Cinéma/TV

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Avec ses remarquables courts métrages Agwe (2022), Des rêves en bateaux papiers (2024) et Cœur bleu (2025), qui sortent groupés en salles en France le 16 septembre 2026 sous le titre Les Vagues dans les yeux, Samuel Suffren compose une trilogie haïtienne sur l’absence, l’attente et l’ailleurs. Mais chez lui, l’exil est vu dans ses conséquences domestiques. Une femme enceinte attend au bord de la mer. Un père élève sa fille avec le souvenir sonore de son épouse. Un homme âgé accompagne sa femme malade. L’ailleurs demeure hors champ. Il agit pourtant sur chaque geste. Les trois courts métrages s’ancrent…

Ridha Tlili était présent aux États généraux du documentaire de Lussas, en août 2026, pour présenter trois de ses films, projetés dans le cadre de la Route du Doc Tunisie, programmée par Tahar Chikhaoui et Christophe Postic : Révolution moins 5 minutes, Oublié (Tounsa) et La Couleur du phosphate. C’était l’occasion de l’interroger sur sa conception et sa pratique du cinéma documentaire. Comment es-tu venu au documentaire ? Je tournais déjà des images personnelles. J’avais accumulé beaucoup de cassettes, filmées sur une période d’environ dix ans. Lors de la révolution de 2011, j’ai eu l’idée de reprendre cette matière pour…

Né en 1954, Tahar Chikhaoui a étudié à l’École normale de Tunis. Il a enseigné la littérature française, l’histoire du cinéma et l’analyse filmique à l’université de La Manouba. Fondateur et animateur de la revue Cinécrits, il est également lié à l’Association tunisienne de promotion de la critique cinématographique. Après sa retraite, il s’installe en France. Il assure d’abord la direction artistique du Festival Aflam – Rencontres internationales des cinémas arabes – à Marseille, puis comme programmateur au Festival des cinémas d’Afrique en pays d’Apt. Aux États généraux du film documentaire de Lussas 2026, il est chargé de la programmation…

Les Etats généraux du film documentaire de Lussas (dont la 38ème édition s’est déroulée du 16 au 22 août 2026) organisent chaque année des séminaires d’approfondissement d’une grande qualité, où une programmation thématique est largement discutée avec des spécialistes. Le séminaire « Une terre de soleil, / de soleil resplendissant » explorait cette année le cinéma comme lieu de lutte, espace de transmission et laboratoire de formes et de solidarités. Le titre du séminaire emprunte à Langston Hughes l’image d’une terre délivrée des hiérarchies raciales et sociales. L’horizon est clair. Le présent l’est moins. Guerres, colonisation, destruction écologique, capitalisme extractiviste…

Mamadou Khouma Gueye a été sollicité par les Etats généraux du film documentaire de Lussas pour concocter avec Madeline Robert la section « Jeune création d’Afrique sub-saharienne » pour l’édition 2026 (cf. notre article critique). Nous l’y avons rencontré pour faire le point sur son parcours, sa programmation et le cinéma sénégalais. Olivier Barlet : Comment es-tu es allé vers le cinéma ? Mamadou Khouma Gueye : Moi, au départ, je voulais devenir professeur d’Histoire et de Géographie. Ces matières m’intéressaient beaucoup, dès l’école. Quand j’ai eu mon baccalauréat, je me suis inscrit à l’université de Dakar. J’ai été sélectionné en Histoire,…

Depuis longtemps, les États généraux du film documentaire de Lussas constituent un lieu d’écoute et de découverte des cinémas documentaires venus d’Afrique subsaharienne. Cette sélection ne prétend pas en dresser un panorama : elle assemble plutôt des gestes singuliers, attentifs aux lieux et à celles et ceux qui les habitent. Des archives de la colonisation aux rues de Dakar, d’un village forestier du Cameroun aux villes de la RDC, les films font des territoires autre chose qu’un décor : des espaces travaillés par les rapports de force, les mémoires, le travail, les attachements et les formes de solidarité. Le parcours…

Pour ses dix ans, Tënk interroge sa manière de programmer à l’occasion d’une table-ronde le 20 août 2026 aux Etats généraux du film documentaire de Lussas. Les chiffres et nouveautés de l’Assemblée générale de Tënk de juin 2026 Comme l’a rappelé Valentine Roulet, alors présidente du conseil d’administration lors de l’AG, 260 nouveaux sociétaires ont rejoint Tënk en 2025, ce qui porte leur total à 615 sociétaires, une des coopératives culturelles les plus importantes. Le développement de la vie coopérative a été un axe majeur en 2025 avec des contacts approfondis avec Ardèche Images et le Village Documentaire de Lussas…

