Joël M’Maka Tchédré : Favoriser l’émergence de talents

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Joël M’Maka Tchédré en dates
2008 : Diplôme Universitaire Professionnalisé (DUP) en communication: option journalisme Professionnel à l’Institut des Sciences de l’Information, de la Communication et des Arts, Université de Lomé (Togo)
2009 : Formation en Réalisation Cinéma et TV à l’Institut Supérieur des Métiers de l’Audiovisuel, Cotonou (Bénin)
2012 : Master 2 documentaire de création, option Production, Université Stendhal Grenoble 3 (France)
2012 : Fonde sa société de production à Lomé, Les Films du Siècle
Principaux films produits
Court-métrage : Vues d’Afrique, 2012 ;
Nana-Benz- les reines du textile africain, 2014.

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Joël M’Maka Tchédré est devenu producteur et réalisateur après une formation initiale en journalisme à l’Université de Lomé. Mais suite à un stage à la télévision nationale, il prend conscience que le traitement de l’actualité dans les médias est limité, en termes de longueurs des sujets et d’approfondissement.  Il décide alors de se lancer dans le format au long court qu’est le documentaire. S’il réussit le concours d’entrée à l’école supérieure des arts de Marrakech (ESAV) au Maroc, faute de moyens pour financer son séjour, il  opte pour suivre ses formations au Bénin. Puis, après un Master 2 en France, il rentre au Togo, et gère depuis 2012 une structure de production audiovisuelle à Lomé : Les Films du Siècle. Il est aussi directeur du Festival du film africain émergent, Emergence. Aujourd’hui ses œuvres circulent dans des festivals internationaux et sur les chaines de télévision.

Comment définissez-vous le métier de producteur?
Ce métier demeure encore incompris, surtout dans nos pays africains. On a encore ce mythe de l’homme au cigare, avec un compte en banque qui explose, qui s’enrichit en investissant dans un film… Mais un producteur n’est pas juste quelqu’un qui a de l’argent, ou qui sait en chercher pour une production audiovisuelle ou cinématographique. Un producteur est au-delà : il accompagne un auteur réalisateur aussi bien techniquement qu’artistiquement et financièrement, pour aboutir à un film irréprochable, qui répond aux normes et standards internationaux. Donc pour moi, il s’agit d’un couple : dès qu’un producteur s’engage avec un réalisateur, ils deviennent mari et femme. Ils partagent entièrement l’esprit du film et ses paramètres, qu’ils soient financiers, techniques ou artistiques pour que le film aboutisse. Mais le producteur a beaucoup plus de pression, parce que c’est lui qui passe les contrats avec ceux qui financent le film, qui engage toute l’équipe technique, qui loue du matériel, des décors, etc. Un producteur apporte beaucoup à un auteur, plus que le simple financement du film, et je me rappelle d’une productrice française, Sophie Salbot, qui expliquait : « Je dis toujours à mes réalisateurs que c’est notre film, ce n’est pas ton film, c’est notre film » ; elle s’implique pleinement dans la production d’un film, donc elle se donne aussi le droit de réclamer la maternité de ce film.
Je suis arrivé dans le métier par passion, mais j’ai eu la chance de faire partie de cette génération d’Africains qui a eu quelques œuvres à succès, qui ont obtenu des distinctions, et c’est toujours une source de motivation pour continuer. Cette reconnaissance qui commence à s’étendre impose des obligations, déjà au plan togolais. Je prends beaucoup plus de recul pour travailler les scénarios, choisir nos acteurs, faire des petites productions sur le long terme, pour lesquelles j’espère avoir un retentissement au moins national. C’est ça mon objectif, car je fais partie aujourd’hui de ceux qui font rêver nos jeunes frères et des acteurs qui ont envie de jouer.

Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées dans ce métier ?
Elles sont communes à tous les pays africains : difficultés financières d’abord. Il est toujours compliqué de réunir des moyens pour une production, il faut sans cesse bricoler. Une seconde difficulté est liée à la technique, avec du matériel qu’il faut trouver, et qui est difficile à acquérir. Il y a aussi le problème de trouver des techniciens dans certains domaines, surtout en post production où nous manquons de gens et devons former nos propres personnels. Le tournage et la production ne sont plus un problème. On tourne beaucoup en Afrique, avec des acteurs africains, parfois avec des effectifs assez importants de techniciens africains. Mais malheureusement la plupart du temps la post production est faite de l’autre côté, au Nord. Pour tenter d’y pallier, j’aide à former des jeunes qui sont aussi des amis, et ainsi la plupart des films que je fais depuis que je suis revenu au Togo – sauf deux sur une dizaine-  sont des films 100% Togo ; on n’a pas eu besoin d’aller chercher à l’extérieur. Mais la formation de nos techniciens demeure un problème financier même si le numérique allège un peu ce coût. Peu nombreux sont ceux qui maitrisent leur métier, qui sont vraiment professionnels, à peine deux ou trois. Et vu aujourd’hui l’accroissement du  nombre de productions, s’ils sont occupés sur des productions qui durent un ou deux mois, durant cette période vous êtes bloqués. Donc une lutte est en train d’être menée, nous sommes en train de former des gens pour accroitre peu à peu leur nombre.
Ajouté à cela un problème d’acquisition de matériel assez onéreux, surtout celui du son : le prix d’un micro très sensible avoisine 2000€, et tout le monde sait ce que cela représente dans nos pays africains[1].

Vous évoquez la multitude de coproductions. Comment cela se passe ?
Avec Internet, nous sommes dans un monde sans frontière, avec tous les avantages que cela apporte. Nous faisons partie de nombreux réseaux de cinéastes du Nord et du Sud, nous fréquentons de nombreux festivals. A travers des rencontres internationales, comme celles du film documentaire de Saint Louis du Sénégal organisée chaque année par le réseau Africadoc, nous constituons un carnet d’adresses de professionnels.
Nous faisons des coproductions, surtout avec la France en raison de l’histoire de nos deux pays, mais aussi la Belgique. Je travaille notamment sur des coproductions avec des chaines de télévision européennes. Cela permet d’avoir des financements publics, de la part par exemple d’institutions comme le CNC pour la France, et des subventions régionales en France soutiennent aussi la production audiovisuelle et cinématographique. Cela nous permet d’aller également, en tant que producteur du sud et francophone, vers l’OIF qui est l’un des guichets qui financent beaucoup l’audiovisuel francophone, et vers l’Europe à travers les différents programmes mis en place. Et des chaînes implantées localement comme Canal+, ou TV5 Monde ont aussi commencé à faire des préachats de coproductions pour les séries. Les sources de financement au Sud sont limitées, et étant donné que les fonds européens sont surtout des fonds nationaux de Belgique, d’Allemagne ou de France, on se retrouve, en général, dans des coproductions avec 60 à 70% des fonds qui viennent d’Europe. Le Togo tarde à mettre sur pied des fonds de soutien à la production audiovisuelle et cinématographique. Il existe un petit fonds d’aide à la culture, de 300 millions de francs CFA[2], ce qui ne représente pas le budget d’un long métrage au Nord. Dans ce fond il y a une petite partie qui est allouée à l’aide à la création audiovisuelle, nous nous en sommes servis pour quelques productions. Les autres fonds classiques, aujourd’hui, sont ceux des festivals, des fonds spécifiques de soutien très sélectifs parce que la demande est importante -ils reçoivent des milliers de projets- pour en soutenir 10 ou 15. Je ne vois pas le cinéma des pays du Sud, surtout des pays africains, se passer des coproductions européennes, à quelques exceptions près, comme le Maroc ou l’Afrique du Sud. Mais je ne vois pas certains pays, surtout francophones, réussir seuls aujourd’hui à monter de grosses productions.

