Danbé, la tête haute, de Bourlem Guerdjou

La dignité coûte que coûte

A ne pas rater sur Arte, ce téléfilm programmé le vendredi 23 janvier 2015 (et rediffusé le dimanche 1er février au matin) qui retrace de sensible façon le combat de la boxeuse Aya Cissoko.

Tout film sur la boxe se fait témoignage du rude apprentissage du dépassement, du domptage de la rage, de la maîtrise de son destin. Tout film sur la boxe est affaire de courage. Danbé signifie « dignité » en bambara, et documente effectivement la tête haute d’Aya Cissoko, la vie de cette femme qui ira jusqu’à devenir championne du monde de boxe féminine, adaptée de sa biographie cosignée avec Marie Desplechin. Mais Danbé, la tête haute est aussi une histoire de deuil : Aya n’a que huit ans lorsque l’incendie criminel de l’immeuble de Ménilmontant où s’entassent des familles immigrées engloutit son père et sa sœur en novembre 1986. Comment cette famille va-t-elle s’en sortir ? « Il faut arrêter de pleurer les morts pour les laisser partir en paix », mais le destin s’acharne sur la famille : « Dehors est glacé, dedans est écrasant.« , écrivaient Aya Cissoko et Marie Desplechin dans leur livre Danbé. (1) L’histoire d’Aya sera dès lors une confrontation avec sa mère, Massiré, femme digne qui face à l’injustice demande réparation dans des procès sans fin, femme déterminée qui résiste au renvoi au Mali, femme consciente qui exige que sa fille étudie pour ne pas être réduite à faire des ménages, femme meurtrie qui cherche sans cesse un instable équilibre. « S’il y a un endroit où j’ai un espoir de gagner, c’est sur un ring » : sa rage et son dépassement, Aya les place dans ses entraînements de boxe, au désespoir de cette mère courage qui a du mal à en percevoir la pertinence.
Danbé, la tête haute est ainsi le portrait de deux femmes, fidèle à leur histoire, combinant avec une belle finesse et sans pathos récit biographique et intimité, respectant la démarche littéraire du livre qui s’attache davantage au ressenti qu’aux événements. Bourlem Guerdjou retrouve ici le réalisme sans effets de son premier long métrage Vivre au Paradis, qui avait marqué en 1998. Les gagnants de cette sobriété sont les personnages qui apparaissent dans leur beauté, à la faveur d’une caméra proche des corps, accompagnant leurs mouvements, et d’un montage soutenant ce rythme. Chaque femme a son combat pour surpasser la douleur. On les retrouve aux trois époques de la vie d’Aya tandis que le film tourne autour de la délicate recherche d’apaisement dans leur relation.
Prix de la meilleure fiction au dernier Festival de La Rochelle, Danbé, la tête haute montre que des téléfilms de qualité sont possibles, qui respectent la langue des protagonistes (le bambara, qu’a dû apprendre Tatiana Rojo pour interpréter Massiré, la mère) et dont la direction d’acteurs passe par un long travail de préparation après un casting approfondi. Assa Sylla et Annabelle Lengronne (Aya à l’adolescence et à l’âge adulte) ont dû s’initier à la boxe, si bien que les combats sont particulièrement soignés.
« On considère la boxe comme un sport violent. Mais je trouve, moi, que la vie est violente. Ce qu’elle inflige sans crier gare est autrement plus douloureux que ce qu’on risque entre les cordes d’un ring.« , peut-on également lire dans Danbé. Comment garder la tête haute ? Les conditions sociales, les problématiques tant féminines qu’interculturelles, font de ce récit une histoire contemporaine. Figures de courage, aussi initiatiques que vibrantes de leurs contradictions, Aya et Massiré parleront à tous ceux et celles qui affrontent des épreuves et cherchent à en triompher.

1. Aya Cissoko et Marie Desplechin, Danbé, Paris, Calmann-Lévy, 2011, 192 p.///Article N° : 12708

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