Je fais partie des « vieux capables » !

Entretien d'Olivier Barlet avec Manu Dibango à propos de Nha Fala, film de Flora Gomes

Janvier 2003

Flora Gomes disait lors de notre entretien que pour Nha Fala, tu t’étais complètement renouvelé.
Il n’a pas tort car on est nouveau chaque fois qu’on est dans un nouveau projet.
Nha Fala étant une comédie dans un univers lusophone, on est dans la nouveauté : je ne parle pas un traître mot de portugais ! J’avais dit oui et il fallait honorer ma promesse, mais je peux dire qu’il y a eu de la sueur. C’était du sérieux et il ne s’agissait pas de se planter. La petite Fatou N’Diaye a dû transpirer aussi pour apprendre une nouvelle langue !
Elle s’en tire bien !
Oui, franchement, au final j’aime le film. Je me suis imprégné des sonorités lusophones : il n’y a pas que Maigret qui le faisait ! La langue est déjà physique : il fallait voir ce que cela éveillait.
Dans ta longue carrière, tu n’as pas eu l’occasion de travailler avec des artistes lusophones ?
Avec des artistes comme Bonga ou Cesaria Evora mais c’était au niveau de la musique. Là il fallait travailler sur le sens des mots. La traduction ne fait pas tout. C’est une véritable gymnastique : regarder les paysages, les gestes, les sons du vécu, pas ceux de la musique moderne.
D’autant plus que le film ne manque pas de contenus !
Oui, sa façon de balader Amilcar Cabral sans savoir où le mettre est très forte ! Il est violent !
Six ans pour faire le film : comment avez-vous pu travailler ?
C’est Flora qui m’a cherché au départ car j’avais joué à Bissau au Centre Culturel Français juste avant la guerre civile. Je connais peu le milieu du cinéma, en dehors de quelques amis. Il y a neuf chansons qui forment les dialogues essentiels du film et qui lui donnent son rythme. On m’a donné des textes lusophones : on a eu la chance de trouver des jeunes très intelligents qui dominaient bien les deux langues, comme le jeune rappeur.
Tu évoques une compartimentation entre les milieux du cinéma et de la musique, mais tu as beaucoup travaillé pour le cinéma.
J’avais commencé avec « Ceddo » de Sembène Ousmane, puis « L’Herbe sauvage » d’Henri Duparc, « Le Prix de la liberté » de Dikongué Pipa etc. J’ai fait ici « L’Aventure ambiguë » de Cheick Hamidou Kane pour TF1 et viens de terminer « Le Silence de la Forêt » de Didier Ouenangaré… Je fais partie des « vieux capables » !

A propos de Nha Fala, de Flora Gomes (Guinée Bissau), voir synopsis et critique du film, et entretien avec le réalisateur sur ce même site dans la rubrique cinéma.///Article N° : 2756

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