Comment travaillez-vous en cas de coproduction ?
Quand on est dans des projets en coproduction avec nos collègues du Nord, on est toujours obligé d’associer des équipes parce qu’ils reçoivent de l’argent de chez eux pour produire dans leur pays. Donc même quand un film africain est coproduit par une structure française, pour qu’il obtienne des subventions ou lève des fonds publics français, il faut que ce film soit identifié comme étant un film français, donc fabriqué avec quelqu’un qui soit reconnu comme Français, ou avec le pourcentage de l’expression de la langue française dans ce film, des acteurs de nationalités françaises que vous allez filmer, les techniciens de nationalité française que vous allez employer, etc. Ce qui fait qu’aujourd’hui nous sommes obligés dans nos coproductions de toujours jumeler, de faire travailler des équipes locales,  togolaises ou africaines, et européennes, c’est obligatoire. Mais cela fait moins travailler nos techniciens, que l’on délaisse, même si on a l’habitude de travailler ensemble et qu’on les comprend mieux que les technicien étrangers qu’on va nous imposer. Mais dans nos autoproductions avec des petits fonds comme 2MF, 3MF, ce n’est plus possible.  S’il faut déplacer un technicien d’Europe, le budget de son billet d’avion aller-retour et son séjour sur la durée du tournage explose les coûts, donc on ne peut pas et on fait avec nos techniciens locaux.
En fonction des projets, l’équipe est toujours variable, on ne travaille pas avec les mêmes équipes, c’est en fonction des besoins qu’on sollicite telle ou telle personne, que ce soient les techniciens, preneur de son, directeur photo, nous travaillons avec ceux dont nous connaissons le tempérament. Selon les productions, on adapte à telle ou telle personne, dont on connait la psychologie, on préfère solliciter tel technicien plutôt que tel autre.

Comment s’opère la recherche des partenaires ?
Dans la production audiovisuelle, on envisage des guichets de financement, et on décide de s’engager dans la production d’un film ou pas, en fonction de leurs démarches. Certains sujets ont une bonne thématique, où les réalisateurs qui les portent savent ce qu’ils font et maitrisent bien leur sujet, d’autres sont bien écrits et on peut les défendre, et pour d’autres films, on sent déjà qu’ils peuvent marcher. Le rôle d’un producteur, à l’étape de l’idée du film, comme on ne fait pas un film pour soi, c’est de savoir en partageant son histoire avec les autres si elle va les intéresser. Donc il faut parfois amener un réalisateur vers cette piste qui l’amène au delà de sa personne, qui fasse intéresser son œuvre au plus grand nombre, parce qu’un film vise l’universel. Il faut essayer de trouver ce genre de projet et de démarche artistique, puis réunir autour de soi des acteurs et des techniciens qui savent pourquoi ils ont été sollicités sur une production, et sortir un film de qualité répondant aux normes et standards internationaux.
J’ai beaucoup de projets, mais malheureusement qui ne sont pas équilibrés dans tous les domaines. Aujourd’hui, la plupart des jeunes Togolais, au vu de leur succès, s’engagent beaucoup plus dans les séries télévisées qui représentent la majorité des projets que l’on reçoit. Les gens creusent moins la fiction et le documentaire, parce qu’ils méconnaissent la manière de les faire, parce qu’ils manquent de formation.

Comment amortissez-vous vos films ?
Nous amortissons nos films dans le système classique de la production audiovisuelle, en amont, contrairement au cinéma qui espère se rentabiliser par les entrées en salles et autres supports. Il faut réunir les moyens avant, pour pouvoir se payer et payer tous ceux qui ont travaillé dessus. On peut aussi espérer faire des gains après, par exemple avec quelques chaines de télévision, essentiellement avec TV5 monde, l’une des chaines internationales qui fait aujourd’hui beaucoup d’efforts dans l’achat des programmes africains. Il y a aussi Canal+, mais ça reste très sélectif et très restreint, et davantage dans de la coproduction. Il y a aussi quelques petites rentabilités par rapport aux festivals[3], mais la première source ce sont les chaines de télévision, qu’elles soient africaines ou européennes en Afrique. Il y a A+ pour les séries, des chaines panafricaines comme Africable Télévision, deux chaines de télévision nationales, et des chaines comme RTI (Radio Télévision Ivoirienne) qui achètent ou produisent des programmes nationaux.
En ce qui concerne le Togo, nous n’avons aucune salle équipée pour assurer des projections et vendre des tickets aux gens. Ce n’est plus dans les habitudes de certains de nos pays de demander à quelqu’un de se déplacer pour aller regarder un film et payer sa place. Par contre les gens vont venir dans le cadre d’un festival. Donc on peut programmer un film juste pour sa promotion et sa découverte dans un cadre évènementiel, avec une entrée modique. Pour ma part, c’est plutôt la diffusion en festival et les chaines de télévision qui rapportent un peu.