Comme chaque année, la rentrée parisienne est au FIFDA, festival international du film de la diaspora africaine qui se déroule du 4 au 6 septembre avec moult premières françaises et de nombreux débats avec les cinéastes Une programmation est forcément éclectique mais si l’on veut y trouver un fil directeur, ce serait cette année la mémoire : spirituelle, politique, sociale, coloniale, intime, musicale… Ces fictions et documentaires refusent l’oubli et cherchent des formes de réparation, de résistance ou de recomposition. La mémoire ne se contente pas de regarder en arrière. Elle interroge nos manières de tenir debout après les catastrophes, entre…

Gopalen Parthiben Chellapermal répond ici aux questions d’Annick Kandolo et Olivier Barlet ainsi que de la salle des débats -forums au Fespaco 2025 sur son film « Nous sommes tous des migrants », présenté dans le cadre de la Semaine de la critique. Le réalisateur part de l’histoire d’une île façonnée par les migrations, depuis l’arrivée de ses premiers ancêtres venus de l’Inde en 1856 comme travailleurs engagés dans les champs de cannes à Maurice, jusqu’au périple de neuf mois de sa famille en 1962, sans oublier les générations de Mauriciens parties dans les années 1960 et 1970 pour chercher l’or sous…

Saint‑Louis : les mémoires au présent

Un film en forme de palimpseste : derrière la carte postale, les strates de l’histoire coloniale, la mémoire de la traite et des résistances, les contradictions du passé comme du présent, la menace du gaz et du pétrole. Le titre en wolof n’annonce pas un documentaire patrimonial : Ndar, Saga Waalo est un film‑ville, une saga où les voix s’entrechoquent à la recherche d’un récit commun. Après sa tournée en festivals, à voir sur TV5 Monde Afrique le 19 juillet 2026 à 21h16 GT et le 22 juillet 2026 à 22h55 GMT. Saint‑Louis du Sénégal n’y est pas le décor qu’annonce…

Un lion dans le piège de l’Histoire

Troisième jalon d’un long combat mémoriel, Valdiodio d’Amina N’Diaye Leclerc quitte le terrain du pur documentaire pour embrasser le biopic filial. Un film où la fille raconte le père, héroïsé et brisé, et où le cinéma tente de reprendre à Senghor et à la France le récit de l’indépendance sénégalaise. Avec Valdiodio, Amina N’Diaye Leclerc ne filme pas un « grand homme » à distance respectable : elle ouvre le coffre familial, en sort une histoire longtemps étouffée et la projette au cœur de l’écran. La réalisatrice est la fille de Valdiodio N’Diaye, avocat, ancien ministre de l’Intérieur, compagnon de…

Pour son second long métrage, Mutiganda Wa Nkunda développe avec une grande finesse des personnages qui nous introduisent à ce qui les anime aujourd’hui au Rwanda à partir d’une situation qu’il convient de ne pas dévoiler mais qui est extrêmement porteuse. Lire la critique du film ici. Comment développes-tu ton écriture ? On sent qu’il y a une dose d’improvisation dans le jeu des personnages. Yves, par exemple, semble libre de dire un peu ce qu’il veut, et en même temps il suit une trame construite comme une série de scénettes, presque théâtrales, qui se répondent. En fait, pour répondre à…

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Le tribunal du quotidien

Le deuxième long métrage de Mutiganda wa Nkunda, Phiona, la fille de Madrid, a été présenté au festival des films d’Afrique en pays d’Apt en novembre 2025, avait été projeté au Fespaco de février 2025 dans l’excellente section Perspectives. Le réalisateur transforme un salon en chambre d’écho du Rwanda contemporain : un espace modeste, presque immobile, mais traversé de secousses morales, sociales et politiques qui finissent par faire trembler tout le cadre. Cette réunion entre proches tourne peu à peu au tribunal domestique. Sous sa forme de quasi-huis clos, le film déplie moins une intrigue qu’un champ de forces :…

