Errances

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Une actualité littéraire africaine sous le signe de l’errance : errance spatiale chez le romancier djiboutien Abdourahman A. Waberi,  » vagabondage marin  » chez Ananda Devi, errance sentimentale pour la romancière sénégalaise Khadi Hane.

Salué par la critique comme le chef de file de la nouvelle génération, Abdourahman A. Waberi est un auteur prolixe. Nouvelliste, poète, essayiste et romancier, il vient de publier aux éditions Gallimard dans la collection  » Continents noirs «  Transit, un roman sur les enfants soldats à Djibouti et en Somalie. Transit prolonge ainsi toute une tradition initiée par Petit Minitaire (Actes Sud, 1997) du Nigérian Ken Saro-Wiwa, Johnny chien méchant (Le Serpent à plumes, 2002) du Congolais Emmanuel Dongala et Allah n’est pas obligé (Le Seuil, 2000), d’Ahmadou Kourouma. Comme Birahima dans Allah n’est pas obligé, Bechir Benladen, le héros de Transit, est un enfant soldat insolent qui parle  » petit nègre « . Mais là s’arrêtent les ressemblances entre les deux écrivains. Chez Kourouma, on est en face d’un docu-roman picaresque, qui conduit Birahima de la Côte d’Ivoire en Sierra Leone. Waberi, lui, donne à lire une chronique à plusieurs voix avec en toile de fond l’aéroport Charles De Gaulle, où vient échouer Bechir Benladen. Chronique de guerre, récit de l’exil, Transit clôt un travail littéraire initié par Abdourahman Waberi depuis Pays sans ombre. Si dans le premier ouvrage, l’écrivain était hanté par la géographie du pays natal, dans Transit Waberi se fait l’écho de la douleur du monde et célèbre le nomadisme.
Ananada Devi est une autre figure de littéraire marquante de cette décennie. En réalité, elle n’est pas une novice en littérature mais l’auteur d’une œuvre imposante (et de qualité), construite patiemment depuis l’âge de 18 ans et centrée essentiellement sur la question de la marginalité et de l’oppression. Son dernier récit, La vie de Joséphin le Fou, prolonge cette thématique et apparaît comme son texte le plus abouti.
À la fois conte et récit mythique, La vie de Joséphin le Fou est une fable sur la solitude. À force de subir les violence des autres humains, Joséphin s’invente son univers, trouve un refuge au fond de la mer avec des anguilles comme uniques compagnons. Il y a derrière cette fable un immense hymne à la liberté, qui est aussi au cœur du Collier de paille, dernier roman de la Sénégalaise Khadi Hane.
Servi par une plume sensuelle, Le Collier de paille revisite et réactualise l’éternel débat de la relation tradition/modernité, mais en l’inversant. Si les romans africains nous ont habitués à la condamnation d’une tradition présentée généralement comme un frein au développement, Khadi Hane, à l’instar de son aînée Ken Bugul, s’inscrit en faux contre l’opposition binaire entre la tradition et la modernité. Son héroïne quitte son mari et son statut au bénéfice d’un jeune paysan sénégalais, dont elle est follement amoureuse. Invitation à la sensualité, à l’amour fou pour reprendre l’expression de Breton.
Boniface Mongo-Mboussa

Abdourahman A. Waberi. Transit, Paris, Gallimard, 2003 – Ananda Devi La vie de Joséphin le Fou, Paris, Gallimard, 2003 – Khadi Hane, Le collier de paille, Libreville, Ndze, 2002 – disponible sur www.afrilivres.com – À lire aussi : Ananda Devi, Le long désir, Paris, Gallimard, 2003.///Article N° : 3142

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