Que représente le Fespaco pour un jeune producteur ?
Je me suis lancé dans la production en décembre 2012, quand je suis rentré définitivement au pays après ma formation en France, en montant ma structure dans les locaux actuels. En 2017, j’ai deux films en compétition à l’édition du Fespaco, un film en tant que producteur et un en tant que réalisateur et producteur[4]. Le premier est un documentaire réalisé par un Béninois, Ayéman Aymar Esse, qui a été déjà promotionné à Isma au Bénin en 2009 : Okuta, la pierre. Ce film marche bien, avec au moins une dizaine de festivals, et quatre ou cinq distinctions déjà, donc c’est avec joie que nous avons appris qu’il était sélectionné au Fespaco. L’autre est le mien, Pax, un court métrage de fiction, qui a fait sa première mondiale au Fespaco mais n’a pas encore été montré au Togo.
Le visionnage des films de ce festival est un élément important : c’est  souvent la première rencontre du film avec le public. C’est d’abord voir les films, surtout les films qui font partie de la catégorie dans laquelle les nôtres sont sélectionnés, documentaires et courts métrages de fictions, ensuite faire l’effort de voir des longs métrages. Et on y va aussi pour faire des rencontres avec le monde professionnel, les producteurs, distributeurs, responsables de chaines de télévision, formateurs, étudiants, des institutions comme l’OIF, et l’Union européenne, ou Canal+, qui organisent souvent des rencontres pour parler de leurs programmes, de leurs projets à venir etc. Avec pas mal de structures comme le Cinéma numérique ambulant, et des colloques, des rencontres.

Quelles sont les principales difficultés pour être producteur aujourd’hui ?
Le système de production classique, tel qu’on le connaît en Europe et dans d’autres pays, peine encore à voir le jour en Afrique. Si vous prenez dix réalisateurs africains, il y en a au moins huit qui sont leurs propres producteurs parce qu’on n’a pas encore suffisamment de structures de production audiovisuelle capables d’accompagner des auteurs réalisateurs. Mais ça vient déjà du fait que des formations telles que celles dont j’ai bénéficié sont rares sur ce continent, même si on commence à avoir des producteurs formés. La plupart des réalisateurs sont en général leur propre producteur, ce qui fait que l’œuvre en souffre parfois, parce que prendre la casquette de producteur sur ses réalisations n’est pas facile. Mais nous sommes de cette génération qui est en train de remettre les choses dans les normes, avec des structures au contact des réalisateurs. Nous formons aussi des étudiants à qui on inculque cette manière de fonctionner, et ça commence à porter ses fruits, peu à peu.

Nana-Benz les reines du textile africain

Quel est le montant des financements de vos films ?
J’ai dû produire et réaliser une dizaine de films. J’ai fait mon premier quand j’étais encore étudiant, Le reliquat, un film à petit budget mais qui a fait pas mal de festivals jusqu’en Europe, que les gens ont toujours plaisir à regarder sur YouTube. Après il y a eu Nana Benz, puis Okuta qui fait pas mal de festivals, et le dernier, Pacte, a été sélectionné au Fespaco 2017 en compétition court métrage de fiction.
Je ne peux pas vraiment estimer les sommes dépensées ; j’ai fait des documentaires de 52mn avec 2000 à 5000 € – 3 M FCFA-, d’autres avec à peine 8 ou 10 millions alors qu’ailleurs c’est impossible. Nous avons même fait des courts métrages avec à peine 2 millions. Nous sommes motivés pour continuer, mais on se vide les poches pour faire un film. On s’endette juste en espérant que le film marche, qu’il plaise. C’est l’œuvre qui compte. Pour faire une œuvre de qualité on oublie parfois les moyens derrière. Comme on sait qu’on n’a pas assez de moyens, on part sur des scénarios qui sont moins coûteux mais avec des idées fortes. Je fais beaucoup plus de documentaires que de fictions car les budgets de fictions sont explosifs. Et puis le documentaire c’est le cinéma du réel. Un documentaire peut toucher avec presque rien.
Clairement nous faisons des miracles pour continuer à produire nos films. Mais à comparer leurs coûts de production avec ceux des productions européennes, c’est deux poids deux mesures, c’est le soleil et la lune comme on dit dans notre langage.
Pour un film qui nécessite normalement 2 ou 3 semaines de tournage, au vu du budget dont nous disposons, nous allons le limiter à moins d’une semaine pour réduire les coûts, et pour un film qui nécessite peut-être une équipe de 15 ou 20 personnes, on regarde comment doubler des postes pour se retrouver peut-être à 5 ou 6 dans l’équipe pour que ça nous revienne moins cher ; on invente des petites astuces pour nous en sortir. Mais ça a de l’impact sur la qualité des œuvres. Par exemple si on prend un infographe de métier pour qu’il fasse du montage, il ne le fera pas comme un monteur, et inversement quand on prend un monteur pour faire de l’infographie, il vous fera de l’à peu près qui passera peut-être pour de l’infographie, et on se dira « bon c’est un film africain » comme on disait ailleurs un film calebasse. Nous on essaye d’aller à la limite de nos moyens pour qu’à la fin on ait une œuvre de qualité acceptable.

