Jit : la musique est tonique !

Entretien de Catherine Ruelle avec Michael Raeburn

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Jit, tourné en 1990, fit un tabac en alignant de petites scènes musicales mettant en scène un héros essayant de trouver la dot de sa promise. Le Zimbabwe y apparaît en couleurs vives enjolivant le réel jusqu’à le magnifier sur un rythme entraînant.

« L’aventure de Jit est arrivée alors je venais de tourner un film au Nigeria, Soweto, interprété par des acteurs d’Afrique du Sud, avec la musique de Stimela, Hugh Masekela, Myriam Makeba. Les producteurs se sont entretués et le film n’a jamais été terminé… C’était un film de 5 millions de dollars, extraordinaire ! Pour moi, c’était à la fois une grande catastrophe et sept ans de ma vie partis en fumée ! J’étais à Londres, déprimé, dans un café. Tout d’un coup, j’entends les Bhundu Boys du Zimbabwe. Il faisait gris, c’était l’hiver et j’entends cette musique qui venait de nulle part, en plein coeur de Londres et d’un coup j’ai vu un film !
La musique, c’était pour moi le personnage central. J’ai donc inventé un personnage qui arrive de son village, et qui veut devenir branché. Il a ses racines paysannes mais veut être un Africain moderne, de la ville, coupe de cheveux à la Bronx !
Je pense que mes films traitent toujours de ce conflit de deux mondes, de deux civilisations, l’Afrique et l’Occident. Après le colonialisme, l’effet des films américains était très fort alors qu’il n’y ait pas d’Américains en Afrique. Il y avait ces deux influences, Amérique et Europe, qui sont toujours présentes et qui ravagent le continent… confus, malheureux, perdu. C’est très pénible.
Jit mettait un sourire sur tout ça. Le personnage et la musique sont très toniques, très positifs ; c’est l’Afrique, c’est l’espace, c’est l’énergie. C’est la naïveté aussi de l’homme qui vient en ville ; évidemment, il y a l’innocence aussi, une fraîcheur et un élan vital qui domine tout.
C’était ça la musique que j’entendais dans ce bar à Londres. Du coup j’ai écrit l’histoire en deux semaines, le film a été financé en une après-midi, en un tour de main ! J’ai trouvé le financement au Zimbabwe avec des Zimbabwéens.
C’était la première fois qu’un long métrage allait être tourné là-bas et j’ai fait tout mon possible pour que cela soit totalement zimbabwéen. Je n’ai rien importé, sauf un caméraman du Mozambique, moitié japonais, moitié africain. Il s’appelle Funcho Costa et a fait l’image, mais tous les autres étaient des locaux, même si certains étaient des résidents étrangers, comme un Américain cadreur.
C’est un film simple, sans prétention, une fenêtre sur ce que j’appelle cet élan vital qu’on a beaucoup perdu dans l’Ouest. Ici nous sommes blasés ; on a tout vu ; un enfant de 12 ans, il a tout fait, il connaît tout ! Il y a une attitude qui est assez morbide, cynique. Tout cela n’existe pas en Afrique. Même avec tous les malheurs et les catastrophes, les gens ont quand même toujours cette capacité de vaincre les problèmes ; même si ce que je dis est un peu exagéré ! « 

///Article N° : 1992

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