Les secrets de la débrouille

À Kinshasa, un homme licencié cache sa chute à sa compagne et s’enferme dans un mensonge quotidien. Sheriya Twana, alias Jason Bolay, signe un film purement congolais d’une belle maîtrise, tendu par la honte sociale, traversé par la question de la dignité, et porté par une observation fine des relations entre hommes et femmes. Prix Idrissa Ouédraogo de la meilleure révélation de la section Perspectives au Fespaco 2025, le film sera présenté à Paris au FIFDA (4 – 6 Septembre 2026). Kuwa Jibika vient de perdre son emploi. Il n’ose pas le dire à Nella, sa compagne enceinte. Du coup,…

Un visage à inventer

Un billet de 200 dinars (Houbla), présenté aux Etats généraux du film documentaire de Lussas 2025, prolonge et déplace les obsessions de Lamine Ammar-Khodja : comment regarder l’Algérie sans se mentir, comment trouver une forme à la fois politique et poétique quand les slogans se sont éteints et que le pays cherche encore son image. Un femme peintre (Nawel Louerrad) cherche à dessiner le visage d’un homme au chapeau noir qu’elle a croisé au Jardin d’essai d’Alger en s’inspirant des animaux d’un parc, en réalisant sur verre un monotype d’homme à tête d’oiseau, en intériorisant des gestes de t’ai-chi… Son…

Ce 2ème séminaire aux Etats généraux du film documentaire de Lussas 2025 (faisant suite au séminaire 1 : Histoires d’émancipation) était introduit par Christophe Postic, directeur artistique du festival, qui a signalé que le master de Lussas prévoyait la réalisation d’un film collectif et que le séminaire « Les bonnes manières » de 2016 abordait déjà la question de la participation au film des personnes filmées. Coordonné par Anne Charvin et Bartlomiej Woźnica, ce séminaire 2026 a réuni Nora Kaci, Djamila Daddi-Addoun, Olivier Derousseau, Elisa Le Briand, Anne Toussaint, Kamel Regaya, Emmanuel Roy, Vincent Sorrel, Yoana Urruzola et pour point d’orgue la philosophe…

Lors de la 37ème édition des États généraux du documentaire de Lussas (17-23 août 2025), en plus d’une programmation Palestine d’une brûlante actualité (cf. Lussas 2025 : urgence Palestine), deux séminaires se répondaient : remarquablement pensé et animé par le critique Romain Lefebvre, « Histoires d’émancipation » trouvait son complément dans un deuxième séminaire : « Que fabrique-t-on ensemble ? » (cf. Séminaires Lussas 2025 / 2). Tous deux posaient des questions essentielles de démocratie. « Que feraient nos pères si un jour nous nous levons et nous nous présentons devant eux pour réclamer des comptes ? » Erich Maria Remarque,…

Brouteurs, pères absents et paradis artificiels

Après Fauve (2018), court métrage multiprimé et nommé aux Oscars, le Québecois Jérémy Comte a réalisé Paradise, en première à Berlin et en sortie le 19 août dans les salles françaises. Tourné entre le Ghana et le Québec, il reste centré sur des jeunes aux prises avec des situations morales intenses, mais cette fois dans le cadre d’un rapport nord-sud où s’entrecroisent gangs de rue, arnaques affectives et quête d’un « paradis » aussi intime que politique.  Au Ghana, Kojo, adolescent marqué par la disparition de son père en mer, se rapproche des gangs sans parvenir à combler le vide…

Cartographie des exclusions

Premier long métrage de la Kenyane Vincho Nchogu, One Woman One Bra a été présenté en première mondiale à la Mostra de Venise 2025 et a obtenu le prix du meilleur premier film au BFI London Film Festival. Il aborde avec une remarquable habileté comment une femme massaï peut-être dépossédée de sa terre, de son corps et de son image par l’entrelacement du patriarcat local, du droit foncier et des dispositifs humanitaires censés la “sauver”. Et comment elle réagit ! Il y a des films qui dénoncent. Et il y a ceux qui montrent patiemment comment on vous efface, centimètre par…

Afrofuturisme mélancolique et mélo sous IA

En sortie le 26 août 2026 dans les salles françaises après sa sélection à Venise et Toronto, Memory of Princess Mumbi, de l’helvético-kenyan Damien Hauser, arrive comme un ovni  avec une esthétique afrofuturiste décomplexée : un faux documentaire sur les conséquences de la guerre qui se transforme en film sur le cinéma lui‑même, tout en explorant combien une personne aimée peut continuer de nous hanter. Cela se voudrait sérieux au départ, sauf que nous sommes en pleine science-fiction : dans une Afrique futuriste marquée par la guerre, Kuve veut cerner la dépression que laisse la violence. Mais l’actrice sélectionnée pour poser…

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