Comment choisissez-vous les thématiques de vos films ?
Aujourd’hui, nous allons davantage vers des thématiques qui s’adaptent à des réalités de notre monde, et rares sont les gens qui sont encore intéressés par des films purement traditionnels où c’est l’excision, le mariage forcé ou des thématiques officielles à explorer ; c’est un moment de notre histoire, on peut toujours revenir sur ces thématiques mais en proposant des scénarios qui sont d’une qualité irréprochable. Nous ne sommes plus dans ces films où l’africain ne porte pas de caleçon, pas d’habit, et se trouve dans une case où il mange avec les doigts… Nous sommes dans un monde en train d’évoluer, et le public est beaucoup plus exigeant, donc nous essayons de proposer des œuvres qui se rapprochent un peu de son exigence.

Quels sont vos projets ?
En rentrant de ma formation, j’avais initié un projet ambitieux de collection de séries de films documentaires que nous avons appelé Afrique en vue, un ensemble de six films documentaires de 26mn, avec des coproducteurs africains. Nous avions quatre coproducteurs de l’Afrique de l’ouest et deux de l’Afrique centrale : le Burkina, le Niger, le Bénin, le Togo, le Gabon et le Cameroun. On a réussi à avoir un partenaire important, le Cirtef [Conseil international des radios et télévisions d’expression française], un réseau de 80 chaines de télévisions et radios d’expression française surtout en Afrique, et cela nous a permis d’avoir une subvention de l’OIF pour produire 16 films documentaires. C’est une des expériences qui a été très intéressante pour moi parce qu’on était dans des coproductions Nord-Sud, avec un réseau de six producteurs africains. Ce n’était pas aisé mais on a réussi à le faire, et c’est dans cette coproduction que j’ai fait Nana Benz, les reines du textile africain, l’un de mes films qui a beaucoup marché. Après on a fait quelques coproductions avec un réalisateur français, Rémi Jennequin qui vient beaucoup ici au Togo. On vient de boucler un film documentaire en coproduction avec une structure française soutenue par toutes les organisations françaises de financement classiques telles que le CNC, la Procirep, etc.

Et quels sont vos grands souvenirs dans ce métier ?
Ce sont d’abord les moments de formation que j’ai eu à faire, parce que c’est le métier du cinéma et de l’audiovisuel qui a fait que j’ai été nomade. Je suis allé au Bénin, au Niger, au Sénégal et après en France, donc ce sont des moments où on rencontre des collègues et des camarades de promotion. Je viens ici et j’applaudis Okuto, la pierre qui est un film réalisé par un promotionnaire en 2009 quand on a commencé ensemble. Après se sont les festivals, les distinctions, la reconnaissance au plan national comme international, des fois la reconnaissance juste par ses parents proches qui savent que ce métier n’est pas encore très connu dans le pays. Quand tu dis que tu es artiste et que tu fais du cinéma, ce n’est pas encore vu comme un métier ici ; mais les parents te voient arriver, ils sont contents et ils te soutiennent : c’est le plus beau souvenir.

 

Propos recueillis par Juliette Akouvi Founou à Lomé en février 2017. Entretien réalisé par Claude Forest.
[1] Le salaire mensuel moyen au Togo en 2017 est d’environ 60.000FCFA, soit 90€.
[2] 450.000€.
[3] Nana Benz recevra par exemple trois récompenses au festival Clap d’Ivoire d’Abidjan 2014, pour 5,8 MF CFA.
[4] Il y recevra le 3ème prix du Concours de Pitch de la francophonie, catégorie « long-métrage de fiction », avec son œuvre Aujourd’hui, je suis mort.

 

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