La Fille de Keltoum

De Mehdi Charef

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En regardant La Fille de Keltoum, je me suis dit : « Voilà quelqu’un qui croit encore au cinéma ». A ce cinéma d’un certain âge (ou de tous temps ?), où parce qu’on y met de l’amour, l’on attend du spectateur une certaine croyance. Rallia est jeune et belle. Elle quitte sa vie aisée en Suisse pour se rendre au fin fond de la montagne algérienne et y retrouver sa mère, Keltoum, qui l’a abandonnée lorsqu’elle était encore bébé. Elle est pleine de ressentiment.
Il lui faudra aller plus loin, le film se fait road-movie, rencontres et galères, alignement d’images, d’anecdotes emblématiques, tantôt édifiantes, tantôt trop voulues, trop carrées. C’est la dureté de vie dans les montagnes de roches, aussi rudes que superbes, que tous les jeunes ont quitté. C’est le mépris des femmes érigé en règle. C’est un monde qui semble figé dans la survie.
Il faut croire au cinéma pour oser nous conter cette histoire de femme qui découvre peu à peu que rien n’était comme elle avait prévu, immergée dans un destin qu’elle ne contrôle plus. Comme ce réalisateur qui retourne trente ans plus tard en Algérie et renonce au film qu’il s’était fait dans sa tête pour prendre le sujet qui s’impose à lui. Cet homme va parler des femmes plutôt que de la guerre, des femmes oubliées dans des coins les plus reculés, de femmes qui ne peuvent que se taire et se sacrifier.
Elle est là, Rallia, qui revient voir sa mère. Elle aura le courage de savoir. Elle nous aide à chercher, à écouter. Peut-être parce que Cylia Malki a la présence et le caractère nécessaire, parce que Mehdi Charef lui préserve la mesure du jeu et l’intériorité, sans gestes inutiles. Peut-être parce qu’elle a en contrepoint Nedjma, cette femme qui ne la lâche pas, que l’on dit simplette et qui s’impose par le jeu de son corps. Peut-être parce qu’elle nous emmène au forceps dans sa quête, avec quelques moments de grâce comme l’émerveillement d’un train qui tranche la nuit du désert… On finit par y croire. Peut-être parce que nous aussi, on aime croire au cinéma.

35 mm coul., cinémascope, dolby SR, 106 min, prod. Studiocanal, Arte, France 2, Canal Horizons, To Do Today prod., RTBF, Cinetelefilms, Cineteve, image : Alain Levent, avec Cylia Malki, Baya Belal, Jean-Roger Milo, Brahim Ben Salah. Sortie France le 3 avril 2002. ///Article N° : 2206

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