La Bande dessinée policière en Afrique

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Le polar est un genre en plein développement dans la littérature africaine. En témoigne depuis 1998, le travail de l’auteur sénégalais Abasse Ndione avec la série La vie en spirale (1) et plus récemment le malien Moussa Konaté avec, notamment, La malédiction du lamantin, qui confirme cette tendance. Dans le 9ème art, coincé entre les albums de commande et la production confessionnelle, le  » polar graphique  » arrive également à émerger. Quelques exemples le démontrent.

À l’Île Maurice, deux albums ont paru. En 1999, Annick Jean Louis publie un album intitulé Baril de poudre : les aventures de Mario, le détective privé mauricien. Belles plages, sables fins, jeunes femmes accortes, l’histoire entraînait le lecteur sur les traces d’une sorte de James bond exotique, à qui tout réussissait. Malheureusement, cet album n’eut guère plus de succès que Le Baron colombien : une aventure de l’agent Pescado, dessiné en 1991 par Alain Arouff, sous un format tiré des heroic fantasy et qui s’inspirait des cartels de drogue.
Au Sénégal, en 1990, le Burkinabé Simon Pierre Kiba publie Otages histoire qui narre les aventures du lieutenant Hann, membre du groupement national des sapeurs-pompiers, à la recherche de Mister Yamba, fameux malfaiteur évadé de prison. Camion citerne volé, prises d’otages, braquage d’une banque, l’action ne manque pas.
Au Sénégal toujours, l’année précédente, Samba Fall avait publié L’ombre de Boy Melakh et Sangomar (les deux premiers tomes de Les aventures d’Aziz le reporter) en 1989, BD policières, humoristiques et de couleur locale truffées d’expressions en argot. Le premier titre raconte l’histoire de Tialki qui, après avoir reçu un important héritage, reçoit la visite d’un individu qui se fait appeler Boy Melakh, porté disparu depuis de longues années. Ce polar regorgeait d’aventures, entre usurpation d’identité et vols en série. Le deuxième album traitait de l’évasion de la prison Katanga, du fameux Boy Melakh.
En Algérie, les Éditions Lazhari Labter ont publié en 2008 une adaptation par Mohamed Bouslah du Dingue au bistouri, l’un des premiers romans policiers de Yasmina Khadra relate les aventures du commissaire Llob, homme intègre au milieu du chaos de la guerre civile (quatre ouvrages réunis en un volume chez Gallimard en 2008 : Le quatuor algérien ; les enquêtes du commissaire Llob).
À Madagascar, les séries policières ont longtemps fleuri dans les années 80, à la grande époque de la BD locale. Les titres les plus connus étaient Lietnà Ralahy (lieutenant Ralahy) ou bien Inspecteur Max, héros qui arrivait à résoudre toutes les énigmes. Ces deux titres, très populaires, connurent plusieurs dizaines de numéros et étaient publiés sous petit format en noir et blanc, en langue malgache.
Au Cameroun, c’est une série policière qui fut à l’origine de la BD dans le pays. En effet, les aventures de Sam Monfong, l’invincible policier, apparurent en juillet 1974 dans La gazette, sous la plume de Kiti, sur la page loisirs, coincées entre le jeu des sept erreurs et les énigmes du jour.
Enfin, on ne compte plus les nombreuses séries policières commencées dans les journaux de BD du continent, journaux qui, malheureusement, ne connurent souvent que quelques numéros…
La BD policière, si elle est peu diffusée, n’est donc pas un genre inconnu en Afrique Mais ces quelques exemples démontrent qu’elle ne repose souvent que sur des initiatives individuelles et que peu d’éditeurs osent miser su ce genre qui pourrait pourtant faire de nombreux émules. Mais cette frilosité des éditeurs, dans un contexte économiquement tendu, témoigne d’un problème récurrent au développement du 9ème art sur le continent. Rien de changé sous le soleil, hélas…

1. La vie en Spirale, Gallimard, 2004
2. L’Empreinte du renard, Fayard Noir, 2005, L’Assassin du Banconi, Série Noire, 2002 et La Naissance du Lamentin, Fayard Noir, 2009.
///Article N° : 9490

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