Clap sur l’Afrique

Entretien de Christine Avignon avec Isabelle Audin et Benoît Tiprez

Paris, le 1er juin 2007
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Depuis 2002, un petit groupe de cinéphiles français et nigériens a mis en place l’association « Clap Noir », qui a su s’affirmer parmi les différentes initiatives existantes (Africultures, Africiné, Médiathèque des Trois mondes, Racines, etc.). Elle diffuse des informations sur le cinéma africain, notamment par le biais de son site internet, et organise des maquis culturels. L’association repose sur un partenariat Nord-Sud. Isabelle Audin, chargée des maquis culturels, et Benoît Tiprez, cofondateur de l’association avec Achille Kouawo, reviennent sur cinq années riches d’échanges et de rencontres.

Quand est né le projet « Clap Noir » ?
Concrètement lors du festival de cinéma de Ouagadougou (FESPACO), en 2003 : nous avons réalisé avec des collègues journalistes qu’il n’y avait aucun site consacré au cinéma africain, alors que l’on assistait régulièrement à des projections d’excellents films. Nous avons voulu constituer une sorte de banque de données, qui serait aussi un lieu d’échanges. L’idée, c’est de proposer un vrai point de vue, un autre regard.
Qui sont les membres de l’association ?
Des journalistes, des réalisateurs, des scénaristes, tous bénévoles. Au total une dizaine de passionnés, qui vivent en France et au Niger.
Pourquoi avoir choisi de réaliser le site internet à Niamey ?
Nous croyons tous beaucoup à l’essor des nouvelles technologies, et nous sommes persuadés qu’elles vont aider à la diffusion du cinéma africain. Nous avons choisi de réaliser le site au Niger, afin de tenir compte du contexte. Nos amis font les mises à jours dans un Cybercafé, où il y a une connexion ADSL. Le site complet tient sur une clé USB. En tant que Français ou Européens, Internet pour nous est devenu un outil complètement banal, que nous utilisons au quotidien. En Afrique, il n’en est pas de même (pour l’instant), c’est pourquoi la charte graphique de « Clap Noir » est très simple. Notre but est que n’importe quel Africain puisse accéder rapidement aux informations qu’il recherche. Toutefois, nous envisageons de modifier un peu le site dans les mois à venir, afin de le rendre plus interactif.
Avez-vous une newsletter ?
Oui, les internautes peuvent d’ailleurs s’y inscrire sur le site. (2) Elle est trimestrielle, faute de temps et de moyens, mais relativement complète. Nous la diffusons aussi à l’occasion d’événements importants liés à l’actualité. Les personnes qui le souhaitent peuvent aussi télécharger un bulletin d’adhésion à l’association sur le site.
Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les maquis ?
Les films d’Afrique noire sont très peu distribués en France (seulement deux ou trois par an) et lorsqu’ils le sont, ils ne restent pas longtemps à l’affiche, sauf s’il s’agit de films comme « Bamako », d’Abderrahmane Sissako, qui connaissent un énorme succès. Nous avons voulu leur donner une seconde chance en les diffusant dans les maquis. Nous souhaitions par ailleurs les rendre accessibles à un public qui n’a pas toujours les moyens de payer un billet de cinéma à 8 ou 9 euros. Nous projetons également des films qui ne sont pas distribués en France. Cela a été le cas en 2004 avec « Kabala », d’Assane Kouyaté, ou encore « Ouaga saga », de son frère Dani Kouyaté en 2005. C’est aussi le cas de « Tasuma » de Kollo Sanou, programmé pour le prochain maquis. Ces trois films ont été plébiscités par le public, mais ne sont jamais sortis dans les salles françaises.
Au-delà de l’aspect cinématographique, ces maquis sont-ils aussi l’occasion de recréer une ambiance africaine en Ile de France ?
Oui, tout à fait, lors du maquis qui va avoir lieu le 16 juin prochain à Montreuil par exemple, il y aura des concerts avec les groupes « Les Tontons du Groove », et « Squeezing off Temple » (jazz). Des associations de femmes africaines vendront des plats et des boissons typiques, puis à la tombée de la nuit nous projetterons le film « Tasuma », de Daniel Kollo Sanou, qui a reçu le prix du public au Fespaco 2005. C’est une grande réunion de famille. L’hiver, nous essayons aussi de récréer l’ambiance du cinéma en plein air, bien que les projections soient organisées dans des lieux fermés. Ces maquis connaissent un réel succès. En janvier 2006, au Studio de l’Ermitage, nous avions dû refuser du monde.
Recevez-vous des aides financières ?
Malheureusement non, et ce n’est pas faute d’avoir fait des demandes. En revanche nous sommes bien couverts par les médias (Télérama, RFI, TV5, Africa N°1, etc.) et la structure « Via le Monde » (1) nous aide ponctuellement. L’entrée de certains maquis est payante, ce qui nous permet de récolter un peu d’argent. Enfin, nous réalisons parfois pour des cinéastes africains des travaux techniques, qui leur sont facturés à un moindre coût. Cela constitue un autre apport financier, mais ces ressources financières sont très faibles, ce qui ne nous permet pas de réaliser tous les projets que nous avons en tête. En effet nous rétribuons toujours les réalisateurs dont nous projetons les films. L’idéal bien sûr serait de recevoir une subvention du Ministère des Affaires Etrangères ou de l’Organisation Internationale de la Francophonie. Qui sait, peut-être que cela viendra, l’association est de plus en plus connue. Elle finira bien par attirer l’attention des organismes officiels.
Comment expliquez-vous le fait que le cinéma africain soit aujourd’hui si peu distribué en France ?
Il faudrait le demander aux distributeurs… Peut-être ne veulent-ils tout simplement pas prendre de risques. Mais de toute façon il n’existe pas non plus de réel réseau de distribution africain. C’est regrettable, parce que les films africains offrent une autre vision de l’Afrique. Ils peuvent permettre de changer le regard du public occidental sur ce continent. Un film africain, c’est l’Afrique vue par elle-même.
La situation peut-elle évoluer ?
Nous aimerions le croire, mais nous sommes assez pessimistes, d’autant plus dans le contexte politique actuel. D’autre part les acteurs et réalisateurs africains ont très peu de visibilité dans les médias français. Il faudrait que les mentalités changent. Il y a aussi un manque de productions, pas de volonté politique en Afrique subsaharienne pour aider le cinéma africain.
Quel est votre souhait aujourd’hui pour le cinéma africain ?
Nous aimerions évidemment contribuer à la diffusion du cinéma africain en France, mais ce que nous voudrions surtout, c’est que le cinéma africain soit vu par son public, ce qui n’est pas le cas actuellement. Nous souhaiterions aussi participer au développement d’un sens critique des Africains vis-à-vis de leur cinéma. L’industrie cinématographique est encore à créer en Afrique.

« Via le Monde » : http://www.vialemonde93.net/
Site de l’association : http://www.clapnoir.org/
///Article N° : 5961


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