby a pour cela des atouts. Reprendre comme personnage central le héros de A la recherche du mari de ma femme, une comédie réussie ayant connu un grand succès au Maroc, permet à Tazi d’entrer directement dans le vif du sujet sans devoir passer du temps à camper…

A Hombori, sur le tournage de La Genèse, février 1997

Quelle est l’actualité de ce film ? On retrouve dans la Bible une fraternité qui n’empêche pas l’affrontement : on s’aime et s’entre-déchire. C’est ce qu’on voit de plus en plus dans le monde actuel, au Rwanda, en Yougoslavie comme au nord du Mali. Les mêmes inimitiés ont été celles des patriarches des trois grandes religions monothéistes. Abraham est Ibrahima, Joseph est Youssouf, Jacob est Yacouba… Dans nos sociétés agro-pastorales, on en vient à insister sur la rivalité entre nomades et paysans : la situation est analogue à celle du début du monde… Faut-il retourner aux sources pour évoquer ces conflits ? Retourner aux…

De Bourlem Guerdjou

Pour les Algériens de l’après-guerre, la France c’était l’Amérique. Mais la réalité des bidonvilles n’avait rien à voir avec le paradis. Celui de Nanterre, où se déroule le film, regroupait dans la boue et la promiscuité des abris de fortune 23 000 travailleurs immigrés en 1967 ! Et c’est pour en sortir que Lakhdar va faire venir sa famille : pour accéder à un logement HLM. Il se bat pour y arriver, au point d’accepter compromissions et trahison des siens… Il fallait un acteur exceptionnel pour que ce personnage tienne cette tension entre l’intention généreuse et la manipulation. Roschdy Zem n’en fait jamais…

Entretien de Jean Stubbs avec Sergio Giral*

Né à La Havane en 1937, Sergio Giral est réalisateur de documentaires et films de fictions. Dans cet entretien, il exprime clairement le retournement réalisé au cinéma lorsque la vision n’est plus celle du maître mais de l’esclave. Mais cela ne va pas sans un travail sur soi…

Entretien d'Olivier Barlet avec Gloria Rolando Casamayor

Au festival Racines noires, juillet 1998

Le cinéma cubain préfère aborder la question des préjugés raciaux envers les Noirs par des films historiques. Sara Gomez (1943-1974), première réalisatrice cubaine, était Noire. Elle a osé aborder ce thème de façon contemporaine en filmant l’histoire d’amour d’une institutrice blanche avec un jeune mulâtre issu d’un bidonville havanais dans De cierta manera (D’une certaine manière, 1973-1977, le film ayant été terminé par Tomas Gutierrez Alea et Julio Garcia Espinosa après la mort de Sara Gomez). Née à La Havane en 1953, Gloria Rolando est parfois considérée comme sa fille spirituelle. Elle prépare en tout cas un documentaire sur son…

De Daoud Aoulad Syad

Adieu Forain est la chronique douce-amère d’un microcosme : c’est à la fois son intérêt et sa pesanteur. Les trois personnages principaux pourraient être les trois facettes d’une société marocaine à la recherche d’elle-même. Kacem, le père, le vieux forain, n’arrive pas à mettre fin à sa vie d’errance. Larbi, le fils qui sort de tôle, est trop macho pour avoir des amis. Il finira pourtant par se lier à Rabii, le travesti, qui rêve d’un ailleurs qu’il ne peut atteindre. Une telle constellation où chacun se demande sans cesse où partir et avec qui sans savoir au fond qui il…

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